Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le défi des textes de philosophie et de leurs commentaires
  • Le défi des textes de philosophie et de leurs commentaires
  • : Promouvoir le caractère vérifiable de ce qui peut être dit
  • Contact

Profil

  • DéfiTexte
  • Auteurs étudiés en ce moment : Frege, Ecrits logiques et philosophiques ; Husserl, Recherches logiques ; Wittgenstein, Remarques philosophiques ; Aristote, Métaphysique.

Recherche

Archives

29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 12:24

Wittgenstein, Remarques philosophiques, chapitre XII, suite métaphysique.

Etat de choses. La métaphysique est le mouvement que l’esprit ajoute à la physique, non par l’intention et le jugement, mais par l’accommodement de la conscience – par ce que Wittgenstein appelle la disjonction infinie. Par exemple, la métaphysique permet de jouer de la distinction entre infini de tension de mouvement ou de mouvement ou entre espace et contenu, c'est-à-dire entre vision logique communicable et représentation intime, comme entre les piliers qui portent les vecteurs de force d’une architecture et l’extension des murs entre les piliers. Soit un point ou un acte c'est-à-dire le côté tranchant des choses : je vois immédiatement la possibilité de la droite et de la gauche de ce point sans avoir à me les représenter, sans détail ni dessin. La logique est une vision distincte, la métaphysique est un jeu de disjonction entre des visions. Sans elle, depuis Aristote, la physique demeurerait invisible (la Physique d’Aristote est d’abord une métaphysique comme la Métaphysique d’Aristote est aussi une logique – voila qui méritera quelques démonstrations quand cela sera le moment ici). Ainsi pour Aristote, on ne peut pas comprendre la physique si l’on ne sait accommoder, disjoncter à l’infini entre continu et divisible – entre blancs et pointillés – sans quoi on ne peut admettre (à l’époque d’Aristote) le passage entre le vin et le jus de la treille.

136. Une notation concernant l’infini présuppose-t-elle l’espace ou le temps infini ? […]

Wittgenstein, Remarques philosophiques, [Recension des matières XII], Tel Gallimard, 1975, page 29.

Une notation : le produit d’une dé-notation, d’une fonction de renvoi, d’un appel des notions d’espace et de temps. L’infini est soit le mouvement, soit la possibilité de mouvement qu’ouvre l’acte. Logiquement, l’acte ou le point ne présuppose pas l’espace mais installe un espace autour, la tension impose le possible : n pose n+1 c'est-à-dire l’objet logique de l’infini. La logique ouvre les possibles et la métaphysique les réalise : l’enjeu est la tension. Le temps est soit le mouvement de la succession des divisions, soit le mouvement de suivi de la durée entre les divisions. Le temps est soit ces mouvements, soit la possibilité de mouvement qu’ouvrent les actes de division : ses structures. La notation présuppose la structure de l’espace et du temps, mais ces divisions ne présupposent pas nécessairement la réalisation du mouvement infini c'est-à-dire métaphysique. L’infini en acte est posé par l’inhérence de n et de n+1 mais il n’est pas nécessaire d’accomplir le mouvement entre n et n+1.

Le mouvement pour continuer au-delà, l’infini en puissance, suppose qu’une étendue lui est réservée c'est-à-dire un infini toujours plus grand en avant et au fur et à mesure que l’imagination prend place ; au fur et à mesure : il faut du temps pour cela. Jeu entre espace et espace réservé, entre lieu et place. Mais si je coupe en a entre a1 et a2, je conçois immédiatement deux espaces à gauche et à droite de a. Pour la logique, il s’agit d’un infini possible que le temps ou le processus ne concerne pas – monde de l’acte. Pour la psychologie c'est-à-dire pour l’économie des processus, il faut du temps pour suivre le contenu par l’attention. La psychologie perd la référence à soi-même : elle voit la division plus que la présence, le déchirement plus que le déchiré, le processus plus que l’acte, elle appelle le temps, les détails ; l’espace prend un contenu. « Alors, il faudrait que la possibilité d’une telle hypothèse », celle d’un espace et d’un temps toujours plus grand ou toujours multiplié, « soit préfigurée quelque part » : la régression d’un mouvement vers l’au-delà pour rendre possible un infini précédent, ainsi qu’un présupposé psychologique qui choisit le temps de l’acte plutôt que l’acte dans le temps même. Et, pour une vitesse de suivi de l’attention donnée, une distance et un temps immédiatement divisés toujours plus courts encore. Tel est « le problème de la plus petite différence visible » causé par ce mouvement. Cependant, sans contenu je ne perds pas tout car je passe à l’acte et à sa tension.

