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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 12:04

« La loi d’être du sujet connaissant, c’est d’être-conscient » (page 17) : la tension de conscience qui néantise est la loi de la connaissance. Elle accommode entre éléments intelligibles distingués de la même manière qu’entre éléments sensibles. Précisément, la perception mélange la sensation et ce que la conscience rajoute à la sensation. Par exemple lorsque je perçois, si je vois une tour dans le lointain, j’ajoute qu’elle est ronde ou carrée. Si je vois un plateau et trois ou quatre pieds je perçois « table » ; si j’entends un coup de fusil, je me sauve. Avec le même outil « conscience », je perçois le sensible et je crée de l’intelligible, autant une connaissance qu’un fantôme. Une difficulté étant de faire la différence entre une production de conscience privée ou non de substrat sensible. La perception mélange le sensible et l’intelligible, action impure, complexe, préréflexive car réflexe et antérieure au mot. Elle mélange l’impersonnel senti par mon corps auquel je suis soumis et ce que ma conscience lui ajoute pour en faire un objet. Or, ce mélange et ce trouble soumis à hésitation et tension précèdent la distinction et la connaissance. De même, le Dasein est ce mélange de l’être dans l’humain, de tension dans la disjonction. Le point est que la perception est une existence : ce mélange alternatif entre sensible et intelligible, cette tension, cette complexité est une existence, un lieu d’être. Par définition, la perception est une existence, une tension en source, qui mélange le sensible et l’intelligible ajouté par l’intention. La perception est un être-tension qui échappe aux lois de l’apparition et qui les fonde. Cette différenciation entre sensation et conscience tient à la réduction phénoménologique : Descartes retirait par l’imagination tout sensible à l’objet et le réduit à ce que la conscience ne peut plus lui enlever, l’étendue, sauf à le faire disparaitre. Husserl généralisa cette réduction à tout objet logique : alternative, contexte, etc. Cette pureté essentielle obtenue, logique c’est-à-dire visible par l’esprit, présuppose la tension (l’attention) de conscience qui la révèle.

Et, puisque nous avons borné la réalité au phénomène, nous pouvons dire du phénomène qu’il est comme il apparaît. Pourquoi ne pas pousser l’idée jusqu’à sa limite et dire que l’être de l’apparition c’est son paraître ?

Sartre, L’être et le néant, [III le cogito « préréflexif » et l’être du « percipere »], Tel Gallimard, 1943, page 16.

L’être est comme il apparait ; mais l’être et le paraitre, ce n’est pas la même chose : la néantisation entre disjonctions n’équivaut pas la nausée comme résultat. Si l’être se confondait avec le perçu, il serait attaché à droite plutôt qu’à gauche. Qu’il est comme il apparaît : à la limite de la comparaison, son existence est ce qu’il parait, lorsque x = Á(x) : lorsque l’être vient à paraitre. A la limite adéquate, « comme » signifie la possibilité d’accommodement entre être à gauche et phénomène à droite d’une correspondance : entre équivalences. L’être de l’apparition ce n’est pas qu’elle soit là, le résultat, ni qu’elle apparaisse progressivement ou brutalement, le processus. L’être est une certaine existence qui confère à l’apparition ses significations : l’existence perceptive. L’apparition est perçue en tant qu’être au départ et en tant que mécanisme fonctionnel : elle parait. Que l’être de l’apparition c’est son paraître se schématise ainsi : existence parution (« dualisme unique »). Ou : percipiens percipi où «  » signifie percipere, verbe et fonction : « Ainsi, le percipi renverrai au percipiens » (page 17). (Nous utilisons le schéma de la fonction propositionnelle à l’occasion d’un texte qui ne l’utilise pas ; mais sinon, comment préciser les lieux ?) Le percipi renvoie au percipiens comme le connu à ce qu’il y a à connaitre et le phénomène à l’être. Mais il n’y a plus rien derrière l’apparition sinon son existence : « elle ne peut être supportée par un autre être que le sien propre ». L’être-existence « est absolument indicatif de lui-même » et entièrement en acte (page 12). « Ce qu’il est, il l’est absolument, car il se dévoile comme il est » c'est-à-dire comme il existe : il apparait comme il existe, et il existe parce qu’il se dévoile. L’être de l’apparition est son existence perceptive. Son paraitre, c'est-à-dire son perçu, paru, percipi, est « le vieil "esse est percipi" de Berkeley » – ou le percipi intelligible après réduction de Husserl. Pour Husserl comme pour Berkeley, l’être se positionnerait en résultat de la conscience : au mauvais endroit que Heidegger remet à sa place en source. Dans le schéma ou mécanisme de l’apparition, principe et parution sont chacun à l’opposé de la fonction « conscience » : ils ne peuvent pas se confondre mais correspondent. « Le percipi renvoie à un être qui échappe aux lois de l’apparition » (page 17) : il échappe au mécanisme de la fonction et de l’être – tandis que l’être, par sa présence (il est attaché à gauche), par propriété, génère fonction et résultat. Il échappe aux lois de l’apparition c’est-à-dire au mécanisme commun des manifestations tout en restant leur être. Car en ontologie, c’est l’antériorité productive qui supervise. Le percipiens occupe la position de l’être, du sens et du principe ; le percipi est le perçu de la parution, ce qui apparait en provenance du principe d’existence.

Nous distinguions en source entre l’essence et la perception (existence perceptive), selon le calme pur ou le mélange affectif. Pour la connaissance eidétique l’être est toujours tel ou modèle calme. L’existence quotidienne, cet être, est le mélange et le trouble de la sensation et de ce que la conscience lui ajoute. Pour que l’apparition soit telle qu’elle est perçue, que la tour carrée soit perçue carrée plutôt que ronde, que la réalité soit comme elle apparait, qu’elle soit identique en source comme en image, bijective, il faut que le trouble et la complexité au départ soit restituée en destination. Comme la disjonction est restituée par la nausée – plutôt que la disjonction demeure disjonction calme, sans affection, sans nausée. Car la réduction phénoménologique à la pureté est « une manière de réalisme ontologique tout à fait incompatible avec la notion même d’apparition », réduction inadéquate à la réalité trouble et complexe du départ. Par exemple, le complément à l’ensemble adéquat à l’état économique et social des choses est adéquat aux troubles sociaux-économiques. Disons que le monde est au départ et son analyse à l’arrivée. « Ce qui mesure l’être de l’apparition c’est, en effet, qu’elle apparait » : la mesure de l’être, c’est son résultat. L’idéalisme inauthentique qui reste calme renonce à la fois à la tension et au phénomène c’est-à-dire à la complexité de la tension interne et externe.

A la limite logique de la correspondance bijective, l’existence et l’apparition collent de manière inhérente. S’il y avait un interstice entre exister et apparaitre, cet interstice existant apparaitrait – et il collerait absolument à son être. Rappelons la première phrase du livre : « la pensée moderne a réalisé un progrès considérable en réduisant l’existant à la série des apparitions qui le manifestent » : la série des apparitions est tendue par l’intérêt, par exemple l’œuvre de Proust. « Il n’y a plus [de] peau superficielle qui dissimulerait aux regards la véritable nature de l’objet » c'est-à-dire les significations qui se manifestent (page 12) mais il y a extériorité entre existence et ses manifestations (page 14). « Et l’apparence de son côté n’est pas une manifestation inconsistante de cet être » : ses manifestations institutionnalisent la néantisation en tension du sens. Il y a une puissance des manifestations : un développement en nombre indéterminé sans lesquelles « l’apparition […] ne saurait être qu’une plénitude intuitive et subjective » (page 13).

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Publié par DéfiTexte - dans Sartre
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