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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 18:40

Aristote, Métaphysique, Livre V, Chapitre 2, traduction Saint-Hilaire prise chez M. Remacle.

1013a §1 La cause matérielle est intrinsèque (inhérente aux effets et dedans), contrairement aux trois autres causes possibles (inhérentes et dehors). « En un premier sens, Cause signifie l’élément intrinsèque dont une chose est faite ; [25] c’est en ce sens qu’on peut dire de l’airain qu’il est cause de la statue dont il est la matière ». Or si un principe agit en couple, les causes agissent par quatre.

Quatre causes seulement : 1) la matière ; 2) la forme c’est-à-dire le dessin ou le parcours, et le modèle c’est-à-dire la conception qui y préside, ainsi les proportions ; 3) « le principe initial » des suites : l’agent efficient en contact avec la chose (en couple), l’initiative personnelle et l’événement impersonnel. 4) Enfin le pourquoi des effets poursuivis : la cause finale c’est-à-dire la justification des effets (et non pas une explication qui tiendrait à une liste). « Ainsi, la santé est le but de la promenade ». §4 [35].

§7 1013b [10] « Parfois, les causes sont réciproquement causes les unes des autres » : la santé cause de la promenade, la promenade cause de la santé ; l’airain cause de la statue, la réciproque est fausse. « Seulement, ici encore, le mode de la cause n’est pas identique ; d’un côté, elle agit comme but ; et de l’autre, elle agit comme principe du mouvement ». Selon le mode de la cause : remonter de la visée au corrélatif métaphysique, de l’explicite à l’implicite, de la cause au premier moteur actif par simple présence car il a la tension en lui-même. Or le but n’est qu’un intermédiaire de la finalité « qu’en vue du but qu’on poursuit ». Avec la fin, le but, sans la finalité, « nous croyons avoir indiqué la cause » : nous ne faisons que croire. Le mode de la cause : d’un côté la cible antérieurement posée, de l’autre le principe inhérent et justificatif. Car si promenade et santé ne formaient pas un couple générateur indissociablement lié, la promenade ne pourrait pas être cause de la santé. La finalité (le telos) n’est donc pas le but mais son principe – sa finalité in fine. Remarque : justifier, c’est trouver la cause génératrice, et non pas faire une liste explicative développée ou réduite à un seul but c’est-à-dire un seul argument.

§6 les causes sont multiples, elles surdéterminent, et il y a cause en tant que cause et en tant que principe, tandis qu’un principe est unique. L’enjeu de l’étude des causes est la science, et non pas l’ontologie (ce que la chose ou la conscience est) : la métaphysique des jeux de conscience qui joue sans laisser la raison pure divaguer. « Sans que ces causes aient d’autre rapport avec elle si ce n’est qu’elle est statue » : la cause n’a rapport qu’à la statue, pas à l’airain, sous peine d’autoréférence, tandis que le principe, couple premier moteur par soi, n’a rapport qu’à lui-même. Car pour remonter du phénomène à l’objet corrélatif, au premier moteur, il s’agit de voir en (méta)physicien. Tandis que le logicien remonte de la maison à son plan, à ses proportions – et que le théologien remonte de la chose à un créateur unique. La cause matérielle étant intrinsèque, le naturaliste n’a pas à remonter au-delà d’une matière active par soi, dont les couples sont explicites.

§8 Ce n’est pas tant la chose qui est cause que sa présence (la simple présence d’une propriété) : « Par exemple, l’absence du pilote est la cause de naufrage, tandis que sa présence eût été une cause [15] de salut. » La présence : l’effet d’influence.

§10 [20] Et parmi les causes matérielles (§9 lettres d’un mot, prémisses, parties, terre), « les unes sont causes comme sujet » c’est-à-dire comme ensembles parties d’un tout, les autre sont causes comme tout ; par exemple Socrate ou la cité, « notion » qui lui est essentielle. « C’est ainsi que sont le tout, la combinaison des parties, et leur forme » : le total (acte), les éléments de la somme (puissance) et la forme du tout (entéléchie). Par exemple, la définition d’une table, les éléments formant la table, et la table : un plateau avec des pieds, {un plateau, des pieds}, la table telle. Et donc qu’un sujet est dans un tout ; par exemple, on ne dit pas qu’un meuble est table.

§11 la cause efficiente peut aussi bien être l’automouvement naturel, « la semence d’une plante », l’acteur, le conseiller, pourvu qu’il y ait initiative du mouvement ou du repos.

§12. D’autres causes sont des causes en tant que but ou explication des choses, et en tant que bien ou conclusion ou hypostase de tout le reste. « Le pourquoi dans toutes les choses est pour elles le bien par excellence, et vise à être pour tout le reste la véritable fin ». La cause est soit la promenade en tant que but, soit la santé (la finalité) : le bien de la promenade, le pourquoi du but. Car la cause est le sujet ou bien le tout : la véritable fin. Grammaticalement, la forme est encore « promenade () santé ». Nous dirons : la promenade répond au besoin de santé ; ce qui manque, la santé, est le bien et la véritable cause des choses (la finalité). Car le tout est ce qui manque à la partie et suscite les besoins naturels et les désirs sociaux. La finalité se comprend en termes de manque.

Il y a donc distinction entre but et finalité c’est-à-dire entre motif et aspiration à un bien par excellence. Où l’on voit, selon moi, l’explication essentielle de la croyance en Dieu : le bien, la cause par excellence, véritable (le tout), le mobile du pourquoi, la présence qualifiée, ce qui englobe « tout le reste », la présence-absence et dont le positif est ressenti comme en creux – qui a été personnifié.

