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  • Auteurs étudiés en ce moment : Frege, Ecrits logiques et philosophiques ; Husserl, Recherches logiques ; Wittgenstein, Remarques philosophiques ; Aristote, Métaphysique.

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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 16:56

Nous serions heureux si nous pouvions montrer ici qu’Aristote, l’ancien, peut apparaitre le précurseur des recherches contemporaines en logique des phénomènes (phénoménologie) : qu’Aristote peut encore être lu de manière neuve…

De plus, en lisant ici à la fois Husserl et cette citation d’Aristote, il y a quelque chose à expliquer : Husserl nous dit qu’un ensemble ne se construit pas tout à fait librement ; par exemple, on ne peut pas construire un ensemble d’animaux ayant poils et plumes. Et par ailleurs, Aristote nous dit qu’un ensemble est une entité accidentelle : comment un ensemble peut-il à la fois s’imposer et être accidentel ?

Or, toute pratique et toute production portent sur l’individuel : ce n’est pas l’homme, en effet, que guérit le médecin traitant, sinon par accident, mais Callias ou Socrate, ou quelque autre individu ainsi désigné, qui se trouve être accidentellement un homme.

Aristote, La Métaphysique, [Livre A], 981 a 15, Edition Vrin, 1981, traduction J. Tricot page 6.

En note de l’édition, J. Tricot rappelle l’interprétation de ce passage : « l’universalité n’est pour Aristote qu’un accident de l’essence […]. C’est encore en ce sens que, pour Aristote, le genre est un accident : non pas le genre pris dans sa compréhension, mais […] dans son extension […] et accident de l’essence. »

L’enjeu de ce billet est sans doute de montrer que la vue qu’a Aristote des ensembles complète la vue de Husserl (pas l’inverse).

Argument

Une fonction de guérison (une pratique, une production) ou une fonction propositionnelle « guéri par le médecin » ou l’argument « médicament » qui garantit le tout de ceux qui sont soignés, s’applique (fonction dont l’ensemble de départ est réduit à son domaine de définition) sur des individus, des éléments malades au départ, guéris à l’arrivée. Nous avons donc un ensemble accidentel des {malades} et un ensemble des {guéris}.

Une pratique, une production, un ensemble, une fonction, s’appliquent à Callias ou Socrate et non pas à l’ensemble {hommes} dans lequel, malades ou guéris, Callias et Socrate appartiennent accidentellement.

Définition

L’essence est le sous-ensemble inclus dans l’ensemble de référence ; ainsi, le sous-ensemble {Callias, Socrate} inclus dans {hommes}. Si {médecin} guérit {Callias}, {médecin} est accidentel, {Callias} est essentiel, ceci étant conforme avec la convention.

Problème

La logique n’est pas la même selon qu’elle porte sur l’élément ou sur l’ensemble en extension : ainsi, une pratique porte sur l’élément et non pas sur l’ensemble ; le médecin soigne l’individu et non le genre humain.

Enjeu

L’enjeu est relevé notamment par la citation de Husserl donnée dans un post précédent :

L’enjeu des Recherches logiques est donc « d’établir des normes générales pour de semblables méthodes, et également des règles pour trouver comment construire ces méthodes selon les différentes classes de cas » (p.15).

La norme, c’est l’attachement de la cause au phénomène, par exemple l’action du médecin à la guérison. Et pour Husserl, la norme, c’est l’inhérence de l’objet logique au phénomène. La règle pour la méthode des classes, des ensembles, c’est ici pour Aristote de ne pas confondre l’essentiel et l’accidentel : Callias et le genre humain.

La logique, pour Aristote comme pour Husserl, différencie les choses, ce qui est bien son rôle, sans quoi point de science ; ainsi, le médecin ne traite pas Callias comme n’importe quel homme…

Définition

L’accident est l’ensemble qui inclut l’essence, et l’universel au plus haut abstrait.

Argument

L’ensemble qui inclut est un accident quant à son périmètre, au choix de son extension ; ainsi, Socrate est homme et plus généralement animal : pourquoi l’un plutôt que l’autre, pourquoi le genre plutôt que l’espèce ?

L’ensemble qui inclut est un accident au point de vue quantitatif, il n’est plus un accident au point de vue qualitatif : lorsqu’on porte attention aux éléments, l’ensemble s’impose, comme le dit Husserl, par des arguments. Ainsi, Callias est homme ou animal, mais pas une chimère.

Rapprochement

Ibidem p.7. Les hommes du terrain agissent « à la façon dont le feu brûle […] par habitude » c'est-à-dire sans voir l’ensemble qui les englobe, sans voir les causes, la théorie, l’art, que voient les rois. Ibid. p.8 : « l’art est plus véritablement science que l’expérience », dégagé des sensations. Ibid. p.10 : cf. l’Éthique d’Aristote, l’art est un méta-logos c'est-à-dire l’ensemble qui englobe la science, le logos étant un sous-ensemble plus essentiel, celui où les idées sont liées aux choses.

