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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 12:21

Où l’on voit que définir cette notion de transcendantal kantien revient à résumer la Critique de la raison pure : à en dire l’architecture gothique de son contenu, la perfection économique de son plan.

La logique transcendantale étant restreinte à un contenu déterminé, à celui simplement des connaissances pures a priori, ne saurait suivre [la logique formelle qui fait abstraction de tout le contenu de la connaissance].

Kant, Critique de la raison pure, PUF, 1980, page 147.

Soit l’exemple suivant : « tous les humains sont mortels », règle de l’entendement qui généralise à partir de quelques exemples connus ; « Socrate est mortel », jugement qui subsume le cas particulier sous le cas général. La mort est sensible mais les notions de généralisation et de subsomption sont intelligibles, pures de sensations, et précèdent et conditionnent les expériences comme conditions d’application. Ces notions sont des fonctions plutôt que des connaissances. Sans ces fonctions de connaissance, pures et a priori, point de connaissance.

Les fonctions de connaissance sont pures de sensations et elles précèdent un résultat connu. Elles correspondent d’une part aux catégories qui lient les connaissances à partir du donné et aux titres qui les unissent, puis, par épochè, aux principes généraux dont la table est donnée page 163. D’autre part au système des conditions des inventions de la raison pure (système produit par généralisation à partir des concepts de l’entendement « en suivant le fil des catégories ») : admettre l’unité du sujet, des phénomènes, de la pensée (page 273-274).

Où l’on voit que ce mécanisme de suspension, ici de généralisation, obéit partout à la démarche suivante : établir la synopsis du divers, puis la synthèse de ce divers, enfin l’unité de cette synthèse (envol de la mise en titre). Ainsi, « il ne vient pas à l’esprit [de David Hume] que l’entendement [la faculté de généraliser] était peut-être, par [les concepts de catégories] mêmes, le créateur de l’expérience qui lui fournit ses objets […] » (page 106, note). Par exemple, « il existe des humains » se synthétise par la fonction « particuliers » (celle de voir le particulier) grâce à la catégorie « pluralité » (fonction d’appréhender la pluralité) ; et le principe schématique de cette fonction et de cette unité est ici le titre « quantité ».

Ainsi par définition, le transcendantal est le contenu constitué des fonctions pures a priori de la connaissance c’est-à-dire des éléments de l’esthétique puis de la logique : les catégories et plus généralement les schèmes – c’est-à-dire ce dont on peut faire un schéma. Ce contenu s’établit par généralisations successives : par un envol de la raison jusqu’à « la totalité absolue de la synthèse », « l’Être suprême ». « De cette manière, les idées transcendantales ne servent qu’à s’élever dans la série des conditions jusqu’à l’inconditionné, c’est-à-dire jusqu’au principe » (page 275). Car l’essentiel point commun des fonctions du jugement et de la raison est cette faculté de l’entendement de s’élever vers le haut c’est-à-dire de conclure à une généralité toujours plus grande. Ainsi, par épochè successive, d’un jugement voir la synthèse, de la synthèse voir l’unité des catégories (page 267) « qui dirigent, dans l’expérience, tout l’usage de l’entendement » et finalement voir la faculté de généraliser. Ou encore, de la fonction qui produit des schémas voir la fonction qui produit le schéma architectural d’un texte ou d’une construction : son plan. Ou encore « pousser et passer de la vérité à l’apparence » (page 453) lorsqu’il y a passage du transcendantal des fonctions de généralisation au transcendantal des idées en tant que fonctions d’organisation. Les idées sans aucun support d’expérience c’est-à-dire transcendantales « dirigent » l’entendement pour qu’il « converge » vers « la plus grande unité ».

