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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 18:23

flagellationduchristg.jpg

La flagellation du Christ de Piero della Francesca établit une correspondance entre deux parties du tableau pour signifier que la place des personnages à droite (peut-être les conseillers du comte d’Urbino) est la même que celle des personnages en perspective à gauche (deux flagellateurs du Christ), par conséquent que ses deux conseillers sont des traitres. Il exhibe sans dire, par l’argument de la symétrie et de l’identité des positions, dans le silence de l’image, qui sont les bourreaux, qui est innocent ; et en disjonction, qui est divin, qui ne l’est pas. Et à gauche selon Pascal Bonitzer, que la divinité réelle à l’horizon tient à la profondeur d’un champ en perspective fabriquée en tête plutôt qu’à la taille réaliste d’un personnage en tableau :

[…] La distance infranchissable qui situe le Christ à l’horizon, mais toujours et seulement à l’horizon, des destinées humaines.

Pascal Bonitzer, « L’objectif déconcerté », in Peinture et cinéma. Décadrage, édition les Cahiers du cinéma, 1985, in Pierre Sterckx, Les plus beaux textes de l’histoire de l’art, Beaux-Arts éditions, 2009, pages 38-41.

La distance infranchissable infinie n’est pas au-delà mais en disjonction et en distinction absolue dès l’inclinaison des lignes de fuite : le Christ sous les destinées. « Une troisième forme d’éloignement, ni spatial ni temporel, ni de distance ni de mémoire, mais, dans l’absolu, cet éloignement du divin » par rapport à l’art médiéval et byzantin.

Des détails d’un tableau en source sort une signification sans traduction, sans interprétation requérant une culture. Sans la connaissance qu’une statue en or représente pour les chrétiens le paganisme triomphant, qu’un turban peut renvoyer aux Turcs ennemis des Byzantins habillés comme les Grecs, en allant même en imagination peut-être jusqu’à Hérode en compagnie de Ponce-Pilate en habits colorés. L’incertitude des symboles s’oppose et ce faisant, démontre la certitude provoquée par la perspective.

L’argument de la distinction et de l’intention ne fait pas appel à la culture mais à l’objectivité du schéma. Ce qui est tu au moment où l’on parle parce que ne pouvant pas être dit en même temps que l’on parle, ajouté de manière inhérente, la forme sous le sensible, c’est l’argument esthétique sous le phénomène.

Au Moyen-âge, la dimension des personnages représentait culturellement leur importance sociale. Ici, le spectateur n’est plus collé à une contingence culturelle :

Le spectateur n’est plus, comme dans l’imagerie médiévale, collé à la représentation, absorbé par elle. Un abîme se creuse entre elle et lui qui est un abîme d’équivoques, c’est l’abîme du sujet, cet abîme que Descartes, un siècle et demi plus tard, va sonder et tenter de combler. [Cet abîme] prolifère en allusions, en échos, en résonances multiples […]. C’est de la perspective que procède le besoin d’« un sol ferme où tout repose » […].

Ibidem.

La culture creuse un abîme d’équivoques que résout la logique. La Renaissance ajoute un réseau de renvois symboliques dépendants d’une culture mais elle ajoute aussi la perspective à la représentation comme Descartes le cogito à la philosophie. Hegel dirait sans doute qu’elle surmonte l’immédiateté médiévale. Entre la représentation et le sujet se creusait un abîme d’interprétation alors que la construction immédiate de la perspective par l’esprit est le sol ferme où tout repose. Non pas le phénomène acquis psychologiquement ou par l’histoire de l’art mais la disposition objective entre le proche et le lointain en disjonction sur un même plan. La culture est l’abîme du sujet que comble la phénoménologie, abîme qui disparait entre je pense et je suis. C’est de l’ajout par l’esprit et non par les conventions sociales que procède un sol ferme. « Il y a dans le monde un trou, un trou qui en est le sujet ou la conscience » : il y a un trou « d’allusions et d’échos, c’est-à-dire d’absence » à combler dans l’humain et dans sa conscience, tel est l’enjeu, un trou culturel – alors que Descartes introduit l’immédiateté en philosophie.

(Est-ce qu’il existait quelque chose comme des sites avant la Renaissance ? On peut se le demander. Et de quoi se compose un site ? D’allusions et d’échos, c’est-à-dire d’absence.)

Ibidem.

Un site est une étendue culturelle qui s’intercale entre les immédiatetés, entre les certitudes inhérentes. Par exemple, Épidaure entre la continuité des pins.

Existait-il des renvois symboliques avant la Renaissance ? « On peut se le demander ».

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Publié par DéfiTexte - dans Esthétique
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