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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 19:12

Le tableau ci-dessous correspond à un schéma de positionnement des concepts que je lis dans L’Être et le Néant de Sartre. Où l’on voit que pour être clair, le positionnement donc le schéma est nécessaire. Le problème ici est de placer les notions d’être et d’existence dans ce tableau ; or, ces deux notions n’ont pas de positionnement spécifique : l’une correspond à une accentuation, l’autre à un mélange.

Source

Fonction

Image

Sens

Fonction

Signification

Essence

Conscience

Phénomène

Disjonction

Accommodement

Nausée

Quelque chose

Conscience

Objet

Substrat
Percipiens
Apparition

Perception
Percipere

Perspective
Percipi
Perçu

Il ressort que l’essence est faite de disjonctions, que chez Sartre l’instabilité est un soutien logique et que l’image d’une source instable est instable et produit la nausée : la conscience ou l’accommodement d’une disjonction essentielle produit la nausée. Que la correspondance F entre sens x et signification y est la conscience qui accommode, néantise, et produit la nausée F(x). Donc, l’essence, la conscience et le phénomène sont de même nature instable, la variation de l’accommodement sur la disjonction rend le phénomène variable : accommodement (disjonction) = nausée.

L’accentuation de l’être

L’être en général est, selon, l’accentuation, la chose accentuée, la tension d’accentuation. Par exemple, la tasse sur la table plutôt que la table qui supporte la tasse, la tasse dont je parle, la conscience qui sélectionne la tasse plutôt que la table. L’être est comme l’italique, le soulignement ou le gras d’un mot : une focalisation sur un point, le choix du point par rapport au non-être qu’il ouvre, la fonction elle-même de focalisation : l’intention, la conscience, une liste d’arguments choisis. L’être est chose accentuée, fonction d’accentuation, ou force d’accentuation. L'être n'est jamais une chose toute seule mais l’accentuation de la chose, la chose accentuée – ou l’accentuation elle-même. Ces trois différenciations distinguent l’inhérence de l’accentuation et de la chose accentuée c’est-à-dire l’inhérence de la fonction et de son objet d’application. La fonction d’accentuation est la conscience qui accommode : qui choisit une alternative plutôt qu'une autre devant une disjonction. Par exemple, l'être est cette tasse plutôt que le fond devant laquelle elle se trouve. Le titre « L’Être et le Néant » s’interprète ainsi : le choix et le changement de choix, essentielle disjonction.

Donc, il n’y a pas de fonction d’accentuation sans objet accentué, autrement dit il n’y a pas de conscience qui ne soit conscience de quelque chose, telle est l’intuition fondamentale. « L’être premier […], c’est donc l’être de l’apparition » : l’accentuation du sens en source, tel est le « phénomène d’être ». Le phénomène est l’accentuation qui se manifeste lorsque nous en parlons et que nous en avons une certaine compréhension (page 14 Gallimard Tel). Le phénomène d’être « focalisation » ou « accentuation » est identique c’est-à-dire inhérent au phénomène de la chose, de même l’italique est italique d’un mot : de même nature mais de révélation différente. De même, le rond lumineux d’une lumière est inhérent aux phénomènes qu’il éclaire, la lumière est indissociablement lumière de la chose qu’elle éclaire. Une qualité comme la couleur, l’odeur, est inhérente à un support physique, à un support essentiel, comme le signe et la signification : absolument indissociable, sans restriction mentale possible. Chez Husserl, une réduction eidétique est réduction de la chose, chez Heidegger, la tension d’être est inhérente à l’humain (page 15). Ainsi, l’essence est essence de quelque chose ; par exemple, le recto est l’endroit d’une feuille, la surface celle d’un objet, la disjonction est l’instabilité d’une situation. « Le passage de l’objet singulier à l’essence est passage de l’homogène à l’homogène » : passer de la chose à son soutien est une affaire d’attention logique. De même, le soulignement du mot est inhérent au mot souligné : l’être (qui est un phénomène et pas un arrière-monde) est inhérent au phénomène, qui, de ce fait, est un être. Le « passage de l’existant au phénomène d’être » est ainsi une affaire de focalisation, de choix de conscience, si je l’accentue, si je le dépasse par son éclairage. Autant l’essence est essence de l’objet, autant la fonction est fonction de quelque chose : du sens en source. « L’ensemble "objet-essence" fait un tout organisé » par la conscience. Donc, « l’être n’est pas le sens d’un objet » : il ne se situe pas en première colonne, ni en qualité-image en troisième colonne, ni en colonne du milieu car la cause n’est pas l’effet, nulle part en particulier, mais à tout endroit focalisé. Par exemple, dans une absence remarquée, soulignée.

