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  • Auteurs étudiés en ce moment : Frege, Ecrits logiques et philosophiques ; Husserl, Recherches logiques ; Wittgenstein, Remarques philosophiques ; Aristote, Métaphysique.

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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 16:59

Nous le disions à propos de la lettre volée de Poe mais aussi à propos de tout ce que Frege nous donne à voir, de la beauté, de la définition de la philosophie : l’évidence de la philosophie n’est pas l’évidence d’une première vue mais d’une seconde vue, évidence que cependant l’on recherche alors qu’elle n’est pas cachée. La première évidence est celle d’une perception : le Soleil qui tourne autour de la Terre ; la seconde est celle d’une thèse : la Terre tourne autour du Soleil. Après Platon, on ne met plus de lunettes de soleil pour se protéger des thèses mais pour découvrir le soutien des objets logiques…

La philosophie consiste d’abord à aller au-delà de l’évidence sensible vers cette évidence absolue qui est classiquement un premier critère pour Husserl.

Contraction du § 6 : « la science porte sur le savoir. Non pas comme si elle était elle-même une somme ou une contexture d’actes de connaissance. La science n’a d’existence d’objet que dans sa bibliographie », dans ses ouvrages écrits. La véritable science soumet le savoir, les sommes bibliographiques, à la connaissance comme un but au-delà : elle est la fonction qui passe le savoir vers la connaissance (p.10). « Or, c’est dans la connaissance que nous possédons la vérité. » (Ici, on retrouve une idée de Frege :) « Mais cela seul ne suffit pas », la pensée selon laquelle la chose existe ou non n’est pas encore le jugement vrai ou faux de cette pensée, le savoir n’est pas encore la connaissance. Bref, Husserl reprend l’idée de deuxième niveau qui donne sa définition à l’évidence – et que la science est une action. Comme pour Platon, ce deuxième niveau au-dessus de la caverne est « la certitude lumineuse » que l’on tient même si l’on ne réactive pas ou que l’on a oublié le savoir du premier niveau (p.11). Ainsi, la probabilité fonde l’évidence d’une estimation (p.12).

Or, pour Husserl, le niveau platonicien des idées ne suffit toujours pas car une multiplicité de connaissances, ce n’est pas encore la science : « Mais, dans le concept de la science et de son but, il y a plus qu’une simple connaissance. » Nous sommes encore loin de la science si l’on atteint « la multiplicité sans plus », les affinités, sans atteindre les relations. « Il faut manifestement quelque chose de plus, à savoir un enchaînement systématique », une liaison qui mette en ordre des fondements successifs.

Par « fondements successifs », j’interprète « inclusions successives » ; ainsi, la théorie est le niveau supérieur des inclusions successives, au-delà des connaissances singulières. L’unité d’enchainement confère l’unité aux inclusions et à la théorie. L’unité de la science comme but n’est pas d’étendre la connaissance mais d’acquérir « une mesure et une forme » de ce qu’est une science (p.13). La vérité est affaire d’ensembles et de lois (interprétation : par lois il faut entendre, notamment, « critère d’inclusion », « liens systématiques »).

« L’évidence, sur laquelle repose en dernière analyse toute connaissance […] » ce n’est pas la représentation, naturellement complémentaire aux « états de choses » (interprétation : non pas l’ensemble des ensembles mais l’univers référentiel ouvert) car la science requiert au moins la complication de la méthode. L’évidence est affaire d’intention plus que de méthode (interprétation : l’intentionnalité est la focalisation que l’esprit ajoute aux états de choses). Et contre Frege : les jugements s’appliquant aux pensées sont rares en pratique, et l’on ne trouve pas l’évidence dans les jugements.

