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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 16:46

Ajoutez que, ou bien il en est ainsi pour toutes les propositions sans exception : par exemple, une chose est blanche et n’est pas blanche, une chose est et n’est pas, et de même pour toutes les autres affirmations et [10] négations ; ou bien, il n’en est pas ainsi, et l’observation s’applique aux unes tandis qu’elle ne s’applique pas aux autres.

Aristote, Métaphysique, Livre IV, Chapitre IV, §26 1008a, traduction Saint-Hilaire prise chez M. Remacle.

Ou bien les négations sont contradictions, ou bien il n’en n’est pas ainsi et nous considérons les nuances. À la négation de A correspond l’ouverture de la périphérie des B, C, D, etc. d’un tableau dont c’est l’ensemble qui est binairement contradictoire non-A. Le contraire est soit l’ouverture de tout, soit l’opposition d’une altérité : la négation de A est B, C, D, le contradictoire est non-A. Nous le disions, la pluralité des négations successives engendre les nuances de gris par couches de hachures successives. Plus les hachures assombrissent le dessin et plus le vrai apparait hachuré et sombre ; par exemple, pour quatre éléments, trois niés, le quatrième non nié est hachuré trois fois, le dernier forcément, les autres deux fois : le plus hachuré apparait vrai. Plus la négation exclut et assombrit ce qui n’est pas le cas, plus le vrai apparaît. À force que le cas n’est ni trirème ni potier, musicien surgit.

Nous concevons ainsi que le geste positif du peintre qui superpose de la couleur pour mettre en valeur tel objet, en bleu, en jaune, fait venir le vrai dans un geste de négation : que la négation est un geste positif alors que la contradiction montre le négatif du contraste absolu. Par exemple, si je peins une tasse, le fond sur lequel elle se détache n’est pas peint : c’est le négatif qui est coloré. Si je peins ce vase à côté, le cumul des gestes positifs de négation compose le tableau.

Dans La vision après le sermon Paul Gauguin peint la prairie en rouge vermillon en contraste avec des coiffes blanches pour faire plus vrai encore – pour faire plus faux serait un non-sens : le vrai ouvre les possibles tandis que le faux stoppe l’implication. L’arbre en biais y sépare la vision et l’objet vu – la lutte de l’existence. Sa peinture est posée par touches courtes ou longues dont sortent les formes : par actes logiques plutôt que par processus gestuel. Par aplat plutôt que par l’illusion d’optique d’une perspective. Il entoure les couleurs d’un cerne pour distinguer le vrai du schéma du vrai du style.

Soit la référence est le jeu alternatif entre tableaux, soit elle est le rendu nuancé d’un tableau : soit l’alternative blanc/noir du A/non-A, soit les nuances colorées des négations de A, tel est l’enjeu du négatif. Une chose est exhaussée à l’endroit du point que l’on regarde et le second plan s’estompe ou bien, comme le dit Sartre, le regard cherche Pierre dans la foule partout tout autour : dans le non-être coloré.

Si l’observation nie et cherche toutes les choses ou propositions plutôt que contredire et s’arrêter toujours sur une focale, si « alors encore on peut nier tout ce qu’on a affirmé et affirmer tout ce qu’on a nié », alors on peut voir toutes la diversité des couleurs. Alors on s’intéresse au halo noir autour de la focale éclairée. Car si le regard s’arrête toujours sur une focale, la contradiction ne voyant jamais qu’une couleur à la fois, on est « sans pouvoir réciproquement affirmer tout [15] ce qu’on a nié » : colorer le halo. Dans la contradiction je peux en bloc remonter de non-A à A, de pile à face ; dans la négation et l’entropie je ne peux pas remonter de B, C, D à A.

Ainsi, Aristote 1008a 5 §25 dit qu’à nier toujours « il n’y a plus réellement ni Homme ni Non-homme, puisque, pour les deux, il y a aussi deux négations égales » : les contrastes s’équilibrent, les oppositions prennent la même couleur. §26 [10] Alors, « on passe condamnation sur [les propositions] auxquelles l’observation ne s’applique pas » : on condamne ceux qui négligent le non-être. Qu’une négation qui hachure et repousse le reste se trouve collée à l’affirmation comme à la contrepartie d’un bilan : « l’assertion opposée sera une assertion unique aussi ».

