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  • : Le défi des textes de philosophie et de leurs commentaires
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  • Auteurs étudiés en ce moment : Frege, Ecrits logiques et philosophiques ; Husserl, Recherches logiques ; Wittgenstein, Remarques philosophiques ; Aristote, Métaphysique.

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 11:11

Aristote, Métaphysique, Chapitre IV : où l’on voit s’affirmer une théorie de la vérité trop oubliée. Disons, nous rencontrons une bâtisse superbe, les fondations sont solides, l’architecture impeccable, en aucun cas une ruine, mais la peinture du langage défraichie. Disons, il nous appartient de repeindre, et la peinture nous appartient : à notre époque.

§6 1006a 30. Un premier point qui est en ceci de toute clarté, c’est qu’on ne peut pas exprimer le nom d’une chose sans dire que la chose est ou n’est point telle chose ; d’où il suit qu’il ne se peut pas pour une chose quelconque qu’elle soit de telle façon, et en même temps ne soit pas de cette façon.

Le raisonnement tient pour la représentation et pour la signification. Un nom est lié à la chose par l’axiome du logos ; si l’on dit la chose c’est qu’elle est telle : le mot provoque la vision de la chose (le voir tel), le lien a l’évidence de la vue, sa « toute clarté ». Et il ne se peut pas que sa vision telle varie, qu’une image en tête soit d’une façon et d’une autre : d’une fabrication différente. L’axiome du logos : personne ne prononce rolam parce que cette chose n’existe pas ; le son existe, pas l’image. On peut le prononcer mais on ne le fait pas vraiment (dans l’ensemble) puisque la vue ni de la chose ni de l’ensemble ne s’y ajoute. Si l’on n’accepte pas l’axiome du logos alors on accepte l’axiome non-euclidien (je veux dire non-Aristotélicien) de la convention, tel que l’adopte Wittgenstein.

Si je dis sirène, la sirène est telle (vue eidétique des ensembles) avec « [§7] tous les attributs », avec {queue de poisson et corps de femme}, quoique peut-être dans les songes seulement. Et si je dis que le vase est rouge, il est rouge, quoique peut-être je me trompe, non pas sur le rouge (l’ensemble que je connais) mais sur le fait qu’il est rouge (l’application à l’élément). Car dans le logos le mot porte la chose sensible et sa définition sinon on ne se comprendrait pas : le logos et que l’on doive se comprendre sont des présupposés, des axiomes. En toute clarté : par le fait que le mot est inhérent à sa signification et la signification aux axiomes comme l’être à l’en tant qu’être. Signification : par exemple, {queue de poisson, corps de femme} ; ou {rouge}.

Si le problème est la correspondance, la distance entre les choses, le lieu, la difficulté est la divergence. En cas de synonyme (deux mots vers une chose), 1006b par exemple si Homme signifie intrépide ou animal-bipède, il y a surdétermination. (Cas d’homonymie : deux choses en relation avec un nom.) Le nombre des synonymes §8 « est limité » ; s’il n’était pas limité on ne se comprendrait pas, les nuances seraient trop nombreuses, car « on ne peut jamais penser qu’à la condition de penser quelque chose d’individuel. Or, dès qu’on peut penser à quelque chose de précis, on peut donner un nom précis à cette chose » : car penser, c’est donner un nom, associer nom et chose ou nom et significations (le jugement établit des relations). §9 « Reconnaissons donc » par la vue qu’un mot a toujours une signification (correspondance) unique.

Car le problème est alors de comprendre comment par exemple musicien et blanc peuvent correspondre à une seule personne (problème de l’intersection). « Il ne se peut » pas qu’une chose soit et ne soit pas, non pas à cause du nom qui pourrait vouloir dire n’importe quoi mais si elle représente (correspondance) « [15] une seule et même nature et un être individuel. » Nature : un ensemble ; être individuel : un élément.

« L’attribut d’un être Un ne doit pas être considéré par nous comme signifiant cet être lui-même » sinon l’on confondrait le mot et la chose et il n’y aurait plus de correspondance. Or le mot et la chose n’ont pas la même fluidité ni le même registre : l’un est reflet, l’autre reflété. Musicien et blanc sont deux mots différents : comment correspondent-t-ils à une même chose d’une certaine manière compatible avec le logos ? Comment le cri devient-il langage ? Car sinon on confondrait dans l’expression le sujet et le prédicat et donc l’extension des ensembles, par exemple blancheur et blanc ou ce musicien avec Musicien en général. Car Socrate ne peut pas à la fois être (appartenir à) blanc et musicien. Alors, musicien blanc indiquerait deux personnes différentes, deux ensembles disjoints plutôt qu’une intersection essentielle. Or l’expression autonome « musicien blanc » sans correspondance à la chose ne conviendrait pas au logos ; car « il y a » des musiciens blancs : ils trouvent un lieu propre.

