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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 17:51

L’être est « coextensif au phénomène » : il habite pleinement la nausée, le dégoût. Mais « il doit échapper à la condition phénoménale » : l’être y échappe de l’autre côté de ce que la conscience transforme par transphénoménalité, à gauche, car le phénomène « n’existe que pour autant qu’on le révèle » (page 16) : que l’on précise son être. « [Le phénomène] est un appel d’être : il exige, en tant que phénomène, un fondement qui soit transphénoménal » : il exige un passage rétrospectif du phénomène à l’être. Ainsi, la preuve de l’existence de Dieu d’Anselme ou de Descartes exige une faiblesse (une pauvreté) ou une perfection (une connaissance) originaire chez l’humain. L’ontologie est cet appel d’être c’est-à-dire de fondement en source.

L’être et le phénomène sont à deux endroits logiques différents : source et image. L’existence est l’être de qui a une conscience, le Dasein, une tension accessible par ses manifestations, elle est le sens qui renvoie aux significations, elle tient aux existants comme le rouge à sa surface, le syncatégorème au catégorème, etc. La conscience est « l’être du sujet » qui fonde les apparitions : les résultats renvoient à son premier principe. Le lieu de l’être est la source et non pas l’image qui est le lieu de l’objet. L’existence n’est pas une participation à l’être (elle tient au même lieu) : elle est, « c’est la seule manière de définir sa façon d’être » (page 15). L’être est la tension ; la façon d’être de l’existence est d’être tendue entre les alternatives d’essence, c’est-à-dire « elle est ». Le phénomène ou l’existant est un « relatif absolu » (page 12) car il dépend de la fonction conscience et de l’existence comme source.

Si l’être […] ne se résout pas en un phénomène […] et si pourtant nous ne pouvons rien dire sur l’être qu’en consultant ce phénomène […], le rapport exact qui unit le phénomène […] à l’être […] doit être établi avant tout.

Sartre, L’être et le néant, [II Le phénomène d’être et l’être du phénomène], Tel Gallimard, 1943, page 16.

L’être ne se réduit pas à un phénomène comme une cause ne se résume pas à un effet ou une source à son image. Et si pourtant une tension est connue par ses effets, réciproquement, en consultant les effets du phénomène, on imagine le type de tension correspondante : entre alternatives, entre densités, entre altérités, entre soi et son domaine de référence, entre points communs.

L’être nous sera dévoilé par quelque moyen d’accès immédiat, l’ennui, la nausée, etc., et l’ontologie sera la description du phénomène d’être tel qu’il se manifeste.

Sartre, L’être et le néant, [I L’idée du phénomène], Tel Gallimard, 1943, page 14.

Certaines tensions d’être provoquent des phénomènes d’être : ennui, nausée, dégoût… Où l’angoisse, qui se produit par soi, serait phénomène d’être de la fonction elle-même comme source. L’être n’est pas la nausée ou le dégoût mais la tension qui cause cet effet d’être : la tension, tel est le type de substrat existentiel. Et l’ontologie décrit les phénomènes d’être, les résultats de l’être. Où l’on voit que l’être est la cause efficiente d’un phénomène tandis qu’un objet logique est la cause matérielle de l’être – la fonction en est la cause formelle, l’idée programmatique la cause finale. Ainsi, l’essence de l’être est un intelligible particulier, par exemple l’alternative, un horizon qui supporte la tension, qui, elle, produit un phénomène sensible : une nausée, un ennui, un dégoût, une fierté, un amour. La littérature peut donner (à la philosophie française qui s’y intéresse) des exemples pseudo-vécus de phénomènes d’être permettant de rebrousser logiquement vers des existences et sans doute révéler des essences devant lesquelles la conscience de ces existences se tend. L’occasion des essences nécessaires à l’existence relativise un moi pur existant par soi dans ses images plutôt que par ces occasions.

Le rapport exact qui unit l’être du phénomène au phénomène d’être est un rapport de production : la tension entre alternatives produit la nausée. La nausée est un phénomène d’être ; l’alternative, ou plutôt la tension entre les termes de l’alternative est l’être – l’être du phénomène d’être. L’existence est la tension entre éléments de ces alternatives qui produit, selon, la nausée, le dégoût, l’ennui, etc. Le mal de mer vient d’un ballotement des organes internes ou de la production chimique interne équivalente, mais la nausée vient d’un ballotement entre alternatives intelligibles. Le dégoût provient d’un accommodement (néantisation) entre ce que je suis et ce qui n’est absolument pas moi, par exemple entre ma main et cette boue vaseuse, entre mon idéal de la vie et ces insectes velus ou grouillants. L’ennui provient d’un conflit esthétique entre densités ou entre une densité quasi nulle et toutes les densités qui se présentent ; par exemple pour certains, la densité de Proust ennuie.

Remarque : l’on voit que les expressions « être du phénomène » ou « phénomène d’être » sont amphibologiques pour la conscience qui accommode (néantise) et applicatives en soi. L’alternative sur laquelle elles jouent se réduit si l’on suspend un terme de l’alternative par des crochets ou si on le marque par un indice. Sans cette réduction la connaissance est troublée par la complexité et l’instabilité pour l’attention et seule l’hésitation tient. La parenthèse conceptuelle conscience (de) quelque chose ou fonctionnelle conscience (quelque chose) vient ainsi objectiver les choses. Nous avons vu que ce jeu de conscience était connu d’Aristote. Ainsi, dans l’expression « être connaissant » la conscience néantise c’est-à-dire accommode et souligne le mot être ou le mot connaissance – et ce faisant, elle en fait l’être ou la connaissance.

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Publié par DéfiTexte - dans Sartre
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