**

Où donc l’on voit Wittgenstein distinguer entre logique et métaphysique, entre tension et réalisation. Où l’on voit la métaphysique ajouter des notions alors que l’intention ajoute des points de vue, des thèses. On parlait d’infini ? Allons voir l’espace et le temps infinis.

**

§137. La logique voit la discontinuité là où le regard voit la continuité : le champ visuel ne voit pas de discontinuité. Essayer ou constater l’échec, c’est se positionner avant ou après l’acte dans la discontinuité alors que la logique voit tout de suite la discontinuité. Si je ne peux pas subdiviser plus loin que les quarks, le corps bloque l’esprit. La vue par l’esprit est le préalable du procédé sinon l’esprit bloque le geste : l’intelligible permet le pas. Si j’essaie de subdiviser, je produis une vision préalable ; si je ne vois pas, je n’ai pas d’idée, pas même l’idée d’un échec. Evidemment, physiquement, je puis procéder par hasard, sans me rendre compte du procédé ; mais si je ne vois pas ce que je fais, non seulement je ne vois pas le procédé, le processus, la méthode, mais non plus je ne vois pas l’acte même. La vue par l’esprit est le préalable du compte, du compte rendu – et du rendu des comptes. Tandis que l’infini d’insertion cesse pour cause physique (aux environs des quarks) ou économique (beaucoup d’effort pour peu de résultat), il y a toujours discontinuité pour le champ visuel logique. Car même si je ne peux plus parcourir l’infinitésimal espace entre a1 et a2, je sais qu’il existe que je peux couper encore. La métaphysique est préalable au procédé, à la physique, et si l’image de l’imagination cesse, la logique c'est-à-dire la vision de la connaissance demeure. La logique est le préalable de la métaphysique.

138. L’expérience comme façon de vivre les faits me donne le fini ; les objets contiennent l’infini. […]

Ibidem.

Les faits : les actes complexes. L’expérience logique nous donne les structures des actes finis. L’expérience existentielle de ce que je produis pendant le processus de vie me donne le fini ; le vécu produit par le vivant est fini ; ainsi l’objet physique plein est fini. Acte et processus sont en concurrence. L’objet logique n’est pas un vécu ou un objet dans l’histoire : l’acte n’en a pas le développement. Spinoza dirait : l’objet logique n’a pas d’inertie pour persévérer dans son être ; il tient par la conscience de manière métaphysique. Il tient dès que mais autant que la tension interne de l’esprit est en fonction.

L’objet logique contient l’infini comme on contient socialement son comportement : on tient ses limites. Contenir : les limites spatiales saturent l’objet logique et a vient immédiatement avec les étendues e1 et e2 autour. Les objets logiques contiennent leurs limites distinguées qui viennent avec eux : tout point contient l’à-côté et la possibilité d’y accommoder. Si je vois un point, je vois avec lui, tout de suite, autant à gauche qu’à droite de lui : je vois immédiatement la continuité inhérente, que ce soit là-bas au-delà de a ou ici entre a1 et a2. Les limites sont contenues dans la référence, sinon dans l’évocation : la limite est inhérente au repère (ce qui n’est pas le cas d’une borne).

L’objet logique est un acte immédiat et non-naturel : il n’est « naturellement pas comme une […] expérience finie, mais en in-tension » : il ouvre tous les possibles. Il n’a pas de processus, comme un point il n’a pas de grandeur, il est produit sans délai par une tension interne. Il est comme les arêtes seules d’un cube accueillant l’étendue seule du cube – ou l’inverse. La tension est naturelle mais son produit ne l’est pas.