Chez Kant, transcendantal signifie le contenu, la liste des fonctions agissantes de la sensibilité et de l’entendement : un contenu de représentations qui soit théorique donc pur de sensations, et une liste de conditions préalables (a priori). Le but de la Critique de la raison pure est d’en « esquisser tout le plan » (page 47 sq.). Cette Critique dénombre toutes les fonctions agissantes qui interviennent pour produire des ajouts synthétiques à une notion : non pas des remarques analytiques mais des interceptions extérieures. Cette Critique aurait pu s’appeler philosophie transcendantale si elle avait contenu aussi des résultats plutôt que leurs causes agissantes uniquement. Mélanger les causes agissantes et leurs résultats serait contraire à la perfection c’est-à-dire à la solidité du plan consacré à l’analyse. « À la critique de la raison pure appartient donc tout ce qui constitue la philosophie transcendantale » : les éléments et la méthode, selon le plan de cette Critique.

Le transcendantal chez Kant est la perfection du plan et l’exhaustivité de la liste des contenus fonctionnels et agissants c’est-à-dire de toutes les fonctions pures a priori. Ainsi, le transcendantal décompose les éléments et la méthode ; les éléments décomposent la sensation et la pensée ; l’analytique de la pensée décompose les explications (concepts) et les schémas (principes), la dialectique décompose les idées sans explication et les raisonnements unifiants. La méthode engage la discipline c’est-à-dire les restrictions de la pensée, éventuellement humiliantes (page 538), et positivement son usage pratique, les canons. Ainsi, l’analytique des contenus donne le modèle, le « principe suprême » (page 159) de tout ce que les jugements ont la possibilité d’ajouter (et non pas seulement d’analyser). « C’est en effet après avoir accompli ce travail » de « l’explication de la possibilité de jugements synthétiques », après avoir analysé les pouvoirs, les catégories, puis, par une épochè, après en avoir déduit les principes (anticipation et autres schèmes), « qu’une telle logique [du contenu] peut remplir son but, je veux dire déterminer l’étendue et les limites de l’entendement pur. »

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Les déterminations analytiques ou synthétiques sont apportées par tout moyen pour trouver un exemple, puis discriminées selon que l’interception est extérieure ou le développement est interne. Ainsi, la spécificité de l’ajout synthétique ne dépend pas d’une mystérieuse catégorie adaptée d’action a priori car son média d’apport peut autant être l’expérience que l’hypothèse. Par exemple, intercepter et ajouter à la notion d’attraction qu’elle est fonction d’une masse et d’une distance ou que 7 n’est ni dans 5, ni dans 2.

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Les éléments fonctionnels appartiennent :

-         à l’esthétique : aux deux conditions suivant lesquelles le sensible est reçu,

-         et à la logique, aux quatre fois trois conditions suivant lesquelles l’objet est pensé.
La logique transcendantale est la décomposition (analytique) en éléments des conditions de la pensée (page 85) : conditions pures pour être garanties par la théorie et exhaustives tenant par soi. Les conditions pures de la pensée, c’est d’abord

o   les pouvoirs de l’entendement (concepts de catégories, Livre I),

o   ensuite ses actes (principes, Livre II). Ses actes (page 147), ce sont l’entendement (dire le général), le jugement (lier le particulier sous le général) et la raison (divaguer hors de l’expérience). Le jugement se décompose en une analytique, et la raison en une dialectique (n’ayant pas de correspondance d’objet).

Ainsi donc (page 489), explicitement, la théorie transcendantale est un édifice de la raison pure et spéculative, avec un plan et des matériaux : ces matériaux ne suffisent pas à une tour de Babel, mais seulement à l’expérience et à la théorie. Ensuite, la méthode transcendantale donc adéquate à un contenu spéculatif, consiste à savoir quoi exclure (discipline sans laquelle il y a divagation), quel usage positif admettre (canon dont l’enjeu est pratique) et quelle architecture, quel plan de texte choisir comme schème (architectonique dont l’enjeu est la perfection).

