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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 18:38

Bacon_innocentX.jpg

Que ce soit Francis Bacon ou Edvard Munch, en peinture le cri montre une projection de représentations internes, rouges, noires : la phobie du sang de la tuberculose de sa mère chez Munch, l’effroi de voir son âme chez Bacon.

Il faut considérer le cas spécial du cri. Pourquoi Bacon peut-il voir dans le cri l’un des plus hauts objets de la peinture ? […] Quand Bacon distingue deux violences, celle du spectacle et celle de la sensation, et dit qu’il faut renoncer à l’une pour atteindre l’autre, c’est une espèce de déclaration de foi dans la vie. […] Les forces invisibles, les puissances de l’avenir, ne sont-elles pas déjà là, et beaucoup plus insurmontables que le pire spectacle et même la pire douleur ? […] Quand le corps visible affronte tel un lutteur les puissances de l’invisible, il ne leur donne pas d’autre visibilité que la sienne.

Gilles Deleuze, Francis Bacon. Logique de la sensation, éd. La différence, 1984, in Pierre Sterckx, Les plus beaux textes de l’histoire de l’art, Beaux-Arts éditions, 2009, page 244, 245.

Le cas spécial du cri est le cas du débordement intérieur. Le plus haut objet de la peinture, c’est l’intériorité, la déviance et le débordement de l’intériorité. Le cri est une projection sonore et physique d’une intériorité : le cri correspond au plus haut objet de la peinture lorsque la projection est la plus forte et l’emporte sur les sensations lors d’une perception. Car la perception mélange sensation externe et projection de l’intention ; mais le cri correspond au déséquilibre lorsque les projections, lorsque le spectacle l’emporte sur les sensations. La vie de l’esprit est faite de spectacles et de projections qui l’emportent sur les sensations : une « déclaration de foi dans la vie » au cours de l’évolution des espèces. Bacon distingue deux violences, celle de l’horreur du débordement des sensations et celle du spectacle qui déborde les sensations. Dire qu’il faut renoncer aux horreurs est une espérance dans la vie de l’esprit. Les forces invisibles que nous anticipons, déjà là, sont les plus puissantes. Le portrait du pape Innocent X par Francis Bacon incarne les puissances de l’invisible qui constituent nos intentions et qui l’emportent sur les sensations et leurs éventuelles horreurs.

Le spectacle l’emporte sur les sensations : « un point de vitalité extraordinaire ». Il faut renoncer à l’un pour atteindre l’autre car si dans l’existence sensation et intention se mélangent, leur distinction et leur inhérence est stricte. Pour renoncer à une partie inhérente, tel est le point, il faut que cette partie traverse l’autre, par transparence, comme si le verso se voyait sous le recto. Pour renoncer aux horreurs des sensations il faut que le spectacle déborde par-dessus. Bacon regarde un rideau et son intention projette autre chose qu’un rideau, elle dévie, il voit la figure du pape par-dessus, projetée, en disjonction. Je suis animé de sensations et de projections mais la projection déviante qui se désolidarise des sensations l’emporte en évidence et en force. Le spectacle se désolidarise du sensible et se met à crier : l’intériorité l’emporte et se voit dans ce qu’elle projette, elle donne à voir son cri. La représentation déviante colle à une sensation naturelle comme un fantôme projeté sur un mur et provoque un cri d’effroi : la projection adopte notre propre peur. L’ironie est qu’un pape soit une déviance, que je puisse voir un pape quand j’ai peur, qu’un pape puisse avoir peur, que l’au-delà soit un pape plutôt qu’un fantôme. C’est le monde à l’envers ! Le monde où la lumière du tableau est en bas et non vers le ciel et où le flou est en haut.

L’enfer est pire que « le pire spectacle et même la pire douleur ». L’enfer est pire que le pire spectacle sensible, que la pire douleur. L’enfer, c’est voir ses représentations telles alors que l’on reçoit naturellement des sensations, c’est voir ses angoisses intérieures en regardant l’extérieur, regarder un rideau et se voir en pape qui crie : voir son propre cri. L’enfer tient au spectacle intelligible : voir un trou béant noir au fond de sa gorge, au lieu de sa gorge, voir le noir en soi-même, une âme noire dans un visage de pape. Le spectacle de voir son intérieur au moment où l’on regarde l’extérieur – le spectacle de la phénoménologie. L’enfer se produit lorsque la projection personnelle, l’intention, l’emporte sur l’influence des sensations et de la nature. Comme si l’enfer était inhérent à une activité de l’esprit, lorsqu’une une horreur est associée à un pape.

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Nous le disions, « il semblerait que parfois il pourrait y avoir confusion des présences au départ dans le percipiens et maladie de la transformation fonctionnelle. »

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Publié par DéfiTexte - dans Esthétique
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