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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 17:03

Est-ce que tout apparait ? Et quelles sont les apparitions ? L’enjeu est encore ici de voir par l’esprit sans les sensations.

Mais si nous nous sommes une fois dépris de ce que Nietzsche appelait « l’illusion des arrière-mondes » et si nous ne croyons plus à l’être-de-derrière-l’apparition, celle-ci devient, au contraire, pleine positivité, son essence est un « paraître » qui ne s’oppose plus à l’être, mais qui en est la mesure, au contraire. Car l’être d’un existant, c’est précisément ce qu’il paraît.

Sartre, L’être et le néant, [I L’idée de phénomène], Tel Gallimard, 1943, page 12.

L’apparition est pleine positivité : ce que parait l’être est son instabilité, sa stabilité, une série de déterminations, ou conceptuellement une loi, une raison. « L’essence d’un existant, […] c’est la loi manifeste qui préside à la succession des ses apparitions, c’est la raison de la série. » Mais, être et essence, ce n’est pas la même chose !

L’être est peut-être le substrat des phénomènes, que le phénomène soit l’objet stabilisé par des ombres et des grisés ou instable en disjonction infinie. Par exemple, cette fenêtre a un substrat impersonnel rectangulaire, pourtant je la vois sous forme de trapèze en perspective parce qu’un bord est plus éloigné qu’un autre par rapport à moi. Son substrat est le rectangle, son paraitre est le trapèze. Par exemple, deux ronds l’un dans l’autre : nous voyons en disjonction une tour ou un puits selon l’intention d’une profondeur ou d’une hauteur du rond intérieur. À moins que des grisés ne stabilisent l’attention sur l’un des deux objets de ce phénomène. Suivant ces exemples, l’être serait le substrat matériel « deux ronds l’un dans l’autre » ou le rectangle impersonnel et objectif. De même, le substrat de la conscience est une tension d’être « existentielle », préphilosophique, par exemple la nausée ou le dégoût d’un galet plein de vase. Un vécu qui tient nos représentations.

L’être chez Sartre est un type de substrat des phénomènes, à préciser, qui lui-même est une apparition pleinement positive. Le substrat est lui-même un phénomène car nous y avons accès. Les « réalités nouménales » prétendent à un être dissimulé, secret, au-delà de ce que le regard peut atteindre : un arrière-monde. Or, « la pensée moderne a réalisé un progrès considérable en réduisant l’existant à la série des apparitions qui le manifestent » (première phrase du livre). Certes, il peut subsister un impersonnel qui ne nous apparait pas. Mais l’existant c'est-à-dire ce qui mêle les choses et la conscience que l’on a d’elles, cet existant parait au regard, l’être ne s’y oppose plus. S’il y a un substrat derrière ce qui apparait, le regard y a accès. Nous n’avons plus à y croire parce que maintenant nous le voyons.

Or, l’être a une essence qui est un autre paraitre que celui, sensible, qui peut nous induire en erreur : un intelligible. Mais une autre présence que celle des noumènes : un paraitre (que Sartre met entre guillemets puis souligne) « comme le signe implique la signification » (page 15). Un paraitre logique, une essence que l’on ressent esthétiquement. Car le substrat est encore sensible, les molécules qui soutiennent l’odeur sont sensibles pour un appareil technique. Alors que la surface qui soutient sa couleur sans laquelle il n’y a point de couleur, ou son étendue à laquelle il se réduit au minimum, ou sa définition, sont des exemples d’essences. Le problème est alors qu’il y a un paraitre pour les sensations, et un paraitre pour une science qui n’a, ici, rien de technique. Ainsi, si l’être d’un existant parait pour les sens, l’essence parait pour le regard de l’esprit selon l’intention. Tel est l’enjeu de la phénoménologie.

Donc :

Si l’essence de l’apparition est un « paraître » qui ne s’oppose plus à aucun être, il y a un problème légitime de l’être de ce paraître. C’est ce problème qui nous occupera ici et qui sera le point de départ de nos recherches sur l’être et le néant.

Ibidem page 14.

Il y a des apparitions, en particulier l’être stable sensible et l’essence comme apparition pour l’esprit : l’être du substrat ou substrat intelligible.

**

Concevons bien, en effet que notre théorie du phénomène a remplacé la réalité de la chose par l’objectivité du phénomène et qu’elle a fondé celle-ci sur un recours à l’infini. La réalité de cette tasse, c’est qu’elle est là et qu’elle n’est pas moi.