**

Conséquence pratique : le mot « être » dans une expression comme « être du phénomène » est, disons, un mot parasite, de sorte que les phrases gagnent en clarté si elles sont reformulées sans l’employer et certains mots soulignés. L’être est, comme le gras ou l’italique d’un mot : la focalisation est « la condition de tout dévoilement : il est être-pour dévoiler ». Entre table soulignée et table, « je détourne les yeux » (page 15). L’italique n’est pas « l’être comme condition de dévoilement, mais l’être comme dévoilement qui peut être fixée » par le concept d’italique : sans être extérieur.

Le mélange de l’existence

L’accentuation sort la chose du mélange alors que l’accentuation est inhérente au mélange ; tandis qu’une philosophie de l’existence sort et privilégie le mélange plutôt que l’accentuation. Par exemple, l’existence dans son unité est faite de la diversité des hauts et des bas de la vie ; la perception faite de sensations et de leurs interprétations est une existence.

Nous le disions, l’existant mêle les choses et la conscience que l’on a d’elles ; la tension s’ajoute à la disjonction pour en faire une existence ; l’existence est ce trouble complexe de tension entre alternatives, le mélange d’être-tension et d’essence car la fonction est fondamentalement être-tension. L’existence est l’être de qui a une conscience, le Dasein tendu, être-là. L’existence est la tension entre éléments de ces alternatives (tension et éléments), elle produit, selon, la nausée, le dégoût, l’ennui, etc. Mais que l’existence précède l’essence signifie que la tension précède l’essence dont elle prend conscience : conception heideggérienne. Le jugement reçoit son sens d’être d’une tension entre alternatives, l’existence, plutôt que de l’alternative, essence pure et calme. La loi de la série, le point essentiel concomitant de l’existence est ici la tension de l’être, tension matérielle, chimique, dont la condition précède toute connaissance et qui joue entre les matières autant sensibles qu’intelligibles.

L’existence est le complexe inhérent disjonction-conscience ou essence-fonction ou toute autre combinaison partant du tableau ci-dessous lorsque l’on fusionne et confond la première et deuxième colonne. L’existence est à la fois le sens en source et la fonction. Si l’existence n’était que la fonction d’accommodement au milieu, transcendantale, déracinée de l’essence, plutôt qu’un mélange, on pourrait comme chez Kant accuser l’être de tenir à la psychologie. L’existence accommode sur la disjonction en permanence, sur toutes les vicissitudes de la vie. Nous écrivions que « l’être est la disjonction sur laquelle accommoder » car Sartre accentue le concept d’existence par le mot « être ». Donc, l’existence est le complexe chose-appropriation, le complexe des deux premières colonnes : la logique distingue ce que l’existence confond.

Distinguer entre source et fonction introduit un dualisme à côté du dualisme irréductible source-fonction (confondues) et image. Or Sartre veut réduire « un certain nombre de dualismes qui embarrassaient la philosophie » (deuxième phrase du livre) et les remplacer par la liste de ce qui apparait. De même, il supprime l’intérieur-extérieur et ce qui est caché derrière la chose : l’être n’est plus nouménal. Pourtant, la source sensible et la fonction d’appropriation apparaissent distinctement à la logique. Mais pratiquement, il suffit qu’il y ait une amphibologie du sens pour qu’il y ait nausée, par exemple un canard-lapin, un objet qui se détache sur un fond, moi et non-moi, etc. Ainsi, l’existence, c’est le fait que l’essence fonctionne dès sa présence – et les deux premières colonnes peuvent pratiquement se confondre. Ainsi, « l’essence, c’est la raison de la série des manifestations » (même page) et, (page suivante) « l’être manifeste son essence et il n’est rien que la série bien liée de ces manifestations » : l’existence manifeste son essence en une série bien liée.

