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  • Auteurs étudiés en ce moment : Frege, Ecrits logiques et philosophiques ; Husserl, Recherches logiques ; Wittgenstein, Remarques philosophiques ; Aristote, Métaphysique.

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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 14:47

Tel est encore ce que l’on ne peut pas dire mais dont on peut parler, ici hors des proportions. Ce qui ne peut pas être dit on peut cependant l’évoquer entre guillemets, le montrer par un jeu de parenthèses.

Deux problèmes à propos de cette phrase : la nécessité des relations réciproques entre tout et partie, et la difficulté des grandes envolées des pensées mal formées.

Or, il s’agit ici de montrer que cette double problématique renvoie à deux domaines de définition, deux domaines de validité étanches : celui du caractère binaire, alternatif de la conscience, et celui propre à la formation des jugements : le jeu de la conscience et de la pensée.

**

Le jeu de la conscience, c’est ici ce dont Aristote parle avec désinvolture car il laisse au commentaire le soin de préciser les lieux logiques sur lesquels focaliser. Car hors de l’enseignement qui transfère des images, il lui suffit que les actes soient dans l’ordre.

La phrase {cette phrase est fausse} pose le problème de la particularité et de la globalité car elle se décompose en {cette phrase} est {fausse} c’est-à-dire {vrai/faux} implique {faux} où l’on discute de l’impliquant, l’impliqué étant fixé.

Soit le schéma bien connu suivant où « est » signifie « implique » :

Particularités :
Impliquant & impliqué

Globalité

Cas

F Þ F

V

1

V Þ F

F

3

V Þ V

V

2

F Þ V

V

2

Si cette phrase est globalement vraie contre le langage ordinaire, la particularité {cette phrase} est {fausse} est le cas (1). Si elle est globalement fausse, chaque particularité est vraie (3). « Cette phrase » est une pensée au sens de Frege prenant indifféremment la valeur vrai ou faux.

Et la réciproque est vraie : si le particulier {cette phrase} est faux, {cette phrase est fausse} est globalement vraie car faux est faux (cas 1) ; sinon (cas 3) l’inverse car vrai est faux est faux.

Si je mens ou dis la vérité, si la globalité passe de vrai à faux, particularité {cette phrase} et généralité prennent des valeurs de vérité opposées, symétriquement (l’impliqué étant fixé nous examinons les cas 1 et 3).

**

Donc, nous distinguons entre {cette phrase est vraie} et {cette phrase} est {vraie}, selon le lieu logique sur lequel la conscience focalise : globalité et particularité.

Si {cette phrase est vraie} est globalement vrai (cas 2), {cette phrase} est alternativement vrai et faux et indécidable. Si l’on a la pensée {cette phrase}, dans le cas globalement vrai (cas 1 et 2), la valeur de vérité de {cette phrase} est indécidable aussi. Mais si l’on a « {cette phrase} est {faux} », globalement fausse parce qu’ordinairement le complément l’emporte sur le sujet, {cette phrase} est vrai (cas 3).

Dans l’Organon, [De l’interprétation, Chapitre 9], 18 b 1-5, Edition Vrin, 1969, traduction J. Tricot page 96, Aristote commence par envisager les cas 2 de l’impliqué vrai : « Car s’il est vrai de dire que {le blanc est} ou que {le blanc n’est pas}, nécessairement {le blanc est ou le blanc n’est pas} » : si l’impliqué est vrai, l’impliquant est indécidable et il est nécessaire que la globalité est vraie. Nécessairement signifie « vu l’alternance ».

Puis (car toute nécessité implique alternance) Aristote envisage les cas 1 et 3 de l’impliqué faux : « et si {le blanc} {n’est pas}, on est dans l’erreur ; et si on est dans l’erreur, {le blanc} {n’est pas} » : on est dans l’erreur quand le futur impliqué est faux, y compris en envisageant la réciproque. Et on est globalement dans l’erreur c’est-à-dire dans l’indécision globale, dans l’indécision pour l’impliquant et dans le faux pour l’impliqué. Donc, on ne peut pas ici écrire {le blanc n’est pas} car à la fois {le blanc} et {le blanc n’est pas} sont indécidables.