§27 « Si ce dernier cas a lieu, » si le regard perçoit la périphérie de la focale c’est-à-dire les couleurs du non-être (le style), alors « l’existence du Non-être devient indirectement certaine. » Indirectement : à force du travail du négatif. Alors que l’on ressent immédiatement ce qui nous entoure, comme la psychologie de la forme le constate, comme la sociologie constate les phénomènes de mode. « Dès lors, on a un principe assuré » par la sensation. « L’affirmation opposée l’est encore davantage » : plus on la nie, plus elle existe.

Un adversaire de cette division des propositions et des perceptions correspondantes ne pourrait pas même la contester car pour contester il faut effectuer cette division. Nier la division entre être et non-être la renforce. Autrement dit, l’argumentation contre la logique présuppose la logique : on ne peut ignorer la loi que l’on conteste. « L’existence du Non-être devient indirectement certaine » : par l’abandon de l’adversaire devant l’obligation d’employer la logique pour la contester. « Indirectement » : par l’intervention de l’adversaire. L’enjeu de cette division parménidienne est que sans elle on ne pourrait pas « parler et penser ».

§28 « Tout alors se confond et se réduit à l’unité » du gris « ou, si elle en diffère, ce sera cette différence qui sera vraie » : on voit le vrai dans les nuances de gris.

§29 [35] Et si l’adversaire niait ce gris, s’il « ne commettait pas cette équivoque, il y aurait sur-le-champ une assertion précise » à côté de la nôtre et notre assertion (les nuances) sera prouvée par la discussion même. §30 L’enjeu ici est de situer le lieu respectif du vrai et du faux lorsqu’ils se produisent « en même temps » : dès une affirmation le faux est rejeté en périphérie.

En même temps, « c’est là précisément ce qui est en question » : la question du lieu c’est-à-dire 1008b §31 de la « la nature [5] des choses ». « S’il n’a pas pour lui la vérité » il n’est pas dans la bonne nature, le bon lieu – le lieu naturel. Et s’il ne différencie pas, « si son esprit ne s’arrête à rien », « en quoi un tel homme se distingue-t-il d’un végétal ? »

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§32 [15] Or personne ne croit « qu’il soit également bon ou mauvais de tomber, ou de ne pas tomber, dans un précipice » : la prudence est un équilibre dans l’action. §33 [20] « On ne traite pas toutes choses sur un pied d’égalité, ni dans ses actes, ni dans sa pensée » : de même la sagesse équilibre les connaissances, de même elle ne considère rien tout blanc tout noir sans nuance. « On se donne la peine de rechercher et de découvrir l’un et l’autre [plutôt que de] rester dans la plus parfaite indifférence ».

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§35 Ainsi ; on ne dirait jamais avec une vérité égale que deux et trois sont des nombres pairs ; et ce n’est pas non plus une égale erreur de croire que [35] quatre valent cinq, ou de croire qu’ils valent mille.

Deux et trois ne sont pas dans les mêmes lieux du pair et de l’impair. Et l’on compte cinq bâtonnets d’un seul coup d’œil, pas mille. Dans un cas la difficulté est le lieu logique des classements, de la compréhension des ensembles, dans l’autre celle de leur extension quantitative dont les nuances procèdent. Dans un cas l’erreur est logique, dans l’autre elle est physique : « il est clair que l’un se trompe moins que l’autre, et par suite qu’il est davantage dans le vrai. » On est en logique d’avantage dans le vrai, dans la vision des ensembles, que physiquement dans les nuances. « Il faut donc aussi qu’il y ait une vérité absolue [1009a] », une logique qui tient à la vision intelligible plutôt qu’aux difficultés physiques d’un coup d’œil.

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Publié par DéfiTexte - dans Aristote
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