§13 [30] Les causes s’enchaînent car certaines causes sont antérieures ou postérieures à d’autre, par exemple le médecin et « l’ouvrier qui a fait l’instrument dont le médecin s’est servi ». En résumant les exemples d’enchaînements, « on peut encore les réduire » à des caractéristiques : proportion et nombre, un médecin, des ouvriers. « Et toujours les causes qui en enveloppent d’autres sont postérieures aux causes particulières » : l’impliqué enveloppe l’impliquant.

§14 Ensuite il y des causes directes et indirectes (elles ne s’enchaînent pas mais s’ordonnent) ; par exemple directement Polyclète le sculpteur, et indirectement dans la phrase, nonobstant postérieurement acquis : son savoir-faire de statuaire 1014a. Les causes indirectes éloignées sont accidentelles ; par exemple l’homme ou le blanc cause éloignée de la statue car Polyclète est un homme blanc. Éloigné comme l’ensemble, accidentel, par rapport à l’élément. « Et l’on pourrait aller jusqu’à prétendre » que l’âme au plus haut ou que le négatif est cause : le fait que Polyclète n’est pas musicien. §15 Il y a des causes disponibles et des causes effectives : « c’est le maçon qui est en état de construire ; mais c’est aussi le maçon qui est effectivement occupé à construire. »

§16 [10] Des nuances « pourront également s’appliquer aux objets dont les causes sont directement causes » et non plus accidentelles : à cette statue-là, à cet airain spécial par exemple ou à elle « en tant que portrait » : à son schéma. Et des nuances peuvent aussi s’appliquer aux ensembles, ainsi à la matière en général, « aux causes accidentelles elles-mêmes ».

§17 [15] On peut aussi distinguer l’individu de son genre social ; par exemple, Polyclète et Polyclète le statuaire. Le social où « on réunit, les unes aux autres, les causes directes et les causes indirectes », où « on peut ne pas isoler Polyclète ».

**

§18. En résumé c’est-à-dire en réduction selon le nombre, « Quoi qu’il en puisse être, toutes ces nuances sont au nombre de six, qui peuvent chacune être prises en un double sens. Ce sont la chose individuelle ou son genre ; ce sont l’accident ou [20] le genre de l’accident ; ce sont la combinaison des termes ou leur isolement. Enfin ces six espèces peuvent être considérées comme agissant réellement, ou simplement comme pouvant agir. »

En multipliant six par la distinction du possible et de l’effectif, le double sens, ces nuances sont en vérité au nombre de douze : des cases d’un tableau soit disponibles soit remplies. Deux lignes chaque fois d’un tableau pour l’individuel (Polyclète) et son genre : métier (social), homme fort (sexe) ; pour le direct (l’élément spécial ou le schéma) et les indirects (les savoir-faire) ; pour le premier et l’enchainé (médecin, ouvrier) ; enfin une colonne pour chaque fois le disponible et l’effectif. Où l’on voit encore ici le vrai tenir à un tableau des lieux, à une topologie. Le schéma du tableau = le vrai en acte. Remarquons que cette esthétique des structures est absente d’autres philosophies où le classement, l’histoire, la différenciation, prévaut sur la logique forte.

Car le plus important nous semble-t-il, afin de garantir un caractère systématique, c’est qu’un tel tableau soit fondamentalement basé sur des distinctions, le problème étant d’autre part de garantir une nomenclature des différenciations qui serait exhaustive. Les distinctions, « ce sont la chose individuelle ou son genre ; ce sont l’accident ou [20] le genre de l’accident » : la dichotomie entre éléments et entre l’ensemble et le genre d’ensemble. C’est aussi le proche et le lointain (le premier et la chaîne, les médecins et les ouvriers), le direct et l’indirect (l’indication et la réalisation), le disponible et l’effectif (la partie remplie, la partie libre).

Où l’on voit que la philosophie d’Aristote est d’emblée incarnée par des exemples, sa philosophie étant celle de la nature vivante. Ensuite Aristote n’exclut pas en termes de méthode des pans entiers de matières du savoir ainsi que d’autres le font, notamment le probable (la contingence), la psychologie ou l’économie (les acquisitions et les investissements).

Chez Aristote la différentiation des significations, des listes, est décomposée par des distinctions. Où l’on voit le pair c’est-à-dire le couple comme premier moteur d’un système. Un travail de l’entendement (Husserl dirait sans doute « thématiser selon le schéma ») permet de réduire les causes à des principes connus chez Aristote. Ainsi, encore en termes de signification et de réduction, l’élément et l’ensemble d’une part, d’autre part la puissance des ouvriers et l’acte direct d’indication, ou le continu de l’événement et le divisible de la puissance et du lointain de la chaîne, ou l’antérieur et le postérieur infinitésimaux (partie remplie, partie disponible). Nous y reviendrons.

§19 Aristote insiste sur l’essentiel des « deux dernières nuances » car il convient d’examiner tous les cas possibles : il y a distinction (binaire) entre disponible et effectif ; dans le disponible, point d’acte effectif. Les causes effectives « sont, ou cessent d’être, en même temps que les choses dont elles sont les causes ». Par exemple, un quantum capturé ici disparaît là, une couleur grattée détériore la surface, ce qui est rempli n’est plus vide, etc. « Mais les causes qui ne sont qu’en simple puissance ne soutiennent pas toujours ce rapport, puisque la maison et le maçon qui peut la construire ne disparaissent pas en même temps ». Car comment affirmer que le maçon en train de construire et disponible est maçon effectif, avant d’avoir terminé l’acte avec satisfaction ? Le maçon est effectif en train de construire sans avoir terminé, ainsi que ayant terminé et disponible.

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Publié par DéfiTexte - dans Aristote
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