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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 10:35

Le texte d’Anaxagore est lu chez M. Remacle ici : http ://remacle.org/bloodwolf/philosophes/anaxagore/fragments.htm

Fragment 5 et 6

« En tout il y a une part de tout, sauf du nous ; mais il y a des êtres où le nous existe aussi » ; sauf du nous : le nous ne décante pas comme l’huile et l’eau mais en lui des parties participent de ce tout. Car il y a des êtres, non pas qui contiennent un part de nous mais qui y participent. Problème du mélange ; distinction du contenu et de la participation. Chimie et sociologie, choses et esprit, ne fonctionnent pas pareil : l’une contenue décante, l’autre pas. Donc critique fondamentale, la participation sociale (mais aussi par ailleurs la décantation) est une notion qui échappe à Aristote ainsi qu’à la logique des découpages du genre vrai/faux. Or l’individu participe du social, par exemple de la ville, de son ambiance, de sa mentalité.

Seul le nous est infini, agissant par lui-même, sans mélange avec aucune chose ; il subsiste seul isolé à part soi. Car s’il n’était pas à part soi, mais mêlé à quelque autre chose, il participerait de toutes choses, en tant que mêlé à celle-là, puisqu’en tout il y a une part de tout.

Le nous est infini c’est-à-dire sans structure, il nous influence par lui-même, il est esprit sans mélange avec des corps (alors que l’huile se mélange avec l’eau), personnalité isolée de celle d’autres nous, de nous étrangers : il n’est pas un produit chimique. Les éléments chimiques ne sont pas structurés, ils agissent par soi, par automouvement, mais seul le nous est sans mélange, parfaitement séparé. Le nous n’est pas comme une maison mêlée à la ville et un arbre mêlé à la nature, contenus, mais comme l’esprit de la ville ou de la forêt, sa personnalité sociale sans mélange. Où l’on voit Spinoza inspiré. « C’est, de toutes choses, ce qu’il y a de plus subtil et de plus pur » : un esprit collectif. « Il possède toute connaissance de tout et sa force est au plus haut degré », d’une force faible comme la pesanteur capable de régir l’univers, sa « révolution générale et en a donné le branle ». « Il a tout ordonné », le futur, les différenciations, « et aussi cette révolution même qui entraîne les astres ».

Des choses, « chacune est pour l’apparence ce dont elle contient le plus » : plus de commerçants ici, plus d’ouvriers là ; mais de l’esprit la participation est totale. Car, dit Anaxagore fragment 11, « la force est produite par la vitesse, et leur vitesse ne ressemble en rien à celle des choses qui sont maintenant chez les hommes » : la force divine de la personnalité sociale ne tient pas à la vitesse, elle n’en n’a pas, mais seulement de la masse, de l’inertie, de l’esprit chez les humains (à l’époque moderne elle tient aussi à la vitesse des choses).

Fragment 7

« Quand le nous a eu commencé à mouvoir, dans tout ce qui a été mû il y a eu distinction » : l’esprit de la ville meut les individus ; les rues, les maisons, les commerces apparaissent : ils institutionnalisent l’esprit. « Mais la révolution des choses ainsi mues et séparées les a fait se séparer encore davantage » : les villes et les peuples se sont séparés.

Fragment 8 et 9

« Le dense, l’humide, le froid, l’obscur se sont concentrés là où est maintenant la terre » : l’automouvement de décantation produit les concentrations physiques et humaines : il en va des mouvements sociaux comme des mouvements physiques. « Le dilaté, le chaud, le sec et le lumineux se sont retirés vers le haut de l’éther » : car si le mécanisme chimique est la décantation, l’esprit aussi va vers le haut.

Fragments 14 et 15. « Après cette séparation de toutes choses, il faut savoir que le tout n’est en rien ni plus grand ni plus petit » : après décantation, la masse totale ne change pas. Par la décantation, « il n’est pas possible que l’être soit anéanti par la division ». « De même, par rapport au grand, il y a toujours un plus grand, » : la décantation est processus infini bien qu’asymptotique ; « et il est égal au petit en pluralité, » : elle préserve la pluralité d’origine ; « et en elle-même chaque chose est à la fois grande et petite » : grande dans le volume mélangé, petite dans sa partie décantée.  