Ibidem page 13.

La réalité est la force impersonnelle qui s’impose à l’empiriste et qui fait plier le pragmatique. L’objectivité du phénomène qui la remplace dans la théorie est fondée sur un recours à la liste infinie que je détermine ou à la disjonction infinie : néantisation ou accommodement au sens du canard-lapin de Jastrow. Ici Sartre donne un exemple de disjonction. Si je regarde cette tasse, j’accommode entre elle et le fond sur laquelle elle se place ou ici, entre sa présence que mes yeux lui donnent et son éclat qui ne tient pas à eux, entre ce que j’imagine et sa résistance, entre ce que je peux en dire et les détails toujours plus précis qui forcent mon imagination. L’être « se dévoile comme il est » « comme l’ensemble des manifestations de la personne » : une continuité d’engagements ou une hésitation. La mauvaise foi est un exemple d’accommodement, de néantisation. Ainsi l’hésitation de la jeune fille entre abandonner ou retirer sa main de la main de l’autre, s’évanouir, parler, parler, ou s’engager. Ou le garçon de café qui corrige son attitude naturelle en fonction de ce qu’il doit composer dans son métier. L’objectivité du phénomène est fondée par ce que la conscience ajoute au substrat : l’objet est le produit de l’intention. Ici, ce que la conscience ajoute, c’est la liberté d’accommoder le contraire binaire ou le complément multiple : le recours à l’infini. La réalité impersonnelle est remplacée par ce que l’esprit ajoute ; de même, une théorie est rajoutée à ce qu’« il » se produit dans la nature.

Le phénomène qui apparait a une structure d’être. Et le néant qui est la limite métaphysique entre les termes des alternatives (mauvaise foi, composition d’une attitude, accommodement) introduit une structure instable pour la conscience. Mais la néantisation fonde l’absolue liberté qu’a l’esprit d’accommoder puis de s’engager sur une voie parmi l’alternative proposée par la réflexion, la tendance historique, ou l’occurrence absurde.

**

Le problème est de déterminer si l’être auquel nous avons accès est un phénomène parmi d’autres phénomènes. Car les deux ronds concentriques de notre schéma stable en exemple diffèrent de notre vue instable en disjonction puits-tour. L’apparition stable du dessin diffère de celle de la conscience instable qui provoque la nausée. Ainsi, « l’ontologie sera la description du phénomène d’être », qu’il soit stable ou instable, tel qu’il apparait. Mais encore, l’être auquel nous avons accès par concept est-il le même que l’être qui apparait ? Car l’être-substrat stable n’est pas le même que l’être-essence, intelligible.

Mais ce n’est pas le phénomène « substrat » qui est sous les autres phénomènes, ce sont les essences. C’est l’essence qui est sous les phénomènes ; l’être-dessous est la raison des séries, « la loi manifeste qui préside à la succession de ses apparitions ». Par exemple, l’essence sera l’ensemble des points communs entre éléments regroupés selon une raison, l’étendue sous la surface, la signification sous le signe. Donc, objet et essence se distinguent soigneusement : c’est l’essence, mais pas l’objet, qui est le sens de l’objet. « L’objet ne renvoie pas à l’être comme à une signification » ; l’être est autant une présence qu’une absence : le point commun est la tension d’âme. L’objet n’est pas une propriété alors qu’une surface tient, par propriété, par la présence même d’une couleur. La tension de conscience tient, par propriété, à une présence ou une absence. La généralité tient par la présence même d’une synthèse possible. Ou d’une convention.

L’être-substrat « deux ronds concentriques » est une participation à l’existence tour-puits qui est une émancipation : le phénomène et son support ne se masquent pas mais ne se dévoilent pas non plus. L’existant tour-puits qui mêle la conscience aux choses est un phénomène qui diffère de l’être qui « est la condition de tout dévoilement ». Or, l’être-stable, objet dévoilé stable, apparu, aurait-il besoin d’un être-essence pour apparaitre stable ? Un être qui ne participe pas, ne masque ni ne dévoile, mais qui supporte ?

« Le rapport exact qui unit le phénomène d’être à l’être du phénomène doit être établi avant tout » (page 16) : ce qu’est l’être après avoir dit qu’il apparait (stable) n’est pas encore déterminé. Il faut établir sa spécificité « transphénoménale » : question des essences et plus généralement des objets logiques sans doute.

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Publié par DéfiTexte - dans Sartre
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