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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 19:30

Nous avons vu les trois rôles de la conscience : la conscience de conscience se rend compte, la connaissance focalise et tient, la conscience accommode (néantise) : elle change de focale. Chez Sartre, la connaissance est une focalisation plutôt qu’une accumulation : la connaissance tient à ce que la conscience ajoute à l’apparition. Pour la connaissance, le sujet et l’objet sont par principe distincts : je focalise et l’objet persiste ; pour la conscience, sujet et objet sont inhérents (saturés) car elle est conscience (de) quelque chose : la connaissance est explicite. Contrairement à la connaissance, la conscience qui apprécie se confond avec son objet : j’y rajoute un compte ou un ennui et il est autant que je l’apprécie ; je tourne alors mon regard vers lui. Le cogito est préréflexif (pure fonction, non-thétique, non-positionnel) car il se passe d’une notion pour se rendre compte qu’il est : ce n’est pas une connaissance. Il pense qu’il pense ou qu’il doute sans avoir à penser à quelque chose de particulier devant lui, sans connaissance, pure suspension ou tension – notamment lorsqu’il effectue une suspension (épochè). Chez Frege la pensée s’entend en ce sens, sans le prédicat du jugement : par exemple Napoléon ou bien le vainqueur d’Iéna.

Ici, le problème est de réfuter le primat de la connaissance, d’affirmer le primat de la tension d’être car l’enjeu est que sans tension, la connaissance ne tient pas, elle ne vient pas à être ni ne change ni n’évolue. Dans la connaissance, il n’y a pas de primat de la connaissance.

Tout se passe ici comme dans le rapport entre un texte et son commentaire. Par exemple, je sélectionne et insiste parmi une série de détails en source pour en proposer quelques connaissances. Une fois le sens apparu par accentuation, nous obtenons sa connaissance : la connaissance se révèle comme le mot par son italique, le sens par sa signification. Si le savoir voit les alternatives de la conscience, chaque connaissance est une partie du savoir. Le jeu métaphysique (jeu d’accommodement de conscience) entre mot et accentuation suppose que la connaissance est l’autre versant de l’être comme le mot est l’autre versant de l’accentuation. La connaissance choisit et se fixe sur un élément d’une disjonction, mot ou italique – tandis que la perception mélange et ne choisit pas. La connaissance est apparue par l’être, par son accentuation, elle est comme le mot sous l’italique de ce mot : le mot porte l’être tandis que l’être le fait être (bearer, maker). La connaissance est calme comme la chose sur laquelle la conscience tendue se pose. Abandonner le primat du calme au profit de la tension, c’est abandonner le primat de la chose au profit de la fonction : abandonner le primat de la connaissance.

Nous avons compris tout d’abord que la connaissance ne pouvait à elle seule rendre raison de l’être

Sartre, L’être et le néant, [II Le phénomène d’être et l’être du phénomène], Tel Gallimard, 1943, page 16.

Car la connaissance tient autant à une connaissance qu’à un être en relief. L’être n’est pas la condition du dévoilement, c’est la cause qui l’est, mais il est dévoilement ; la connaissance est dévoilée par la conscience, soulignée, choisie. Si l’être était condition, il précèderait ce dont il est l’être comme si l’italique précédait le mot en italique : il y a distinction entre lien de causalité et lien d’inhérence. De même que conscience et connaissance (fonction et résultat), être et connaissance ne se confondent pas non plus : « l’être du phénomène ne pouvait se réduire au phénomène d’être ». L’être et la connaissance ne se réduisent pas l’un à l’autre, le style au texte ou le mot à son accentuation ; et le phénomène comportant des matières ne se réduit pas à l’être pur. Nous le disions, l’emploi du mot « être » sert à souligner par un effet de style ce que nous connaissons en dessous de lui. L’être « déborde et fonde la connaissance » : il vient en plus de la chose en-dessous et, en tant qu’apparition, la fait paraitre. Dans l’existence, de même la perception ajoute la notion à la sensation, la connaissance ajoute la focalisation à l’apparition pour la faire apparaitre. Page 17. Toute métaphysique suppose des supports connus, mais toute connaissance suppose une métaphysique c’est-à-dire un jeu de conscience.