Fragment 16

Or précisément, le social chez Anaxagore n’agit pas par décantation : tout ne bouge pas avec le temps ; il est inutile de donner du temps au temps. Le pardon serait produit d’une décantation sociale impossible dans l’histoire. Dans la décantation il y a « égalité de sort entre le grand et le petit », entre l’huile et l’eau ; « il peut, de la sorte, y avoir de tout en tout » : du fait des mélanges. Mais socialement il n’y a pas égalité de sort parce que le souvenir ne décante pas. Il n’y a pas chez Anaxagore de jugement dernier, d’état social décanté où les justes se trouvent parmi les justes. « Rien ne peut être isolé, mais tout participe de tout » : car si vous isolez physiquement, artificiellement une partie elle va encore elle-même décanter et faire comme le reste.

Le principe créateur d’ensembles ne pouvant pas être isolé (car un ensemble n’est pas fondé de haut en bas par une loi mais inhérent à elle comme chez Spinoza), rien, aucun ensemble ne peut être isolé de son esprit. L’huile et l’eau peuvent être isolées mais le principe de décantation, lui, ne peut pas être isolé. Un principe ne décante pas car il est pur et agit tout le temps ; de même le nous chez les humains. Dieu ou le principe ne nous abandonne pas avec le temps comme l’huile abandonne l’eau.

Le mélange huile-eau peut être divisé mais jamais totalement isolé c’est-à-dire décanté. La décantation est un processus infini, ne tenant pas à une structure « puisqu’il n’y a pas de minimum » ; donc rien ne peut être découpé et mis « à part soi ». « Encore maintenant comme au commencement, toutes choses sont confondues » : depuis le temps, le trouble et les processus de clarification existent toujours. Et « toujours », « en tout », il reste des choses à décanter : « toujours égalité de pluralité ».

Fragment 10

« Des hommes se sont formés, ainsi que tous les autres êtres vivants qui ont une âme ; » car avoir une âme c’est être un être social. « Ces hommes ont des villes qu’ils habitent et des champs qu’ils cultivent comme nous ; ils ont le soleil, la lune et le reste comme nous ; » car chez Anaxagore, il en va de la sociologie applicable à tout être sociable « comme nous » comme il en va de la cosmologie. « La terre leur produit en abondance toutes sortes de plantes ; ils récoltent les plus utiles et s’en servent pour leurs besoins » : selon l’apport nutritif en homéomères chimiques et spirituels.

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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 19:24

On retombe alors aussi dans la doctrine d’Anaxagore : « Toutes choses sont confondues les unes avec les autres ».

Aristote, Métaphysique, Chapitre IV 1007b 25 §23

Entre Anaxagore et Aristote il y a confrontation des modèles : l’expression « tout est dans tout » est inadmissible pour la logique mais admissible pour la chimie des mélanges. Un modèle est un regroupement d’axiomes, un présupposé plus général que celui d’axiome. Ainsi, la chimie admet la décantation, que tout est dans tout, parfois seulement un certain temps mais que la pureté des séparations est asymptotique. Parfois un certain temps et selon l’incertain ; par exemple selon le cas l’eau et l’huile ou l’eau et le vin. Alors ajoute Aristote, « et, par cela même, il n’y a plus rien qui soit réellement existant ».

Tandis que la logique nie cela : les traits de séparation sont nets et immédiats. L’acte philosophique par excellence atteint le dialogue des modèles que Nietzsche admire chez les Grecs anciens ; au sommet, les combats d’opinion entre modèles sont aporétiques.

Le texte est lu chez M. Remacle ici : http ://remacle.org/bloodwolf/philosophes/anaxagore/fragments.htm

Doxographie

1.      Rapportée par Théophraste

Anaxagore est un philosophe du principe de la génération : des corps quelconques homéomères génèrent un autre différent. Homéomères : de contenus semblables, simples et homogènes, ainsi deux molécules, « inengendrés et impérissables » quoique de forme différente, ainsi les atomes. Par exemple, les molécules de calcium du lait ressemblent aux os et les produisent : calcium et os, fer, vitamines, plutôt que l’homme et la femme.

Les atomistes admettent la composition et la décomposition se produisant par changement mais pas la création ou la destruction qui jaillissent au-delà d’une quantité par saut qualitatif. « Il n’y a pas eu un coup de hache pour retrancher le chaud du froid » dit Anaxagore au fragment 13. Si qualité et quantité se distinguent, si le modèle est la distinction plutôt que la différentiation, tout n’est pas dans tout. Les corps « paraîtraient naître et se détruire par suite de simples compositions et décompositions, tous étant dans tous, et chacun étant caractérisé par ce qui y prédomine. » L’eau et la terre produisent la plante parce que l’eau et la terre sont l’un dans l’autre. Selon que les bons homéomères dominent, la vie se développe.

