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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 19:11

Le chapitre IX traite de la disjonction infinie c'est-à-dire du jeu de la conscience : cf. §70 et notre article logique et néant.

Par exemple, §87 des Remarques philosophiques de Wittgenstein. « Je vois un cercle sur un fond rouge » : j’accommode entre le cercle et le fond c'est-à-dire je privilégie par l’attention l’un ou l’autre ; « une proposition qui laisse des possibilités ouvertes ». L’ouverture est l’accommodement entre fond et objet, entre premier et second plan, entre la multitude des objets en général et leur regroupement en totalité.

87. […] Qu’est-ce que cette généralité aurait à voir avec une totalité d’objets ? La généralité prise dans ce sens intervient donc dans la théorie des propositions élémentaires.

Wittgenstein, Remarques philosophiques, [Recension des matières IX], Tel Gallimard, 1975, page 23.

Quand on regarde, on peut voir la généralité des éléments n’ayant pas de spécificité ou leur totalité regroupée : tantôt l’une, tantôt l’autre selon le lieu porté par l’attention. Lorsque la disjonction infinie appartient au sens en référence, la privation de spécificité des éléments intervient dans la totalisation logique – par jeu de la conscience.

§88. La tache implique le fond sur lequel elle se détache, l’élément présuppose l’ensemble sinon il ne serait pas élément mais objet, la partie présuppose la surface qu’elle occupe toute entière.

88. […] La forme (la forme logique) de la tache présuppose en fait l’espace tout entier.

Ibidem.

La forme idéale qui ne tient que par l’argument (le triangle idéal…) et la forme logique (l’ensemble, le tableau cartésien, la fonction…) présupposent l’espace tout entier. Le triangle présuppose l’espace nécessaire à ses trois traits ; l’ensemble présuppose la limite entre le regroupement et l’altérité ; la fonction organise les espaces de départ et d’arrivée. La tache logique correspond à un certain nombre de grains, de pixels vrais parmi le tableau cartésien de l’espace logique entier.

89. […] « Un cercle rouge se trouve dans le carré. » comment sais-je une telle proposition ? Puis-je jamais la savoir comme disjonction infinie ?

Ibidem.

Un cercle dans le carré : vu d’en haut, comment sais-je qu’il n’est pas au-dessus ou en dessous, selon l’effort d’attention ? Le savoir d’une telle proposition ne peut être que celui d’une disjonction infinie c'est-à-dire d’une alternative équivalente.

Je ne peux pas « laisser une détermination pendante dans une proposition sans indiquer exactement en même temps ce que sont les possibilités qui restent pendantes ». Lorsqu’une détermination pend à une disjonction infinie, l’alternative est inhérente, présente « exactement en même temps ».

§90. On ne peut pas accommoder entre l’ensemble et le complément à l’ensemble que donne la négation : A et non-A sont des alternatives qui ne sont pas en disjonction infinie ni en équilibre quantitatif car un cercle qui n’est pas dans un carré peut être à côté. Et, en correspondance grammaticale, la position de la négation ne peut s’accommoder ; par exemple, « ce cercle n’est pas dans le carré » ne peut pas s’écrire « n’est pas ce cercle dans le carré » car alors c’est l’ensemble tout entier {ce cercle dans le carré} qui n’est pas, et non le seul élément {ce cercle}.

90. Cela tient à ce que c’est un non-sens de donner un nom à un cercle.

Ibidem.

Un nom n’a pas de détermination, ni grand, ni petit, ni dans un carré. Cette figure est ou n’est pas dans un cercle tandis que cette figure ronde a ou non un nom. Mais son nom n’est pas dans un cercle. C’est un non-sens de dire que le nom de cercle est dans un carré : c’est une variable qui est ou non dans un carré, pas son nom. Il y a donc disjonction infinie entre nom et réalité correspondante mais coller une détermination à un nom est un non-sens.

La force du lien entre disjonctions infinies tient comme tiennent les emplacements relatifs dans une phrase : comme une force grammaticale. Ainsi, « cercle, n’est pas dans, carré » ne peut pas se dire car on ne peut pas disjoindre et accommoder les forces grammaticales. « Dans » contient une amphibologie : un cercle dans un puits est entre le fond, la margelle, et se confond en perspective au-dessus. La vérité tient à l’ordre de disposition des éléments, parfois figée par la convention et la technique, parfois ouverte par la disjonction infinie.

§91. Le mot « tout » contient aussi une amphibologie : « Tous les cercles sont dans le carré » signifie autant qu’un seul cercle est dans le carré s’il est seul, qu’aucun autre cercle ne se trouve en dehors du carré.

91. Mais cette dernière proposition est à nouveau la négation d’une généralité et non la généralisation d’une négation.

Wittgenstein, Remarques philosophiques, [Recension des matières IX], Tel Gallimard, 1975, page 24.

L’extérieur du carré est la négation des éléments qu’il contient – son reniement social (Wittgenstein dit régulièrement qu’il ne peut pas le dire précisément, mais on l’entend clamer sa souffrance de devoir vivre sa négation). « Il n’y a pas de cercle en dehors » est la négation qu’il y ait une vie en dehors du carré, négation de tout élément en bloc, de tout un ensemble, d’une généralité dont certains ne connaissent pas les particularités. La généralisation d’une négation serait « il y a au moins un cercle à l’extérieur ».

§92. De même que les disjonctions infinies, les mots ambigus ou les synonymes, « les alliances d’un mot », stabilisent leur signification par le contexte, par la convention c'est-à-dire « par toutes les règles grammaticales ».

93. La forme sujet-prédicat n’est pas à elle seule une forme logique.

Ibidem.

Dans l’ensemble des règles de grammaire, il y a aussi sujet-prédicat comme alliance de mots. Or, cette forme propositionnelle que nous voyons par un œil esthétique apparaitre sous un jugement, ne suffit pas à la logique pour préciser les significations. Ainsi, « l’assiette est ronde » indique la correspondance d’un élément et d’une forme ; « l’homme est grand » indique la comparaison des échelles ; « la tache est rouge » indique une inclusion et une coïncidence entre éléments point à point. Une fonction en général ne suffit pas car il convient de la préciser : égalité, différences, coïncidence.

94. Dès qu’on se met à l’arithmétique, on ne se soucie plus de fonctions et d’objets. – La description d’un objet ne doit pas énoncer ce qui serait essentiel pour son existence.

Ibidem.

En arithmétique, la correspondance entre une série de nombres et d’objets comptés suffit. Dès qu’on se met à l’arithmétique, on ne se soucie plus de fonctions de production et d’objets produits c'est-à-dire de caractériser les fonctions : il suffit de caractériser les éléments de départ, et en analyse, le domaine de définition. Mais la description d’un objet ne touche pas son essentiel logique minimum sous peine de confondre le phénomène et son objet logique. Par exemple, l’essentiel de « l’homme est grand » est la correspondance et non pas la correspondance des échelles.

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Publié par DéfiTexte - dans Wittgenstein
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