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Publié par DéfiTexte - dans Kant
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22 janvier 2009 4 22 /01 /janvier /2009 18:10

Réécrit le 29/08/12

L’art se distingue de la nature comme faire (facere) d’agir ou effectuer en général (agere) et le produit ou la conséquence du premier, l’ouvrage (opus) se distingue de même des effets (effectus) de la seconde. […]

On voit un produit de l’art dans tout ce qui est ainsi constitué que la représentation en a dû dans la cause précéder la réalisation (même chez les abeilles) sans que cependant cette cause ait pu à vrai dire concevoir cet effet.

Kant, Critique de la faculté de juger, [De l'art en général], § 43, Vrin, 1960, traduction de J. Gibelin page 124.

Pour information, voici la traduction d’A. Philonenko chez Vrin en 1965 :

L’art est distingué de la nature, comme le « faire » (facere) l’est de l’« agir » ou « causer » en général (agere) et le produit ou la conséquence de l’art se distingue en tant qu’œuvre (opus) du produit de la nature en tant qu’effet (effectus).

Distinction

L’art se distingue de la nature comme le faire se distingue de l’agir : la représentation accompagne le faire, elle se représente le travail, le processus, sans nécessairement se représenter le résultat c’est-à-dire concevoir. Le faire produit une œuvre, l’agir produit un effet.

Enjeu

Si le travail artistique n’était pas accompagné d’une représentation, l’esthétique ne percevrait pas cette représentation mais un effet : elle percevrait des objets, pas des œuvres.

Exemple

Si les abeilles construisaient leurs alvéoles en se les représentant (cependant sans conception), elles feraient de l’art. Un morceau de bois taillé par la nature au hasard mais qui évoque une fin en lui-même, par exemple une forme faisant penser à une tête, sans évoquer de cause extérieure, c’est de l’art.

Problème

Dire la beauté, c’est soit évoquer une beauté extérieure, une analogie, comme Platon, soit définir la chose même du beau sans renvoi à l’extérieur : ce qui précède, ce qui se déroule, ou une cause.

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21 janvier 2009 3 21 /01 /janvier /2009 14:42

Devoir ! Nom sublime et grand […]. Ce n’est pas autre chose que la personnalité, c'est-à-dire la liberté et l’indépendance à l’égard du mécanisme de la nature entière, considérée cependant en même temps comme un pouvoir d’un être qui est soumis à des lois spéciales, c'est-à-dire aux lois pures pratiques données par sa propre raison, de sorte que la personne, comme appartenant au monde sensible, est soumise à sa propre personnalité, en tant qu’elle appartient en même temps au monde intelligible.

Kant, Critique de la raison pratique, [Des mobiles de la raison pure pratique], PUF, 1971, traduction de François Picavet page 91.

Définition

Le devoir, c’est le nom qui renvoie à la personnalité, dont la liberté est indépendante du mécanisme de la nature mais soumise à l’influence de notre propre raison (pratique = influente).

Distinction

Personne et personnalité se distinguent comme le sensible et l’intelligible, comme liberté dans la nature et liberté par la raison, comme influences de deux mondes de pouvoir : influence des sentiments et influence de la raison pure.

Problème

Le problème du mélange est posé : concomitance plutôt qu’opposition ; la personne sensible est soumise en même temps à sa personnalité, elle appartient en même temps au monde intelligible.

Enjeu

Sans soumission du sensible à l’intelligible, sans soumission de la personne à sa personnalité, point de moralité, seulement l’envie ou pas de la légalité.

Argument

Manque biologique et manque social, le besoin et l’envie sont des sentiments de la nature sensible qui nous influence ; ici, la volonté reste une tension d’une nature sensible vers un but, non influencée par l’intelligible.

Argument

Soit le mobile est un sentiment et on peut avoir envie de respecter la légalité, soit le mobile est notre personnalité et on ne peut pas ne pas respecter la moralité : soumis à sa personnalité morale, on n’a pas même l’idée de faire autrement que de respecter la loi.

Rapprochement

Ibidem p.75 : « Ce qui est essentiel dans la valeur morale des actions, c’est que la loi morale détermine immédiatement la volonté » ; « l’on entend par mobile le principe subjectif de détermination de la volonté » : la personnalité est un mobile intelligible subjectif.

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