Sans « un être solide » de passion, sans applaudissement, la connaissance au-dessous « s’effondre dans le néant ». « Ainsi, l’être de la connaissance ne peut être mesuré par la connaissance ; il échappe au « percipi » » : l’ajout ne se mesure pas à la chose à laquelle il s’ajoute ni la fonction de connaitre à l’objet connu. Contrairement au maître chez Hegel, la force de Zarathoustra ne se mesure pas à ceux qu’il rencontre. Par exemple, comme l’italique, l’ennui ne se mesure pas à l’objet qui ennuie mais à son rapport à lui : on échappe à une chose mais pas à un rapport. La fonction ne peut se mesurer avec l’élément ni la chose avec l’objet, de même la spécification intentionnelle s’ajoute à la vue non-thétique, d’emblée globale, comme l’italique ou la thèse s’ajoute au mot.

La conscience qui connait produit un choix et se distingue de la conscience qui accommode (qui néantise) c’est-à-dire qui change entre éléments disjonctifs. « La conscience n’est pas un mode de connaissance particulier » car sa nature n’est pas de se fixer dans le calme mais de néantiser. Mais tout autant la conscience tient l’intention de quelque chose et change d’intention en accommodant (néantisant) ailleurs. Il y a donc distinction entre la conscience qui accommode et la connaissance qui focalise comme entre tenir et changer : changer met fin au primat de la connaissance. L’être en tant qu’être est ici la conscience du sujet qui accommode, tendu, non qui choisit : « l’être connaissant en tant qu’il est, non en tant qu’il est connu ». L’être n’est pas déjà pointé ou pointé par d’autres, tant qu’il est connu ; il est en tant qu’il est – et tant qu’il est : tant que la conscience le soutient. La conscience est l’essentiel de l’humain tendu, du Dasein en tant qu’il est tendu, d’ailleurs autant vers la focale qu’éclaté par la périphérie, et non en tant que seulement objet connu.

« Nous subissons à tel point l’illusion du primat de la connaissance » (page 18) : l’illusion de ne considérer que le centre focal plutôt que la néantisation. La mise en relief qui accommode (change) abandonne « le primat de la connaissance » c’est-à-dire la stabilité focale. La conscience de connaissance est position, dont l’objet est le contenu, à l’inverse du cogito qui n’accumule rien. Donc, une connaissance pour la conscience est une position : je connais cet objet si je le vise par l’attention et le perçois par l’intention. « Conscience de quelque chose » signifie qu’elle positionne un contenu à connaitre, elle est cette fonction et non pas un contenu. Une conscience sans connaissance est sans un objet inhérent, pure tension : elle l’a sur le bout de la langue. Mais une conscience connaissante pose et tient son objet (page 18). La conscience de connaissance va vers un point tandis qu’une conscience affective est d’emblée globale.

Un résultat connu perçu ou représenté n’est pas dans sa fonction : « une table n’est pas dans la conscience, même à titre de représentation » : elle ne se trouve pas dans elle-même. Russell dirait qu’une conscience de table est une conscience-table, une fonction (table) – sans cependant être de qualité table : une qualité est une intention qui teinte la conscience sans être au génitif. Au moins, « la conscience est conscience positionnelle du monde », son intention est de focaliser, de viser et d’atteindre un objet en dehors d’elle, sans être cet objet. « L’existence de la table, en effet, est un centre d’opacité pour la conscience » : en tant qu’elle accroche le regard sur l’extérieur, focalise et s’obscurcit à focaliser parce que la périphérie s’estompe.

La connaissance « conscience (chose) » de la forme F(x) est une existence c’est-à-dire une complexité tendue entre conscience F et ce dont la conscience est conscience : « le seul mode d’existence qui soit possible pour une conscience de quelque chose » (page 20). Cette tension interne à la connaissance est absolue, d’une même nécessité « qu’un objet étendu est contraint d’exister selon les trois dimensions » ou bien qu’intention, et plaisir ou douleur sont liés sans interstice à la conscience. Il y a un l’interstice F entre le sens x et l’objet F(x) mais pas entre plaisir ou douleur qui sont des modalités de tension et F. Un objet à part de ses dimensions, une conscience sans intention, plaisir ou douleur, impossible ! Si objet et conscience n’étaient pas liés mais inclus il y aurait des matières dans une fonction, ce qui est non-sens. S’ils étaient liés avec un interstice conditionnel, ils seraient causes plutôt qu’inhérences. De même la conscience non-thétique d’emblée affective et globale qui regarde ses particularités est liée à la connaissance comme la périphérie au point accommodé et positionné, sans que la conscience (soi) ne se confonde avec la conscience (chose) ni l’appréciation avec l’objet.

