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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 16:40

La négation : voilà qui intéressera peut-être la deuxième épreuve de l’agrégation de philosophie. Selon Aristote, (Métaphysique, CHAPITRE IV 1007b 35 §24, traduction Saint-Hilaire prise chez M. Remacle,) « si l’affirmation n’est pas vraie, la négation d’un objet différent sera vraie du premier objet plus encore que la sienne propre. » Fausse c’est-à-dire rayée, contrastée, hachurée, colorisée par la négation ; Vraie c’est-à-dire incolore à la première négation. (Il convient de schématiser pour voir). La négation dans le corps du vrai et du faux est la hachure ou cette sorte de coloration qui stoppe la disjonction relative et infinie d’un jeu de conscience entre contradictoires.

Soit le schéma suivant : deux ronds marqués p, m et t ; si l’affirmation n’est pas t, p et m sont hachurés une fois ; si l’affirmation n’est pas m, t est hachuré une fois, p deux fois : la vérité prend corps dans p, dans un état du négatif. Par ailleurs, contrairement à la négation, la contradiction ne prend pas corps : le recto ne prend pas corps dans le verso ni la montagne dans la vallée, ils y ont déjà leur corps, inhérent. Rappelons que la contradiction de A est non-A, que la négation de A est B, C, D, etc.

Si l’affirmation n’est pas vraie, en cas de négation de A vrai, le négatif B quel qu’il soit est faux : hachuré, exclu du vrai. Il n’y a pas de vérité propre à A, pas de hachure particulière, d’action propre sinon relative à B : disjonctive. Par exemple, il fait beau ou il pleut est vrai en rapport avec l’autre objet. Une action de conscience qui focalise sur un A ne conquiert pas le négatif B : ne prévoit rien. Si l’affirmation de A quelle qu’elle soit n’est pas vraie c’est-à-dire dans le cas général de la négation, cette négation place B différent dans la partie non-être de A que l’œil a à conquérir. Si maintenant l’affirmation de A n’est pas vraie, non-A vrai colore B de négatif : la négation c’est-à-dire la coloration de B sera vraie venant de A plus encore que la sienne propre, qui par elle-même est transparente.

Où l’on voit que c’est ici le non-être qui est coloré et qu’une hachure vient de l’autre objet relatif plus encore que de la sienne propre. Où l’on voit, surtout, que le vrai et la négation tiennent à des positions géographiques : à une topologie, à des variations de couleurs ; et que le vrai et le faux comme l’être et le non-être, nous l’avions vu antérieurement, tiennent comme le point et sa périphérie ; que le non-être ne peut pas être négligé comme jeu chez Parménide puisque c’est lui qui est colorisé – dans la nature. Si le jeu A non-A peut être tranché et négligé, B, C, D, etc. ne le peuvent pas. Si je vois cette fleur jaune, ce n’est pas tant parce qu’elle absorbe toutes les autres couleurs (les autres longueurs d’ondes) et rejette le jaune à mes yeux de sorte que j’en vois le négatif de l’être, mais parce qu’autour d’elle il y a le vert de l’herbe dont le jaune ressort par contraste. Je vois grâce au non-être ; l’être n’est pas éclairant.

« Si l’affirmation n’est pas vraie » cela signifie : par contraste, par différence symétrique. Chaque objet différent est différent du premier, évidemment. Que verrait-on d’un objet unique qui remplirait entièrement la vue ? Il s’agit bien du cas de l’évidence : si elle emplit la vue, on ne voit rien ; on ne voit rien du vrai si on a le nez dessus. Une coloration provient de l’acte de nier, d’exclure y compris ce qu’il y avait auparavant : une conquête.

Si l’affirmation de A raye les autres affirmations, la rayure de B viendra de A ; si A est faux, sa rayure vient de B. La négation est l’ajout de couleurs, le produit d’une action, c’est elle qui se voit ; il faut ici dessiner et peindre pour commencer à saisir l’intelligible. L’ombre, pure affirmation produite par la lumière, est cela qu’il faut conquérir – la transparence n’ayant pas de valeur philosophique.

Si cet élément n’est pas musicien alors il est rayé comme exclu des musiciens et contrasté, corrélativement, en tant que trirème ou autre chose. Mais s’il n’est pas une trirème alors il est musicien ou autre chose. « Plus encore » : si dans un schéma on grise les négations, les attributs qui ne sont ni {musicien} ni {trirème} sont grisés deux fois, chaque attribut rayé une fois par la négation d’un autre. Par exemple « potier » surgira dans le relief. Alors, « il est encore plus clair qu’il n’est pas une trirème » : dans ce cas trirème n’étant pas hachuré reste clair, le reste est contrasté par chaque négation car le contraste éclaire. « [1008a] Si donc cette dernière [affirmation] lui est applicable, celle de la trirème le lui sera aussi » : tout attribut est au moins une fois grisé dans le schéma de la négation et de l’exclusion. Autrement dit, on voit grâce aux négations et en rapport avec ces altérités : on voit l’être grâce au non-être, sans doute la vérité grâce aux peintres.