Mais, sans doute dirait Aristote, on ne peut rien dire de la terre à partir de l’eau ni de l’eau à partir de la terre (ni implication, ni génération) : terre et eau sont mélangées, pas incluses. Pour lui, seuls des ensembles logiques sont semblables en tant que tels (intelligibles) et par définition homogènes. Alors les homéomères ne pourraient pas être semblables si l’essentiel plutôt que la quantité y prédomine. Seuls les éléments logiques seraient simples, même s’ils sont des ensembles.

« Anaxagore dit en effet : "Dans tout il y a une part de tout" et "chaque chose est, pour l’apparence, ce dont elle contient le plus". » Il est sans doute possible pour Aristote qu’un ensemble soit dans un ensemble mais si la chose est blanche, son attribut blanc n’est pas ce dont la chose contient le plus mais exactement autant que le sujet, sinon elle ne serait pas adéquate. Et si la proportion est la plus grande, le blanc n’est plus attribut mais prédicat et généralité. Car c’est pour la génération, pas pour l’apparence, que la chose produit ce dont elle contient le plus. Pour l’apparence, c’est l’essence qui détermine la chose, pas la généralité, pas « le plus » mais le moins. L’adéquat, et non pas la quantité des forces et des luttes, est un présupposé de la phénoménologie.

Si « la formation de l’or ou de la terre fut possible, parce qu’il y avait dans l’univers de l’or et de la terre » c’est parce que rien ne se crée mais que tout se transforme. En effet alors, la conception du monde est que tout est dans tout, comme le reproche Aristote Métaphysique, Chapitre IV 1007b 25. Il dit : « dans la doctrine d’Anaxagore : "Toutes choses sont confondues les unes avec les autres" ; et, par cela même, il n’y a plus rien qui soit réellement existant. » Où l’existence n’est plus une tension logique entre oppositions, réelle, mais naturelle entre négations comme encore chez Hegel.

« Anaxagore, comme cause du mouvement et de la genèse, posa l’intelligence » : directement créatrice. Chez Aristote, l’intelligence est cause de la logique, de la stabilité, et donc de la métaphysique, du mouvement. La création du ciel et de la Terre est soumise à la logique et à la métaphysique, à un premier moteur laïque et donc indirectement à l’intelligence. L’enjeu du premier moteur, c’est-à-dire d’un couple, est le choix des Aristotéliciens, partisans d’une médiation, raison, sciences. Aristote n’est pas partisan d’une intelligence directement créatrice comme celle de la nature, de la société, de Dieu.

Alors, en chimiste, Anaxagore admet « les principes matériels en nombre infini » et le mélange : matériels intelligents plutôt qu’intelligibles, et un nombre infini créateur plutôt qu’un nombre restreint à un premier moteur c’est-à-dire au couple stabilité/mouvement. Infini : déstructuré, suivant une opinion reprise par Wittgenstein. Il admet le mélange en tant qu’intelligence donc le couple intelligence/infini (principe actif/sans structure), ou encore le mélange de tout dans tout sensible/intelligible, ce que n’admet pas Aristote.

« La défaillance de la Lune » (éclipses) est une preuve du mélange des corps simples dans l’univers. Une autre preuve : que l’eau de la mer « filtrant à travers la Terre et la lessivant devient salée ».

2.      Analysée par Cicéron

« Il n’a pas vu qu’il ne peut y avoir dans l’infini, de mouvement joint et inhérent à un sentiment, ni pas davantage de sentiment que n’éprouverait pas la nature tout entière. » Anaxagore admet le mélange de l’ordonnance et de l’intelligence, mais il n’a pas vu que mouvement et sentiment sont absolument hétérogènes, ni qu’un sentiment se confond sans mélange avec la nature. « D’autre part » si tout est dans tout, « il y aura quelque chose d’intérieur » à l’intelligence « d’après quoi cet être animé sera nommé » (l’essence). Or l’intelligence est ce qu’il y a de plus intérieur. « Il faut donc l’entourer d’un corps extérieur. Mais cela ne lui plaît pas, et son intelligence, » ni intérieure ni extérieure, donc « pure et sans mélange, (...) paraît dépasser les forces de notre pensée. » Je ne suis pas certain sans aller aux textes ici qu’Aristote admettrait qu’un sentiment ne soit pas un mouvement de l’âme ou que la nature ait un sentiment ou une finalité. Ni que l’intelligence soit une matière intérieure ou qu’elle soit une substance contenant une essence en son sein. Car l’essence est vue de l’extérieur par l’intelligence comme un objet (logique) par un regard.

