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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 16:08

Le chapitre XV des Remarques philosophiques de Wittgenstein traite de la restitution concrète de la logique.

§170. Nous l’avons vu, l’infini des nombres réels c’est-à-dire le paradigme du détail « n’est pas susceptible d’être appréhendé par le symbolisme arithmétique » : par la présentation d’une formule – mais par des principes ou des états. Une formule organise le réel comme une structure organise les pixels de couleur. Donc, le réel du genre détail n’est pas contenu par le réel du genre structure lorsque l’on parle d’une application du réel sur lui-même. « La théorie des ensemble dit [cela] » car sinon, on aurait le cas d’un ensemble des réels inclus dans lui-même ou d’une représentation incluse dans elle-même.

Le schéma : la restitution décrit les détails ou bien présente la forme. Par exemple, 3 présente trois et III le décrit, une restitution taisant l’autre. Soit une courbe avec un extremum : s’il vaut 1/6ème par la loi de la dérivée, l’infini de ses décimales ne peut pas être décrit mais peut être présenté par l’inflexion de la courbe. Mais on ne peut que taire un point qui ne soit pas physique tout en étant réel, présenté mais indescriptible.

Pour restituer, sans doute vaut-il mieux présenter la chose plutôt que le détail en pièces. L’infini des détails « peut donc n’être que décrit, non re-présenté » : la description concerne l’infini des détails tandis que l’on présente la généralité d’une formule ou d’une structure. La présentation se fait en image comme on projette un film au cinéma : on n’y présente pas les divisions de la pellicule. (La fonction de présentation est évoquée par le préfixe russellien re-). Problème esthétique car comment présenter sans décrire une nuance de couleur ?

Le problème de la restitution des choses est de distinguer entre décrire et présenter comme entre contenu et forme. Ainsi, pour être restitué, le réel détaillé ne peut qu’être présenté par sa structure, par un schéma, par exemple par l’expression {1, n, n+1, "n}. Il vaut mieux taire les essais de parler de l’infini ; ce dont on ne peut parler en détail, il vaut mieux le taire et dire précisément les structures : les formuler. La phénoménologie, science des phénomènes inhérents aux choses, présente les schémas structurels plutôt que les cas particuliers décrits en détail.

**

170. […] Comme si on pouvait parler d’une structure logique sans la restituer dans la proposition même. […]

Wittgenstein, Remarques philosophiques, [Recension des matières XV], Tel Gallimard, 1975, page 35.

« Comme si » annonce une distinction ; la restitution présente une structure comme une image (Cf. §171). Car on dit une structure et on parle du détail (mais il vaut mieux le taire). Cette citation signifie : « disjonction parler/dire en un même lieu en un même temps ». De même, une analyse esthétique d’œuvre picturale ou musicale peut exhiber une structure, mais comme par superposition inhérente aux couleurs. (Puisque la musique est faite de couleurs, Klee a voulu présenter les couleurs comme une musique.) Le réel n’est pas représenté par le réel : l’inhérence logique est celle d’un schéma intelligible sous la chose physique, un intelligible silencieux qui restitue le sensible indissociablement lié. Souvenons-nous, Husserl distinguait le réel de la chose et le réel du vécu.

Même cas pour un plan de texte et les propositions : on ne peut pas fournir la même attention vers les deux. Une proposition ne peut faire correspondre un élément de départ à plusieurs éléments sous peine de ne pas respecter la forme d’une fonction mais celle d’une relation. Connaitre plusieurs choses à la fois, à la fois le dessous et le dessus, cela concerne le cas d’une relation et non pas d’une fonction de production. Voir ne produit jamais plus qu’une focale, ou bien le plan ou bien le texte, sinon la proposition serait une relation bigle plutôt que la fonction d’un langage productif. De même, lorsque je fais correspondre F(x)=y et « la table est rouge », je ne prononce pas en même temps la forme et le contenu. La méthode éthique de Wittgenstein consiste à structurer son texte mais sans parler de son plan, comme si de rien n’était. Nous avions vu la même démarche chez Aristote : sa désinvolture consistait à distinguer ce qu’il dit et les commentaires, ce qui explique que les commentateurs sont à part d’Aristote.

Le problème de la restitution consiste à dire les formes plutôt que parler du détail des contenus : à présenter plutôt que décrire. On ne peut pas en même temps restituer un acte d’image immédiat et détailler le sens inhérent. L’enjeu est la précision : la restitution choisit la présentation sans parler, parler. L’expression « comme si » annonce cette disjonction entre le silence d’une structure logique (c’est-à-dire esthétique) et le chant que l’on produit quand on parle des contenus. (Comment entend-on les paroles d’une chanson ?) Une structure logique est restituée par la présentation d’une forme dans la proposition même.

La structure logique est tue dans la proposition même mais présente par-dessous : elle dit quelque chose par-delà son silence, par quoi Wittgenstein concluait son Tractatus. Par exemple, F(x)=y dans la proposition « la table est rouge » qui associe table à rouge. Le texte de Wittgenstein ne présente pas son plan en disjonction dans les propositions mêmes, car, il le dit ici, on ne peut pas dire précisément les formes et les détails en même temps : l’attention disjoncte. S’il choisissait de présenter son plan, qu’en serait-il du contenu ? Il détaille son contenu, les formes, les états, les lois structurelles dans son texte même et tait sa forme symbolique propre. Car un ensemble ne peut s’inclure dans lui-même « dans la proposition même ».

Tout à l’envers, un enfant déstructuré qui décrirait une image présenterait les détails : pour décrire la forme, il présenterait le contenu, sans plan ! La restitution disjoncte entre parler, parler, et dire avec précision : parler des détails du contenu et dire la forme unitaire. On ne peut pas mélanger les deux, mais les deux sont inhérents : un calcul les sépare. Le problème vient quand, dans une proposition, on parle de l’image alors qu’elle n’est jamais dite que globalement : car ce sont les préalables qui doivent être dits avec précision.

On parle d’un contenu, on en fait une description détaillée ; on dit une forme, on en présente l’image par une restitution précise. Ainsi, chez Wittgenstein comme chez Husserl, la logique conçoit une metabasis eis allo genos : un changement de genre à l’ancienne entre compréhension et description – comme entre représentation et signification.

**

170. […] La méthode qui consiste à traiter tout concept de sorte que sa forme disparaisse.

Ibidem.

Un concept est une accumulation d’informations, par exemple le concept de rouge est l’expérience de tous les rouges, de toutes ses notions. Dans l’accumulation, la forme disparait. Un concept est comme un infini sans structure, sans définition de longueur d’onde. La méthode d’accumulation sans vision de structure fait disparaitre la forme et ne restitue rien. Et une représentation reste encore une accumulation.

Donc, la méthode logique en un sens esthétique de Wittgenstein, qu’il ne nomme pas telle car non dite dans ses propositions mêmes mais restituée chez les lecteurs, dans son style proche du silence, consiste à superposer la structure et l’œuvre : décrire jusqu’à restituer les mathématiques sous le social ou son le plan sous ses textes (passés sous silence).

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Publié par DéfiTexte - dans Wittgenstein
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