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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 18:56

Aristote, Métaphysique, Livre IV, Chapitre V, traduction Saint-Hilaire prise chez M. Remacle.

1009a §3 « Pour convaincre [ceux qui ne sont pas d’accord], ce n’est pas à ce [20] qu’ils disent qu’il faut s’adresser ; c’est à ce qu’ils pensent. Pour ceux, au contraire, qui ne parlent ainsi que pour parler, le moyen de les guérir, c’est de réfuter leur langage et les mots dont ils se servent. » Car l’on peut dire autre chose que ce que l’on pense : langage et pensée se côtoient. Pour convaincre, il faut soit s’adresser à ce que l’on ajoute dans l’esprit (des schémas intelligibles) ; soit s’adresser au vocabulaire et aux choses sensibles qui y correspondent. Pour convaincre, il convient de traiter de manière équilibrée de l’intelligible et du sensible. 

§4 §5 Si « les contradictoires et les contraires peuvent coexister, c’est en observant que les contraires [25] peuvent sortir d’une seule et même source » : des ensembles (des schémas). Contraires : contradictoire et négation selon que ces contraires sont considérés comme deux touts ou comme des parties. De leur côté, les choses sensibles produisent tout à la fois les contradictoires et les négations : la vie, la mort – la maladie ; l’homme, la femme – le mélange des genres ; le vide, le plein – l’entre-deux.

Ici, le négatif n’est pas une période de temps comme chez Hegel mais des positions corrélatives dans un espace des possibles visible par un schéma (tableau de lignes et colonnes, ronds imbriqués, flèches de correspondance). Il est possible qu’un grave soit en mouvement à quelques mètres du sol mais en acte, impossible, ce n’est pas sa place intelligible : la Physique tient à cette logique esthétique des lieux exposée dans la Métaphysique, sur les schémas desquels la conscience joue, dont la finalité est d’une force absolue.

Dans les causes et en puissance (dans le processus mais pas dans l’acte d’étape ou terminal) « Tout était mêlé à tout ». Dans le processus « il est possible qu’il sorte quelque chose du Non-être », par exemple la maison de sa construction ou la maison d’une de ses étapes. « En puissance, [35] une même chose peut être les deux contraires ; mais, en entéléchie, elle ne le peut pas. » Pendant le processus, l’origine, l’embryon, peut à la fois être vase et tasse, homme et femme, mais ne le peut ni en acte ni même en acte se souvenant de son processus (dans le tout de l’entéléchie).

Nos contradicteurs « admettent une autre essence des choses, qui n’est soumise absolument, ni au mouvement, ni à la destruction, ni à la production [1009b] » : ni à l’accommodement schématique qui porte les choses à la lumière intelligible, ni au métabolisme sensible. Une autre essence des choses : ils n’admettent rien, ni le schéma ni le processus et l’acte donc pas le divisible et le continu. « Selon eux, ce n’est pas par le nombre plus ou moins grand des témoignages qu’il convient de juger de la vérité dans les choses » : ce n’est pas par le tout que l’on accède à la vérité. Ils doivent donc pourtant bien admettre une essence intelligible et non une disposition subjective : ils doivent donc admettre le mouvement dont les parties sont l’essence.

§13 1010a Comme le dit Aristote, ligne 5, « il est impossible de savoir la vérité sur ce qui change sans cesse, » mais ligne 20, « quoique cependant ce point même soit discutable, puisque le permutant retient quelque chose du permuté ». « Le permutant retient quelque chose du permuté » tel est l’entéléchie. Car si la rémanence sensible donne l’illusion psychologique de la continuité, le permutant (recto-verso, montagne-vallée, couleur-surface, sujet-prédicat, etc.) s’attache « nécessairement » au permuté – sans qu’il n’y ait aucune nécessité que le vrai tombe sur une disjonction plutôt que sur une autre. Ainsi sur le tout plutôt que la partie.

Aristote distingue deux inhérences au sein du mouvement, celle du permuté et du permutant, et celle de l’ensemble (l’espèce) et de l’élément : §16 « ce n’est pas la même chose de changer de quantité et de changer de qualité. En fait de quantité, nous accordons que l’être peut ne pas subsister tel qu’il est ; [25] mais il subsiste par l’espèce, à l’aide de laquelle nous connaissons toujours les choses. » Nonobstant le mouvement des parties, l’être subsiste par le tout. Il est impossible de savoir la vérité sur la quantité des parties qui change sans cesse mais l’on peut connaitre la qualité qui en sort. Par exemple, l’enfant et l’adulte demeurent le même selon l’espèce humaine : selon l’ensemble inhérent.

§15 1010a [20] « Si un être périt, c’est qu’antérieurement il aura été quelque chose : et s’il devient, il faut bien de toute nécessité qu’il y ait un être d’où il vienne et qui l’engendre, sans que d’ailleurs cette génération puisse remonter à l’infini. » Le mouvement est inhérent à une origine, indéfectiblement et immédiatement lié : l’inhérence logique à son moteur, telle est l’entéléchie où l’oubli de l’origine est absolument impossible. Un trait est toujours lié au point qui le génère, sans avoir à remonter au-delà de deux (au-delà de l’alternative).