« Possibilité infinie » signifie que la conscience n’a pas de raison de s’arrêter de soutenir l’objet logique. « La possibilité infinie n’est pas une grandeur » : l’arête ou l’étendue comme limite l’une de l’autre, et possibilité ou disjonction infinie entre arête et étendue ne sont pas des grandeurs.

138. […] L’espace n’a pas d’étendue, seuls les objets de l’espace sont étendus, mais l’infini est une propriété de l’espace.

Ibidem.

Traduction (l’ésotérisme implique un remplissage entre les notions) : l’espace n’a pas de remplissage, l’étendue est remplie, un objet c’est du remplissage, l’infini existe par la seule présence d’une tension. L’espace est tension sans contenu, l’étendue est le produit d’une tension spatiale : affaire d’une fonction in ou ex de tension. Etendue de l’espace, étendue de l’objet : tension de structure, tension de contenus ; tensions alternativement étendues ou compressées. L’espace tend l’étendue : il est tendeur ; l’étendue est tendue (de même, une définition porte le sens et une distinction fait le sens – truth bearer, truth maker). Comme chez Kandinsky, la surface distingue l’espace et l’étendue comme la structure filaire et son contenu : les piliers qui tendent le mur et sa surface se distinguent de l’étendue de surface de ce mur ; la tension de l’espace et l’étendue résultat de la tension. L’espace est affaire de tension et non pas de matière. La structure filaire d’un cube a une taille, en trois dimensions, mais n’a pas d’étendue, pas de réification – de même une ligne a une longueur comme surface mais pas d’étendue. (Le point n’a ni taille ni étendue, pure tension ontologique sans surface ; la ligne a encore une longueur comme taille de surface nulle : on enlève encore au point ce rien de la ligne). Le cube lorsque l’on regarde ses faces pleines, même transparentes, a six surfaces – tandis que si l’on accommode, il a douze arêtes. L’espace délimité par des arêtes n’a pas d’étendue ; mais lui, l’objet qui arrête le regard et subsiste parce que le regard le remplit, l’objet possède une ombre projetée et des reflets sur lui. Seul le remplissage de l’espace, entre traits de taille, par des points dans un système de coordonnées cartésiennes en trois dimensions, seul le remplissage fait l’objet, seul le remplissage procure l’étendue.

L’infini est une propriété de l’espace filaire c'est-à-dire produit par la seule présence d’une structure filaire sans étendue, de limites – l’espace n’est pas une affaire de remplissage ou de bornes mais de limites, de structures logiques et de tensions. Dès qu’il y a limite, dès qu’il y a une borne, il y a transgression interne ou externe.

139. Divisibilité à l’infini : tout nombre fini de parties est concevable, mais non un nombre infini ; c’est justement en cela que consiste la divisibilité à l’infini. […]

Ibidem p.30

La divisibilité à l’infini tient de manière inhérente à la disjonction infinie. Le jeu de la conscience entre ce que la conscience voit, autant le fil (car un fil absolument sans étendue est logiquement visible) que le mur, à permis de distinguer entre la vision et le regard : entre l’immobilité logique de la vision qui tend et le processus du regard tendu. L’enjeu est que sans ce jeu, ce mouvement, disjoncter entre le visible et l’invisible physique serait impossible, l’invisible physique étant logiquement visible. (Remarquons que ce jeu métaphysique qui engage la tension est développé par Heidegger.) Par le regard, je peux voir un nombre fini de parties, par exemple beaucoup de petits points ; mais à un moment, je ne sais plus tenir ces points par l’attention, ils se brouillent, se confondent. Mais par la connaissance, sans regarder, je vois bien que lorsque je divise, toujours, à gauche et à droite du point de division il y a deux espaces que je peux encore diviser. Autant je divise autant il y a deux fois plus à diviser : je le sais mais sans regarder. Sans métaphysique, on aurait une vision sans regard. Le savoir passe au-delà de l’expérience, le passage à la limite de l’acte se passe du processus, la logique se passe du mouvement : c’est justement en cela que consiste les concepts de la logique, dont la divisibilité à l’infini en acte et en puissance.

