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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 13:02

Revue Proteus – cahiers des théories de l’art http ://www.revue-proteus.com/articles/Proteus00-8.pdf

Cela devenait vraiment compliqué de savoir qui était quoi. Néanmoins, tout ceci était exécuté́ de façon très formelle.

L’art s’exprime en expérimentations : un empirisme esthétique dans un processus (just doing dit en titre Allan Kaprow). L’enjeu : ramasser une ombre à la main est davantage un défi que dessiner un visage à la fois de face et de profil. Un photographe maîtrise l’ombre mais pourtant jamais il ne réussira à « la plier pour qu’elle rentre dans la poche », ce à quoi parviennent couramment tous les peintres.

Ce à quoi nous ne parvenions pas en cherchant à « nous divertir de nos charges administratives ». Les règles : « aucune obligation envers le suiveur », « une fois de plus, comme convenu. »

Effacer derrière soi ses traces de pas sur le sable ou dans le gazon afin de présenter une situation impossible : « cela faisait tout drôle ». Inventer une situation dans « une grande salle » où chaque action personnelle libre dans l’envie et le moment, chaque coup de pinceau, construit une expérience impersonnelle.

Alors le processus d’expérimentation impersonnel se termine « une fois tout le monde parti » et non pas quand l’initiateur individuel décide de terminer son geste. « Au bout de deux heures et demie je suis sorti [...] et je n’ai jamais su à quel moment le dernier participant s’en est allé ». Cela se fait tout seul, indépendamment de l’artiste : « c’est ne savoir à aucun moment comment qualifier ce que l’on fait. »

Je vois dans cet article l’art avec comme toujours l’impossible comme horizon. Et la quête de l’impersonnel le point commun entre l’art et la philosophie. Ici une œuvre cesse avec une terminaison jamais encadrée, sans jamais l’exposition des corps : « affirmer et nier l’art dans le même temps ». Affirmer toujours un processus, qui cesse sans terminer.

Je crois que jamais la continuité n’a été perdue entre l’art et l’expérimentation au jour le jour. Les Grecs anciens sculptaient la matière à fleur d’un modèle idéal en tête, puis le sfumato a supprimé les lignes, etc. Aujourd’hui peut-être, ni modèle ni ligne de dessin personnels, mais toujours une expérimentation. Que sans l’art « la vie ordinaire » ne donnerait jamais rien.

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« Quand le suiveur perdait le contact avec l’ombre (et cela arrivait fréquemment) il tapait bruyamment l’une contre l’autre deux pierres [...]. Ce seul son indiquait le moment où on s’échangeait les rôles ». Or « en pratique » quand on passe sur des rochers, à côté de cactus, dans des ravins, la position de l’ombre ne pouvait pas être connue à l’avance. L’événement est impersonnel. « Pour John Cage, une action expérimentale en musique est (en substance) une action dont l’issue ne peut être connue à l’avance. Les sons musicaux et non musicaux (“bruits”) étaient indifféremment les bienvenus, de même que leurs arrangements imprévisibles ».

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Dès qu’une idée vous guide « il est temps de passer à d’autres possibilités d’expérimentation ». Car l’impersonnel, le hasard ou même la convention doit nous guider. « Une femme a reconnu qu’elle avait besoin d’être guidée. [...] Mais la femme était patiente et attendait simplement qu’ils s’accordent sur ce qu’il convenait de faire. » Toute aide impersonnelle est la bienvenue car sans « but fixé d’avance », c’est « le jeu en lui-même » qui gagne, le « sens de la vie ». Même au prix d’un échange de terre avec perte individuelle.

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Voici encore une allégorie cachée par son évidence, un exemple à partir de quoi une définition est possible. Je résume : « quand je discute de politique » et des conventions publiques je me rends compte que je me gratte (j’ai mal aux dents), ce qui ne se fait pas compte tenu de ces conventions. L’impersonnel du corps fait intrusion dans l’impersonnel des conventions : l’impersonnel est l’action que l’on fait « de toute façon », que l’on ne remarque pas plus que la pression atmosphérique. « Et maintenant que je remarque de façon intentionnelle que je le fais de toute façon, l’action dans son ensemble me saute à la figure. » Mais il n’est pas certain que l’impersonnel, « l’action dans son ensemble », respecte les conventions publiques.

« C’est un peu étrange », on peut même accommoder « au fur et à mesure » entre ces deux impersonnels. « Jouer avec la vie quotidienne est souvent simplement une manière de faire attention à ce qui par convention est caché » : accommoder permet de faire attention à l’impersonnel périphérique. Ce qui est aussi banal qu’une respiration.

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Où l’on voit un recours esthétique à la vieille technique de l’allégorie platonicienne : ni l’appel symbolique d’un savoir culturel ni une comparaison illustrée, mais une expérimentation donnée à l’interprétation. Et sa dernière idée du matin : échanger sa bonne terre avec du gravas caché sous un lieu à caractère social, à un juste endroit musicalement déterminé : sans doute rire d’une certaine économie.

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Publié par DéfiTexte - dans Esthétique
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commentaires

olivier de vergnies 09/03/2015 18:50

Merci pour cet article .