Si la négation c’est-à-dire le grisé est applicable à {musicien}, le principe sera applicable de même à tout attribut. Par exemple, si la chose n’est pas {musicien}, l’option {trirème} est hachurée en tant qu’exclue et peut-être vraie ; si la chose n’est pas {potier}, l’élément {trirème} reçoit une nouvelle hachure. Donc, « si chaque être peut recevoir sa propre négation venant de la négation d’autre chose, » son propre grisé, il peut aussi donner la négation à un autre être : {musicien} recevoir la négation de {trirème}, ainsi de suite. Où l’on voit la négation prendre corps.

Le problème est que si « toutes choses sont confondues les unes avec les autres, par cela même, il n’y a plus rien qui soit réellement existant » : confondues dans des grisés successifs, comme si la nuit tombait où les vaches sont grises disait Hegel qui s’y connait en négatif. Car chaque objet nié confond tous les autres dans une hachure ; dans le noir de trop de hachures, rien de vrai ; il convient qu’à un moment un nom éclaire – le négatif ne sera qu’un moment. L’affirmation est nécessaire à l’existence – aux tensions des conquêtes. Car de l’équilibre toujours sagesse et prudence tiennent, notamment entre négation nuancée et contradiction nette, entre multiple et alternative binaire. Le réel n’est pas comme le blanc par rapport au noir si ces couleurs étaient strictement opposées mais comme les gris et les contrastes d’une pellicule argentique, pour reprendre un modèle chez Wittgenstein. Mais qu’est le gris selon Aristote ?

§23 « C’est là, il nous semble, ne parler que de l’indéterminé ; et ces philosophes, tout en croyant parler de l’Être, ne parlent que du Non-être uniquement ; car ce qui n’est qu’à l’état de simple possibilité, et non point à l’état de réalité complète, c’est ce qu’on doit précisément appeler l’indéterminé. » Indéterminé : le tableau cartésien des possibles n’est pas complètement rempli. Chaque pixel, tout croisement entre ligne et colonne n’est pas rempli ; l’indéterminé, c’est cela le gris : des manques parmi le plein. Il nous semble : il apparaît avec la certitude de ce que notre esprit ajoute au sensible. L’être déterminé n’a pas de trous, il est entièrement coloré, nuancé, contrasté par la vérité ; un tableau cartésien complet n’a pas par-ci par-là d’intersection vide mettant quelques blancs dans du noir. Et les philosophes de la négation parlent du non-être uniquement : de B, C, D, etc. plutôt que de A et de non-A. Tandis que le déterminé considère la négation autant que la contradiction.

§24 « On n’en doit pas moins pour toutes choses exprimer [1007b 30] l’affirmation ou la négation » : être net, faire exister les choses autrement que par un cumul de négations, par les nuances d’une colorisation successive. Protagore qui choisit de soutenir à volonté que la chose est blanche ou trirème agit de la sorte toujours par nuances et par variation des couleurs, comme un peintre faisant changer la signification à force de couches. Mais « il serait absurde de soutenir que, si chaque être peut recevoir sa propre négation, il ne peut pas aussi recevoir la négation d’un autre être ». Contradiction : recevoir sa propre négation. Il serait absurde (et non pas contradictoire) que si le contradictoire existe, la négation ne pouvait pas pour autant exister aussi. Contrastes binaires et nuances coexistent dans ce qui a sens.

« Si donc on prétend que l’affirmation d’un objet différent est vraie, la négation ne l’est pas moins nécessairement. [35] » Si j’affirme musicien, non-trirème colore nécessairement musicien. Un objet différent : la négation ne vaut pas pour un seul et même objet. Nécessairement : selon l’exhaustivité des cas niés. Si j’affirme musicien, la négation autour de l’affirmation est aussi nécessaire que la périphérie ouverte par un point.

Où l’on voit encore ici que la logique donne à voir une esthétique des choses : qu’aux négations correspondent les couleurs, qu’une couleur est physiquement une négation des deux cas nécessaires : l’exclusion et le complément. Qu’à l’affirmation ne correspond pas tant la lumière que la révélation des contrastes. Enfin qu’à la logique ne correspond pas qu’une pratique de coupure mais aussi une nécessité de conquête du non-être.

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Publié par DéfiTexte - dans Aristote
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