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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 17:35

« Si toute métaphysique, en effet, suppose une théorie de la connaissance, en revanche toute théorie de la connaissance suppose une métaphysique » : toute métaphysique suppose des résultats, tout résultat suppose un jeu libre de la conscience, une néantisation.

La conscience est l’être connaissant en tant qu’il est et non en tant qu’il est connu. Cela signifie qu’il convient d’abandonner le primat de la connaissance, si nous voulons fonder cette connaissance même.

Sartre, L’être et le néant, [III le cogito « préréflexif » et l’être du « percipere »], Tel Gallimard, 1943, page 17.

La conscience de celui qui connait est tendue plutôt que calme : elle est ; la conscience est l’être en tant qu’il est : tendu et sans objet. La tension et l’activité neuronale de la tension sont concomitantes. Cela signifie qu’il convient d’abandonner le primat du calme au profit de la tension pour fonder la connaissance calme car la tension fonde la connaissance. La conscience de connaissance qui décrit calmement l’objet se distingue d’une conscience affective qui apprécie l’objet : « toute conscience n’est pas connaissance (il y a des consciences affectives, par exemple) » (page 19). Connaissance et affection distinguent deux types de consciences comme le calme et la tension. « La connaissance ne pouvait à elle seule rendre raison de l’être » (page 16) car elle ne connait pas la tension ; et l’être ne se réduit pas au phénomène car il possède essentiellement la tension. « Ainsi l’être […] ne peut pas être mesuré par la connaissance » car la tension n’est pas mesurée par la satisfaction et le calme (page 17). Pour « mieux comprendre cette dimension d’être », il convient de distinguer l’être et la connaissance, la conscience et la conscience de conscience. La conscience est tension, être, elle est la tension de celui qui connait, de l’être connaissant en tant qu’il existe, tendu vers, et non pas en tant qu’elle est résultat calme de la connaissance. « L’ontologie sera la description du phénomène d’être » (page 14) : la description d’une tension est une action calme, une conscience de connaissance.

Le résultat connu renvoie à la fonction et celle-ci à la source : « le connu à la connaissance et celle-ci à l’être connaissant en tant qu’il est, non en tant qu’il est connu, c'est-à-dire à la conscience » et son existence-source tendue. Le noème renvoie de la sorte à la noèse « ayant été déjà là avant », dans la fonction plutôt que dans le temps. La noèse correspond à la fonction et le noème à une connaissance corrélative comme le percipi. L’existence est « l’être solide » (page 17) qui fonde la connaissance. L’être qui est de l’autre bord que celui du phénomène « déborde et fonde la connaissance qu’on en prend » : l’être déborde (comme il génère, il est d’extension plus vaste) et fonde la connaissance (et le phénomène).

Un idéalisme soucieux de réduire l’être à la connaissance qu’on en prend, devrait auparavant assurer de quelque manière l’être de la connaissance.

Ibidem.

Un idéalisme soucieux : une conscience tendue par le souci et dont le devoir est d’assumer sa tension. Réduire l’être à la connaissance, c’est ne voir que le calme du résultat qui cache l’enfantement. Que l’existence précède l’essence signifie que l’être précède à la fois la fonction « conscience » et ses résultats. Si l’existence précède la connaissance, il convient de traiter les questions d’existence qui conditionnent la connaissance, approfondir les vécus – au lieu de « réduire les choses à la connaissance qu’un vécu en prend ». Ainsi, écrire ou lire l’œuvre de Proust, y trouver de l’intérêt, est justifié par un choix d’existence préalable. Les objets logiques alternatifs purs et calmes obtenus par réduction sont propices à une tension mais des recherches pleines de tension se distinguent de ces idées abouties.

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Pour Sartre suivant Heidegger, la tension a le primat sur le calme de la connaissance. Le jugement reçoit son sens d’être d’une tension entre alternatives, l’existence, plutôt que de l’alternative, essence pure et calme. Ce qui est susceptible de tension trouble est le complexe pur : le mélange de disjonctions et de tensions entre elles. L’existence est une tension entre alternatives logiques, une néantisation entre A et B, ou entre A et l’ensemble E de référence, ou entre A-A’. Tel est « donc ce dépassement vers l’ontologie dont parle Heidegger » (page 15) : choix des tensions plutôt que d’une essence réduite à un aspect eidétique. La loi de la série, le point essentiel concomitant de l’existence est ici la tension de l’être, tension matérielle, chimique, dont la condition précède toute connaissance et qui joue entre les matières autant sensibles qu’intelligibles. La tension est une propriété de la conscience, non conceptuelle, équilibrée dans ses vibrations, qui néantise en se mêlant à toute matière. Dépassement : choix d’une poursuite historique, Heidegger après Husserl. Le choix heideggérien suivi par Sartre est d’affirmer que l’existence précède l’essence : que la pureté intelligible des Idées directrices dépend de l’existence qui la révèle.

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La connaissance est ce type de conscience satisfaite par son objet, saturée à droite par lui, plutôt qu’en attente à gauche. Comme l’explique Frege, la saturation est le point de contact ; par exemple, dans l’expression 2x, 2 sature x à gauche, comme un segment qui contient son point de division avec l’autre demi-segment, insaturé, ouvert, à qui donc il manque ce point. « Napoléon conquiert » est une pensée insaturée, insatisfaite, non-attachée à un prédicat pour en faire un jugement. Une des différences entre Wittgenstein et Russell est que la fonction sature à droite chez Russell et à gauche chez Wittgenstein : l’attente sature la source à gauche, la satisfaction sature l’image à droite. Le problème étant qu’un verbe purement intransitif comme partir ne peut pas saturer à droite, tandis que dès que je pars, l’attente sature la fonction. Une conscience qui connait est satisfaite, bourgeoisement repue. Abandonner le primat de la connaissance, c’est abandonner la valeur du résultat et son calme bourgeois en faveur de la tension perpétuelle. C’est choisir la saturation à gauche par l’attente c’est-à-dire l’efficacité d’une simple présence plutôt qu’à droite par la satisfaction – car c’est la tension qui fonde les résultats et la connaissance. L’existence comme être-fondement de la fonction de connaissance et de son résultat échappe au résultat, et en tant que source, elle sature tous les phénomènes de sorte que la présence d’une existence modifie les résultats de la connaissance. La connaissance ne se mesure pas elle-même mais à l’aune des attentes et des satisfactions.

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Publié par DéfiTexte - dans Sartre
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