Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le défi des textes de philosophie et de leurs commentaires
  • Le défi des textes de philosophie et de leurs commentaires
  • : Promouvoir le caractère vérifiable de ce qui peut être dit
  • Contact

Profil

  • DéfiTexte
  • Auteurs étudiés en ce moment : Frege, Ecrits logiques et philosophiques ; Husserl, Recherches logiques ; Wittgenstein, Remarques philosophiques ; Aristote, Métaphysique.

Recherche

Archives

14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 15:07

Un barbier rase les autres ; s’il se rase lui-même, il sort de la classe A de ceux qui s’occupent uniquement des autres : il n’est plus lui-même A s’il se rase lui-même en tant qu’autre B. Le barbier qui se rase ne s’appartient plus : il oublie qu’il est barbier A et cesse d’être la partie purement altruiste du tout, il devient le tout {raser les autre autant que soi-même} B car il fait tout, le verbe créant l’ensemble. Il n’appartient plus à l’ensemble A qu’il définit, il change de qualité et de l’extension qu’il fonde, et en changeant il entre dans tout ce qu’il est possible de faire. Un barbier est un acteur ouvrant l’ensemble A de ceux qui s’occupent exclusivement des autres ouvrant celui B de ceux qui s’occupent de tout, A inclus dans le B de ceux, les autres, qui s’occupent d’eux-mêmes et des autres. Lorsque le barbier se rase lui-même il « ne s’appartient plus » : il change d’ensemble pour devenir la référence « n’importe qui ».

Le verbe créant l’ensemble : Husserl le disait, un ensemble est défini par une loi, pas par un objet ou élément ; par exemple, allaiter définit les mammifères ; changer le verbe change la loi, ce qui change l’ensemble. L’ensemble des objets de cette pièce s’y trouvent : le verbe fait la loi, la Bible le disait déjà. Un élément s’attache par le verbe : c’est le verbe qui détermine l’ensemble, pas l’objet ; par exemple, si la table est rouge. Ainsi, les nombres décrivent des univers ouverts prêts à tout plutôt que des ensembles.

La négation, en particulier de A, porte sur le verbe formateur d’ensembles et sur l’implication, une contradiction portant sur les éléments « cas ». Certes entre les autres et soi, le cas concerne les objets. Mais le verbe « se raser soi-même » ne contredit pas le verbe « raser les autres » car faire autre chose est une négation qui n’est pas une contradiction. Lui-même/les autres se distingue soit comme contradiction dans un monde de dimension deux sans le temps ni la succession, soit comme négation un et multiple dans un monde réal.

Il y a négation lorsque le barbier en exemple change d’activité (raser-les-autres, raser-soi-même), contradiction quand l’objet d’occupation change (les autres, soi-même) ; par exemple, le commerce de la bourgeoisie a nié la noblesse au sens de Hegel tandis que la guerre contredit la paix à toute époque. Car la négation s’applique au verbe c’est-à-dire à la proposition entière tandis que la contradiction s’applique cas par cas. Le sophisme serait de confondre négation et contradiction et verbe et objet. Si le barbier sort de sa classe en changeant de verbe, il entre dans l’univers ouvert du complément à l’ensemble et non dans un contradictoire fermé.

Pour surmonter une contradiction on doit changer d’activité : si les autres et soi-même sont contradictoires, il suffit de passer de professionnel à touche-à-tout ; la contradiction survient si l’on ne peut pas changer d’activité et d’ensemble de référence. Par exemple, je ne peux pas manger et chanter ou mesurer et couper en même temps parce que je ne veux pas lâcher mon objet d’occupation. Le barbier ne peut pas s’occuper des autres et de lui-même en même temps selon l’objet mais il le peut selon qu’il change d’activité, de verbe. Nous le disions, il y a un lien entre chronologie et ensembles, une vue qui ignore les ensembles ignore les futurs. Il ne peut raser les autres comme lui-même parce qu’il veut être indéfectiblement professionnel plutôt que de réorganiser les ensembles et tout faire. Si l’on ne peut pas changer l’objet d’occupation, c’est que l’on ne peut pas changer d’activité. Si l’on peut chanter et mesurer tout en pensant, c’est que sensible et intelligible ne saisissent pas le même objet. Et si le verbe crée l’ensemble, le mouvement ne le crée pas car il n’indique pas un acte : le barbier bouge son rasoir en tout lieu.

Le cas produit une expérience de pensée courante : ou bien se prendre pour quelqu’un d’autre, pour un bricoleur, ou bien ressembler à Dieu purement altruiste. Les humains sont-ils autre chose que des apprentis-sorciers, et Dieu autre chose qu’un professionnel ? Un barbier ne se rase pas lui-même mais peut se raser lui-même en un autre sens : en tant que non-professionnel ; il ne s’occupe plus d’un objet social mais des objets en général. Que l’un se rase lui-même, c’est comme si une femme, Ève, s’occupant exclusivement des autres, offrait une pomme au lieu de la manger soi-même et que l’homme, Adam, s’occupant de lui-même, de son plaisir, croquait la pomme : il devient humain, déchoit, et sort du paradis.

Le cas invente des ensembles sans chronologie, quelqu’un qui ne peut pas à la fois se raser le dimanche et raser les autres pendant ses heures de travail : complètement artificiel. Le professionnel peut se payer soi-même de compte à compte (livrer des prestations à soi-même), être un acteur patient à la fois actif et passif, ce qui ne pose aucune difficulté dans l’expérience « de vie » mélangée qui n’est pas « de pensée » pure. Dans la vie, le barbier peut changer de vie sans changer d’existence, selon les cycles : s’occuper des autres et de soi tout en restant le même. L’existence du barbier reste la même tant qu’il rase, seule sa vie change le dimanche quand les actes ou les objets dont il s’occupe changent.

Le destin d’une expérience de pensée artificielle est de se compliquer pour parer à toutes les objections jusqu’à dire n’importe quoi. Pour mettre un petit peu de difficulté pratique là où il n’y en a pas certains compliquent le cas : obligent que tous soient rasés, interdisent de se raser soi-même, interdisent d’appeler un confrère : ils touchent à l’intimité ou imaginent que cet appel est techniquement impossible.

Le barbier de Russell agit comme dans le grand mythe fondateur où Dieu passe de la pure générosité à Jésus c’est-à-dire Dieu en tant qu’autre : incarnation à la fois humaine et divine. Ceux qui rasent et se font raser se donnent à Dieu autant qu’à eux-mêmes. Si le grand barbier barbu se rase lui-même, il agit en tant qu’humain prenant soin de lui autant que des autres : il perd son statut de grand ordonnateur s’occupant seulement des autres mais devient tout.

L’être pur n’entre pas dans la classe des autres, ceux qui font tout et n’importe quoi mais s'occupent bien d'eux-mêmes ; est-ce pour cela que Dieu est barbu ? Est-ce que l’homme porte une barbe pour signifier un désintéressement de soi et un renoncement au monde des mélanges ? Le destin pour Dieu fut d’ouvrir le complément à l’ensemble des humains, ainsi que, nous le verrons, au sens d’Aristote, l’être ouvre nécessairement l’en tant qu’être autour de lui.

Partager cet article

Repost 0
Publié par DéfiTexte - dans Rencontres
commenter cet article

commentaires