3.      Précision d’Aetius

« De ce que ces parties contenues dans la nourriture sont semblables aux substances qui en sont formées, il les a appelées homéoméries ».

Par exemple, nos os formés par le calcium du lait, etc. « L’intelligence les a séparées et ordonnées. Il faut l’approuver de ce qu’à la matière il a ajouté l’artisan » : que la matière est active.

Fragments d’Anaxagore

La précision d’Aetius permet une lecture d’Anaxagore en tant que chimiste parmi les physiciens : telle nous apparaît son originalité.

Fragment 1

« Toutes choses étant ensemble, aucune n’apparaissait, par suite de sa petitesse » : éléments chimiques. Car il se produit que les choses « l’emportent par le nombre et par le volume » : que les choses l’emportent c’est-à-dire agissent comme des soldats vivants. « Tout était occupé par l’air et par l’éther, qui sont tous deux infinis » : tout est plein alors qu’un ensemble contient le vide ; et sans structure, comme l’air, c’est-à-dire infini. « Car de toutes les choses, ce sont celles-là qui l’emportent par le nombre et par le volume » : celles-là, savoir les choses sans structure, qui l’emportent par le nombre, pas par l’organisation.

Fragment 2

« Avant la distinction, toutes choses étant confondues ensemble, aucune couleur n’apparaissait » : c’est la distinction logique qui fait que tout n’est pas dans tout ; mais à l’origine du monde elle n’existait pas.

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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 18:31

Sur le blog DéfiTexte, nous suivons en ce moment Frege comme fil au jour le jour, fil cependant interrompu par quelques réflexions complémentaires.

J'ai appris que, animé d'un zèle inconsidéré, vous avez détruit les images des saints sous prétexte qu'on ne devait pas les adorer. Et nous vous louons sincèrement de ne pas permettre en effet qu'elles soient adorées, mais nous vous blâmons de les avoir brisées... Car c'est une chose que d'adorer une image, mais c'en est une tout autre que d'apprendre, à partir d'une histoire exprimée en images, ce qu'il faut adorer. Ce qu'est un livre pour ceux qui savent lire, une image l'est pour les gens ignorants qui la regardent. Car, dans une image, même les illettrés peuvent voir quel exemple il leur faut suivre ; par une image, même ceux qui ne connaissent pas l'alphabet peuvent lire.

Extraits. Grégoire le Grand, Lettre à Serenus, cité par Fra Michele da Carcano, sermon de 1492, cité par Baxandall, L'œil du Quattrocento, p.66
http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/pages/view.php3?ref=r380

Définition

Adorer, c’est s’arrêter dans l’image : venir l’habiter, ne rien voir d’autre qu’elle.

Distinction

L’image sur laquelle on s’arrête et l’image par laquelle on va vers autre chose se distinguent comme désigner et signifier ou indiquer et exprimer (cf. chapitre 1er, § 1er, de la première recherche logique de Husserl : « du double sens du terme signe ».

Problème

Briser une image sainte, ce n’est pas briser ce sur quoi on s’arrête, qu’on adore sans rien voir d’autre, mais briser un tremplin vers toute une histoire, une étape pour aller plus loin vers des exemples à suivre.

Définition

Un symbole est une histoire exprimée en une image, une image qui évoque une référence culturelle ; le symbole n’évoque pas une chose sensible comme le fait le signe.

Exemple

L’image de Jésus sur la croix indique, désigne, montre (monstre) du sang, un sacrifice, mais l’esprit ne s’arrête pas là, à la sensation : il va vers un niveau de mémoire, vers une compassion (un sentiment social) et une expression idéale.

Enjeu

Sans l’évocation, l’esprit s’arrête à l’immédiat physique, il atteint une limitation intellectuelle que la réminiscence dépasse vers le symbole. Il est zélé c'est-à-dire dévoué à une seule image, il est inconsidéré c'est-à-dire qu’il manque de regard.

Exemple

Si la croix est le symbole du Christ, c’est qu’une histoire accompagne cette image ; la suite des images saintes forme elle-même une histoire édifiante à laquelle chaque image renvoie.

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