L’essence enfin est radicalement coupée de l’apparence individuelle qui la manifeste, puisqu’elle [l’essence ou l’apparence ?] est par principe : ce qui doit pouvoir être manifesté par une série de manifestations individuelles.

Sartre, L’être et le néant, [I L’idée de phénomène], Tel Gallimard, 1943, page 14.

L’infinité des apparences à droite manifeste l’essence disjonctive à gauche pour la conscience ; ainsi, une amphibologie essentielle, deux interprétations manifestes c’est-à-dire apparentes, ou cette citation ici elle-même amphibologique. L’essence disjonctive est radicalement coupée de l’image complexe en relation. L’essence existe par principe sinon, d’où viendrait l’image ? Et l’image n’existe pas par principe puisqu’elle tient par la condition de l’existence : de l’essence et de la fonction. Que l’essence existe se manifeste par une série de manifestations ; ainsi, que le sens d’une phrase tienne par une série d’hypothèses interprétatives possibles (comme les phrases chez Aristote qui nécessitent des commentaires) qui lèvent une possible ambigüité. Sartre a « remplacé ainsi une diversité d’opposition par un dualisme unique qui les fonde toutes » (page 14), une infinité de points de vue par une essence disjonctive. Mais si l’apparition renvoie à l’être, elle renvoie alors à l’essence disjonctive autant qu’à la fonction de développements des points de vue à partir de cette essence. Par exemple cette tasse renvoie à l’invisible car elle est toujours vue partiellement en disjonction avec l’invisible derrière et reconstituée par ma perception, et je vois ce renvoi disjonctif différemment pour chaque position à partir de laquelle je la regarde.

Pour prendre position dans ce problème des colonnes, nous dirons que par définition, le sens est l’essence disjonctive des choses et que l’existence est le complexe sens-fonction : un néant d’accommodement sur les disjonctions disponibles. L’existence est un complexe fait de ce que je choisis ou qui s’impose en source et de ce que j’en fais. Perception, existence, abandonnent l’idéal de la pureté. C’est ainsi que le paraître tient à toutes les disjonctions dont Sartre fait la liste dans son livre. Par exemple, l’apparence du garçon de café tient à la disjonction entre lui et la convention qu’il joue ; celle dont l’amant tient la main à la disjonction entre arrêter et poursuivre, la perception à cet objet plutôt qu’à son environnement, etc. Devant toute disjonction, il convient de prendre position. Nous aurons ce schéma où l’existence est faite d’essences accessibles à la logique, et d’actions :

X

Á

Á(x)

Essence

Conscience 

Phénomène

Existence

Apparitions

**

Post scriptum. Le sens est en principe accessible parce qu’il n’est pas un arrière-monde, mais pratiquement immédiatement inaccessible tel car la perception agit immédiatement pour le transformer : mise en perspective, ajout de la mémoire. Il est accessible pour un retour analytique et pour le jugement par un travail phénoménologique. Ainsi, nous avons remarqué qu’une explication expérimentale détermine le substrat physique de la source, par exemple le rectangle d’une table vue comme trapèze par effet de perspective, rectangle-source auquel l’image de conscience n’a donc jamais accès tel sans jugement. Perspective que Chagall déconstruit notamment dans L’atelier dès 1910 Chez le coiffeur en 1912, L’homme dans la neige en 1913, etc. : avant la science ou la perception, les choses sont essentiellement peut-être en réalité-source telles que Chagall nous les montre.

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Publié par DéfiTexte - dans Sartre
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