§17 §18 [30] « Vraiment, nos philosophes auraient été cent fois plus justes d’absoudre notre monde par l’univers plutôt que de condamner l’univers aux conditions de notre monde. » Les conditions de notre monde : les ensembles et le mouvement. Car contrairement à un ensemble, l’univers, immobile, ne dépend ni des contraires ni de rien. Immobile : une espèce de tout purement logique qui ne dépend ni des parties ni des mouvements. Entre ensembles il y a mouvement des contraires. Il est plus juste de ne pas confondre et de ne pas appliquer les conditions des ensembles à l’univers. Plus juste : plus équilibré, plus vrai c’est-à-dire plus grand. Un univers inclut le point de vue qui le regarde « puisque tout est à tout », l’ensemble non. Univers : non pas l’ensemble des ensembles (dont le cas du catalogue exhaustif des catalogues ne se citant pas eux-mêmes montre le caractère contradictoire dans le terme) mais l’ouverture sans trait de frontière au-delà de tous les ensembles pris aussi grands que l’on veut, sans avoir à remonter au-delà de deux. L’univers est une vue purement intelligible, sans trait ou au-delà du trait, de même l’espace ouvert par un point, l’acte positif de la négation devant laquelle toute affirmation est le corrélatif. « Mais [30] [notre monde ...] est une parcelle qui ne compte pour rien, à vrai dire, dans l’univers entier, ou pour presque rien. »

**

§19 1010b « La sensation ne nous trompe jamais sur son objet propre ; mais la conception que nous tirons de la sensation ne doit pas être confondue avec elle. » La conception : l’intelligible ajouté. Si je vois qu’au loin une tour est carrée, c’est en disant, en pensant qu’elle est carrée que je peux me tromper (si je ne vérifie pas) : l’erreur d’une perception vient de l’intention que l’esprit ajoute aux sensations. Disons : l’erreur vient d’un mouvement de conscience ajouté. §20 Aristote fait une liste : sont ajoutés l’éloignement, la santé, la force, l’attention, l’autorité, le conflit des sensations, la disposition. « La saveur agréable, telle qu’elle est quand elle est, ne change jamais ».

§ 24 Une chose sensible n’est pas telle qu’elle est à cause de ce que l’esprit lui ajoute, « et de même [...] la réalité de la substance pour toutes choses ». Une chose sensible tient à la substance ajoutée qui tient le lieu de l’univers en termes d’objet et le lieu de l’En tant qu’Être en termes d’action. Car la matière bois n’est pas telle si la substance ligneuse n’est pas présente ni l’individu sans sa culture. Ou encore, sans le sain point de médecine, sans économie point d’entreprise, et ainsi pour ces ensembles d’actions du type Être et Être en tant qu’Être (l’un qui s’occupe seulement des autres, l’autre de tout : de soi comme des autres). Sans cette inhérence naturelle de A inclus dans B, point de nécessité : quelques éléments pourraient échapper.

§ 25 Il y a en dehors de la sensation quelque chose de différent d’elle, et qui lui est nécessairement antérieur. [1011a] Ainsi, par exemple, le moteur est par nature antérieur à l’objet qu’il meut ; et cette vérité n’en est pas moins certaine, bien que ces deux termes puissent s’appliquer réciproquement l’un à l’autre.

Par nature antérieur : logiquement. Certaines causes peuvent aussi être des effets : seul un moteur peut être absolument antérieur. Le schéma intelligible du moteur est le couple, qu’il soit biologique ou mécanique : procréation (oxydo/réduction) ou machine (qui change les forces de direction, par exemple le vent en ligne droite/rotation d’un axe, ou bien le levier ou la poulie qui met en corrélation développement/force). Le couple corrélatif est moteur, système immobile et en disjonction : créateur (donc antérieur) par simple effet de conscience. La corrélation présente dans les tableaux, les ensembles, les correspondances, sans doute toute corrélation décrit les possibles donc ouvre le sensible, de même, disons, que la place doit être nette avant de considérer autre chose.

Il est toujours concevable qu’une cause ou qu’une nature puisse manquer. Mais en termes d’inhérence, dans l’immobilité, « par logique », une cause, quand il y en a, respectivement un effet, est inconcevable sans sa contrepartie. Ce couple logique moteur cause/effet (plus généralement tout élément d’une contrepartie) est par nature antérieur au mouvement entre cause et effet. Les possibles intelligibles précèdent naturellement le sensible, telle est la thèse.

S’il n’y avait plus d’être animé il n’y aurait plus ni sensation ni intelligible mais demeurerait la structure des possibles disponibles pour faire sens à l’origine des significations alors encore absentes. L’absence sous-(en)tend une présence intelligible, un rien qui est bien quelque chose, qui fait être cette absence, donc il est impossible qu’un couple premier moteur ne soit pas. « Mais il serait impossible que les objets qui causent la sensation n’existassent pas, sans même qu’aucune sensation eût lieu. [35] »

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Publié par DéfiTexte - dans Aristote
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