Voici une question dont Frege a eu l’intuition. §10 « Par suite » on ne peut pas être à la fois musicien et blanc ou poisson et chat mais on peut être musicien-blanc par essence (intersection) ou homme et animal-bipède sans synonymie. L’aporie est levée par une vision logique qui s’enlève des graphies, sons et cris. Et en cas d’homonymie, dans l’autre orientation des flèches de correspondance, on peut « tout ensemble être et n’être pas » : je suis un certain Pierre mais pas ce Pierre-là. Sur le principe de l’homonymie et de la généralité des relations, on pourrait être à la fois homme et non-homme, nonobstant l’homophonie mais en termes de renvoi, de dénotation. « Mais la question [de l’être] n’est pas de savoir si le mot peut à la fois être et n’être pas Homme, mais si la chose, si l’être réel, le peut. »

Voici une question que Frege ne voit pas. §11 Les « mots de Vêtement et d’Habit » seraient, eux, peut-être synonymes mais sans être surdéterminants si une définition ne les distingue pas : comment cette contradiction peut-elle être possible ? Faut-il un formalisme pour réduire la question ? Or qui voit la différence entre un habit et un vêtement ? Comment est-t-il possible que deux expressions différentes puissent n’avoir pas deux définitions différentes et correspondre à une même dénotation ? Si Vêtement et Habit avaient la même définition ces mots exprimeraient différemment la même chose mais personne ne constate une hétérophonie des cris chez les animaux, sinon une cacophonie.

Comment maintenant est-il admissible que deux expressions comme être et n’être pas n’exprimeraient que deux sonorités ou graphies différentes plutôt que des choses différentes ? Cette situation est (correspond et représente) une difficulté pour le logos (Aristote utilise cet exemple dans plusieurs livres). L’enjeu est la définition : nous pourrions sans doute dire que vêtement compose un habit adapté à une situation, qu’il exclut les chaussures et le linge de corps, qu’il est une négation particulière : celle entre cas général et particulier. La généralité de l’habit est trompeur, pas le vêtement. Il est vrai que selon les religions et plus généralement les conventions c’est-à-dire les axiomes, tout négatif n’est pas admissible : on ne vient pas en tant qu’être n’importe comment.

§12 « C’est donc une nécessité, si toutefois cette définition est la véritable, qu’être homme, c’est être Animal-bipède ». Donc : parce qu’ici la correspondance vient clairement entre chose et définition. L’essence intersective est plus claire que l’inclusion. Il y a nécessité lorsqu’aucune signification n’échappe au sens c’est-à-dire aux diverses possibilités. Socrate n’échappe à aucune de ces correspondances. Ainsi, en cas de synonymie, deux cas seulement, logiquement : les mots sont ou ne sont pas en intersection ou inclusion. Car deux cas se présentent : Vêtement et Habit et Homme et Animal-bipède. Dans le cas Vêtement et Habit tout le particulier inclus dans le général est en correspondance avec la chose. Dans le cas Homme et Animal-bipède, oiseau n’étant pas homme cette partie est exclue, seule l’intersection est en correspondance. Tous les termes chez Aristote et les philosophes sont signifiants et précis.

En cas d’intersection et d’inclusion, de partie exclue en tout ou partie, c’est la correspondance entre la « véritable définition » et la chose qui compte. En cas de véritable définition l’application est précisée au départ, la vérité étant toujours affaire d’ensembles et d’éléments. Véritable définition : définition logiquement bien formée où l’on voit l’intersection d’une généralité et d’une particularité c’est-à-dire une exclusion, un négatif. Donc « si toutefois cette définition est la véritable » signifie que la définition qui est la condition sine qua non de la correspondance adéquate entre mot et chose doit voir ses ensembles précisés.

« Le mot d’Homme n’avait pas un autre sens ; et si c’est là une conclusion nécessaire » : tous les cas disponibles à notre vision sont considérés, tous les cas des schémas possibles, telle est la conclusion nécessaire. Le cas oiseau est hors définition : hors intersection ; on sait qu’il existe en périphérie, on y a jeté un œil, mais on le laisse dans l’inconscient. Le cas vêtement oblige aussi à préciser les significations comme l’on focalise sur un point.

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Publié par DéfiTexte - dans Aristote
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