On dira que cet objet m’ennuie, non pas qu’il est ennuyeux sinon l’appréciation se confondrait avec la connaissance, le global avec le particulier. « Ce serait faire de la conscience non-thétique une qualité de la conscience positionnelle » plutôt qu’une modalité : confondre ce qui est ajouté à la chose plutôt qu’à la fonction. L’appréciation n’est pas ajoutée puisque la périphérie est inhérente au point : ce qui est inhérent n’est pas rajouté mais toujours déjà là. Ce serait « retomber ainsi dans l’illusion du primat théorique de la connaissance », dans le point plutôt que rester dans la globalité et l’appréciation. Et « faire de l’événement psychique une chose », donner une couleur à la fonction, par exemple qualifier la conscience de rose.

Plaisir, douleur, intention, ce sont des tensions de la conscience constitutives de la connaissance, des modalités de la conscience (soi) – ou conscience (de) soi selon que l’on insiste sur la fonction ou la négation du génitif. Cette inhérence entre intention plaisir et conscience ne tient pas à la connaissance c’est-à-dire à un résultat de production F(x), une focalisation, notamment une représentation. Le plaisir n’est pas le résultat connu de la conscience ou une partie d’elle, ni le résultat ni le génitif de l’autre : le plaisir de la conscience est comme le recto du verso (quel est le côté verso, sinon l’autre en disjonction infinie ?). « Le plaisir ne peut exister « avant » la conscience de plaisir », ni dans les rêves, ni dans le temps – le rêve est conscience de rêve. Il n’y a pas temps de latence entre plaisir et conscience, ni au rythme « d’une eau qu’on colore », ni à celui d’« un faisceau de lumière ». Le plaisir n’est pas une connaissance mais « un événement concret, plein et absolu » (page 21) : une conscience non limitée par un délai ou des trous. Le plaisir n’est pas une qualité c’est-à-dire un commentaire ajouté à une quantité, à des molécules du corps : ces molécules, cette conscience, « crée et soutient […] l’agencement synthétique de ses possibilités ». Ces molécules précèdent l’essence : « la conscience […] crée et soutient son essence », par exemple elle voit deux ronds concentriques et soutient un puits ou une tour – ou les crée en disjonction infinie.

La conscience n’est pas un produit singulier d’on ne sait quelle fonction mais elle est fonction « surgissant au sein de l’être » (sinon on retombe « dans l’illusion du primat théorique de la connaissance ») : mise en relief au sein de l’existence comme la connaissance jaillit au sein du tout. La fonction précède le reste : « il faut qu’il y ait d’abord le fait d’une conscience (de) ce plaisir ». La conscience est une fonction, pas un effet ; si elle était effet, quelle abstraction pourrait être la cause d’une conscience d’objet ? « Rien n’est cause de la conscience » mais elle est cause de ses modes ou manières d’être (note page 22). Si elle était effet plutôt que cause et fondamentalement active elle se confondrait avec un point de connaissance et dépendrait d’on ne sait quoi : « la conscience existe par soi ». « En renonçant au primat de la connaissance » nous renonçons à la passivité, nous découvrons la fonction absolument active : « nous avons découvert l’être du connaissant et rencontré l’absolu » (page 23).

La conscience s’est révélée comme étant l’être tendu, « fondement ontologique de la connaissance, l’être premier à qui toutes les autres apparitions apparaissent ». Cette fonction « conscience » dont dépend la connaissance n’a rien d’une substance : une fonction n’existe que si elle fonctionne. Elle est « vide total » : elle n’existe que si elle s’attache au x de F(x), « identité en elle de l’apparence et de l’existence », c’est-à-dire de y et de F(x). La fonction n’a d’apparence que dans son fonctionnement c’est-à-dire dans son attachement à x, sens, source ou percipiens, pour produire une connaissance. Le sujet kantien est fonction active : autant de catégories que d’actions ; ici c’est la subjectivité de la conscience qui est fonction active de la connaissance. Reste à vérifier que la conscience suffit à fonder l’apparence : « c’est ce que va nous apprendre un examen des exigences ontologiques du « percipi » » produit.

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Publié par DéfiTexte - dans Sartre
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