Normalement (p.14), « [l’évidence et l’intention] apparaissent en même temps, dès que nous partons de certaines connaissances et qu’ensuite nous suivons une certaine méthode pour aboutir à la proposition visée » : l’évidence vient dans la focalisation ajoutée à la vérité puis suit une action de seconde étape : la méthode qui consiste à viser. La science est affaire d’évidence et d’intention immédiate puis affaire de visée ajoutée. Viser est la méthode justifiée a postériori ; l’intention est l’outil de la science a priori : la focalisation naturelle qui permet ensuite de viser. L’évidence vient d’abord, la visée vient ensuite.

 « Et c’est le fait qu’il en est ainsi, que nous avons besoin de fondements pour dépasser, dans la connaissance, dans le savoir, ce qui est immédiatement évident et, par suite, un truisme, c’est ce fait-là qui ne rend pas seulement les sciences possibles et nécessaires, mais aussi, avec elles, une épistémologie, une logique ». Car pour dépasser l’intention il convient de viser : de chercher quelque chose derrière ce que l’on voit avec une première évidence. Je vois puis je vise.

L’épistémologie est moins affaire d’histoire des sciences que de recherche d’objets logiques ; par exemple, derrière l’inclusion, trouver l’argument. Quelques soient les « multiples méthodes de fondements » (interprétation : d’inclusions), « c’est un fait caractéristique et essentiel qu’il y a des multiplicités infinies de vérités qui ne pourraient jamais être transformées en une connaissance sans des procédés méthodiques de ce genre » : sans la deuxième étape de viser après avoir vu : la méthode nous presse. Nous avons besoin de voir les inclusions pour justifier les évidences logiques et, truisme, pour voir l’inhérence au-delà du possible et du nécessaire. Car l’objet logique, c’est par exemple, entre autre, voir l’inhérence, l’indissociabilité de la couleur et de la surface ou de la note de musique avec son timbre et sa force.

L’enjeu des Recherches logiques est donc « d’établir des normes générales pour de semblables méthodes, et également des règles pour trouver comment construire ces méthodes selon les différentes classes de cas » (p.15).

Définition

Chez Husserl, l’évidence est la vision des essences c'est-à-dire la vision puissance deux des objets logiques : ainsi, en particulier, l’évidence est la vision des ensembles logiques, puis l’inhérence de l’argument au-delà.

Argument

Les objets logiques sont vus en puissance deux, au-dessus du jugement qui compose les pensées, au-dessus de la connaissance du vrai et du faux qui est au-dessus du savoir accumulé, l’intentionnalité au-dessus des choses, les états de chose au-dessus des choses.

Distinction

Chez Platon, l’évidence est le contenu qui aveugle, et que la philosophie doit justifier et expliquer ; chez Husserl, il convient de pénétrer l’évidence platonicienne, la méthode étant de la viser méthodiquement.

Argument

Les Recherches correspondent à la constante historique d’un cheminement platonicien mais (p.14) « [l’évidence et l’intention] apparaissent en même temps […] ». Chez Platon, l’évidence vient après le mouvement de sortie, la connaissance étant un aller-retour ; chez Husserl, l’évidence vient dès le regard mais il reste à viser pour trouver encore autre chose. Husserl découvre l’inhérence immédiate et éternelle à un contenu dans les contenus eux-mêmes, peut-être contingents.

Problème

L’épistémologie comme affaire de recherches en histoire des sciences, d’opinions argumentées, s’oppose à l’épistémologie comme affaire de découverte d’objets logiques. Seuls ces résultats comptent : « les choses intuitionnées et saisies immédiatement » à l’un ou l’autre des niveaux (Prolégomènes aux Recherches logiques, [Préface de la seconde édition], Tome premier, Traduction d'H. Elie, PUF page XII en bas).

Enjeu

Sans objets logiques on n’a jamais que du processus certain : la philosophie de Platon est celle de l’action de l’esprit, il affirme qu’il ne sait rien car cette action prévaut sur les résultats terminaux aporétiques sinon sur ceux intermédiaires (au milieu de ses livres). Or la philosophie de Husserl tient à des objets certains.

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Publié par DéfiTexte - dans Husserl
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