Argument

Le principe comme première cause est moins la cause hiérarchiquement en tête des processus, encore physique, « plus haut », mais davantage la vision de l’objet logique « sous » le phénomène, dépendant, « horizontal ».

Cependant pour Husserl, si l’objet logique soutient la chose statique, qui soutient le développement de la chose ?

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Publié par DéfiTexte - dans Aristote
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DéfiTexte 28/01/2010 08:42



Je repensais à mon exemple de fleur odorante et à vous. Je vais essayer de mieux me faire comprendre. La fleur est
constituée, disons, de cellules : dessinez un rond pour figurer cet ensemble. Son odeur est produite, disons, par des particules : dessinez un rond pour figurer cet autre ensemble. Ces
deux ensembles ont une intersection car des cellules émettent des particules odorantes et peut-être que toutes les cellules n’émettent pas de particules odorantes, sinon, le deuxième rond serait
totalement inclus dans le premier (et même en coïncidence, cas pour les couleurs). Mais peu importe : l’essence est l’inclusion du second rond ou d’une partie dans le premier. L’essence est
vue logique, elle dépend d’un schéma ; elle est éminemment concrète c'est-à-dire se donnant à voir. La vue logique est aussi affaire de ce que l’on fait, par exemple dessiner des ronds, des
traits.



DéfiTexte 27/01/2010 14:59



Je crois que la synecdoque correspond à une des facultés symboliques dont l’esprit dispose. Par exemple, « une voile à
l’horizon » annonce le bateau parce que je sais que sur la mer, une voile correspond à un bateau. La
synecdoque tient à la capacité de passer d’un mot à l’autre en gardant une même signification : affaire de connaissance ou de culture, et d’implicite.


S’il y a bien dépendance entre voile et bateau, je n’y vois cependant aucune inclusion ; bien davantage un pont permettant le
passage. La voile n’est pas dans le bateau. Or, si l’on dit « la ville se révolte », certes les gens sont dans la ville ; mais je crois que cela veut dire plutôt que les citadins
se révoltent, et cette fois-ci, pas les paysans : la révolte citadine, c’est une rumeur sourde ou des cris violents qui sortent de la ville.


Mais votre remarque m’intéresse au plus haut point car les synecdoques sont bien une affaire de vision : on voit des passages
possibles, peut être une inclusion, peut-être un pont. Le point qui m’importe incidemment est que votre remarque engage une polémique des vues ! Une polémique des vues et non une polémique
des mots ! Certes, le mot importe pour passer la vue.


La logique n’est pas la restriction binaire d’une richesse des choses : la logique est affaire de vue de l’esprit, d’un sixième
sens. Une des thèses que j’examine (je publie ici quelques esquisses préparatoires), est que la logique du vrai est affaire de vision des ponts et des inclusions, et que ce genre de vision est
celui des peintres. Peut-être aussi des poètes, mais cela, vous saurez mieux, bien mieux que quiconque.


Je voulais dire dans mon billet : la généralité (par exemple le genre) est un accident de la singularité ; par exemple, que je
sois homme ou femme, c’est un accident.
Cela
dit, une vision tient à l’esprit tant que ses neurones vivent, puis tant que ses écrits peuvent passer des intuitions. Qu’il y ait des processus, plus ou moins d’efforts, que de temps en temps on
aille aux toilettes, sans doute. Mais ce qui nous intéresse, n’est-ce pas, ce sont les résultats de ces contingences. Incidemment aussi, le monde des idées substantielles présuppose ce vieux et je
crois, obsolète référentiel du logos dans lequel les mots et les choses « pèguent ».


Xavier Bordes 27/01/2010 13:09


Intéressant, j'y vois en passant un rapport avec la synecdoque, figure de langage. Votre explication suppose alors que "l'essence" réside dans l'esprit de celui qui "l'aperçoit". Elle est le
résultat d'un processus mental ? Lequel ne peut-être que postérieur, ou concomitant à la rigueur, à ou avec, le processus vital, biologique, matériel, qui a fabriqué (disons en gros) les neurones
et la vie ? Ou alors existerait-il réellement un "monde des Idées" métaphysique, pensée liée à la foi en une divinité (ou plusieurs) détentrice de ces Idées pures ? Mais je ne connais pas
grand'chose à la philosophie...


xavier Bordes 20/11/2009 16:46


Cela mérite réflexion, et d'abord, qu'est-ce que "l'essence", si l'on y songe ? Le St Esprit ? L'Idée ? Le "logos" ?


DéfiTexte 20/11/2009 16:58



Cher Monsieur, mais c’est bien simple : l’essence est l’intersection d’une généralité et d’une particularité, la
pointe de la définition sans laquelle point de signification ; mais je parle ici au poète capable de voir. Par exemple, la fleur est une plante (généralité végétale) odorante ou colorée
(particularité) ; son essence odorante est cette faveur (saveur) sans laquelle la rose serait une plante parmi d’autres. Mais je réponds uniquement pour vous assurer que j’aime le poète que
vous êtes parce que vous donnez à voir par un mouvement alors que mes explications lourdes densifient et plombent.