Diviser une ligne ou une tache en trois, c’est s’arrêter : cela a du sens. La disjonction infinie est le passage d’une position à une autre, la divisibilité infinie est l’apparition inhérente : un point et un à-côté ou une surface et une limite à repousser. La réalité du signe est le développement en acte, par exemple les millions de décimales de pi tandis que le signe « pi » est l’acte de sa puissance : « une possibilité d’un autre type du signe même ». L’infini de décimales ou de divisions ne correspond pas à un nombre car un nombre est toujours fini et immobile : pi, racine carrée de 2, etc. Un nombre infini serait un nombre en mouvement de ses décimales – la logique présuppose l’immobilité, la structure contenue, le repos des possibles.

Ce n’est pas la division, le mouvement, mais la divisibilité infinie qui est décrite : l’acte immobile de la distinction entre point et à-côté. La divisibilité à l’infini « n’est donc pas indiquée par une réalité du signe » comme une suite d’espace et de points, de pointillés, un mouvement de répétition (cf. §125), « mais par une possibilité d’un autre type du signe même » : celui de l’acte. L’acte n’est jamais infini : aussi peu la pointe que son étendue – sinon un fait, complexe, pourrait être infini (mais Wittgenstein n’avait pas l’idée de la Shoa ou ne lisait pas Spinoza pour qui l’être peut être infini). Sans logique, point de possibilité d’infini ; sans métaphysique, point de réalisation de l’infini : point de répétition par la raison pure ni même de disjonction entre éléments distingués.

140. Le temps contient dès maintenant en soi la possibilité de tout avenir. L’espace des mouvements humains est infini comme le temps.

Ibidem.

Dès maintenant : dans l’immobilité logique de l’acte. En soi : dans la connaissance. Tout avenir : toute inhérence à côté, y compris le retour du passé. Dans l’acte, l’avenir c’est l’à-côté inhérent. L’espace comme le temps : ils ont le même schéma. Ils contiennent les mouvements humains : physiques et logiques. L’espace des mouvements humains : leurs tensions. Infini : affaire de tension. L’infini est une possibilité de mouvement ouverte par la disjonction logique. Logiquement, dès le point de division ou dès la tension entre limites ou dès l’extension – c'est-à-dire dès maintenant – tout élément de l’infini apparait. Le point hier comme aujourd’hui ou demain contient la possibilité de tout avenir y compris le retour du passé : de tout avenir, même d’un haut et d’un bas. L’espace des mouvements humains, que ce soit le mouvement logique de disjonction ou le mouvement physique de remplissage de l’espace, l’espace est soit physiquement toujours repoussé par l’ouverture des possibles, soit logiquement en perpétuelle disjonction par l’ouverture des actes, entre structures logiques, par les graduations du temps ou de la surface.

Le mouvement pose le problème de l’infini : c’est l’expérience finie du mouvement entre bornes qui remplit l’infini, l’espace comme le temps, et c’est la disjonction infinie qui ouvre l’infini entre limites. Or, pour l’humain véritablement humain c'est-à-dire capable de voir par la logique et l’esthétique, dans l’immobilité l’infini devient possible. La possibilité dépend de la liberté mais elle est logiquement inhérente, et l’inhérence ne dépend de rien : dès qu’il y a un point, l’à-côté existe ; dès maintenant, le passé et l’avenir existent. Le temps est soit un vecteur irréversible économiquement ou psychologiquement contingent et un mouvement dont l’avenir ne peut pas être un retour, soit une suite d’états de division, d’actes qui contiennent pour un point « maintenant », pour la connaissance, la possibilité de tout avenir, y compris le passé. Et pour une vitesse de parcours donnée, le temps correspond à une distance car d = vt.

Partager cet article

Repost 0
Publié par DéfiTexte - dans Wittgenstein
commenter cet article

commentaires