Puisque faux implique faux est vrai et que vrai implique faux est faux, particularité impliquant et valeur de vérité globale sont alternativement vraies et fausses.

Aristote affirme le principe de contradiction contre le paradoxe du Crétois en considérant l’alternative selon laquelle les parties entre elles ou alternativement la globalité sont affirmées ou niées ; « nécessairement » c’est-à-dire par le fait de l’alternative des valeurs de vérité. De même, la tragédie grecque envisage les tensions entre particuliers et entre les particuliers et le chœur.

Remarquons que faux implique faux sous-entend que le faux habite le faux et que vrai implique faux sous-entend que vrai ne peut pas habiter le faux, alors que l’inverse est vrai car le faux constitué de n’importe quoi peut habiter le vrai (travail du négatif, travail même d’Aristote qui, du mélange du vrai et du faux sort le vrai).

Mais Aristote va au fond des choses : un peu plus loin dans le texte cité, en 18 b 5-10, il envisagé les trois cas particuliers parmi les quatre possibles où la globalité est vraie : « s’il en est ainsi, rien n’est ni ne devient, soit par l’effet du hasard, soit d’une manière indéterminée, rien qui, dans l’avenir, puisse indifféremment être ou n’être pas ». S’il en est ainsi, la nécessité est une combinaison exhaustive des possibles. Ce qui devient, c’est l’impliqué (il n’est pas question de génération ici) ; ce qui est, c’est l’impliquant, par exemple le blanc. Sous l’effet du hasard, la probabilité déterminante du vrai des cas 2 est plus grande (67%) ; « de manière indéterminées » désigne les cas 1 et 3 : indéterminée par le hasard 1/2 des valeurs et parce que à la fois l’impliquant et la globalité du jugement est indécidable. Pour les cas 2, il y a alternance de l’impliquant. Entre cas 1 et 2, il y a alternance de l’impliquant, mais aussi alternance de l’impliqué. Ainsi, « rien qui, dans l’avenir, puisse indifféremment être ou n’être pas », cela veut dire : toute particularité, dans l’implication, « découle de la nécessité sans aucune indétermination », autrement dit, découle de l’alternance des déterminations et d’un comportement d’une sagesse d’équilibre.

Pour Aristote, en 18 a 35, la logique du vrai et du faux, par l’alternance, par nécessité, en passant de la parole à la chose, produit « en effet » que toute chose, de manière réelle aussi, est ou n’est pas : « si, en effet, toute {affirmation ou négation} est vraie ou fausse, nécessairement aussi {toute chose} est ou n’est pas ». Sinon, « il n’y aurait plus ni à délibérer, ni à se donner de la peine ». Car l’enjeu est le logos c’est-à-dire l’indétachabilité des mots et des choses, condition de la science. Où l’on voit le logos comme justification du passage entre vrai et être.

La stratégie consiste à décomposer les lieux logiques, parties, globalité, et à positionner les parties dans la globalité : passer de la parole générale à ce que l’on dit. Ainsi, stratégiquement, ce dont on parle globalement se décompose en choses que l’on dit précisément : l’enjeu est cette précision car sans elle, le langage en reste au paradoxe, au sentiment esthétique d’une erreur quelque part. Logiquement, le langage n’est pas monolithique : il convient de décomposer les éléments visibles précis, en philosophie dont l’ambition est de dire et non de parler.

L’esthétique de l’erreur interne de « la phrase est fausse » tient à la confusion entre le complément {faux} et l’évaluation du complément « faux », discours et discours du discours (métalangage) décollant le logos : l’objet {faux} et la valeur de vérité « faux ».

**

On trouve maintenant chez Frege ce que l’on ne trouve pas chez Aristote.

Déjà, la logique de Kant nous faisait entrer dans la modalité complexe des quantificateurs, dans la complexité des jugements hypothétiques ou disjonctifs : il nous faisait quitter l’évidence aveuglante de la table de vérité, d’une conscience insuffisante pour la connaissance.

Frege distingue pensée et jugement : un jugement est de la forme x est y, un jugement vrai est de la forme « il est vrai que, x est y ». On peut dire que X est vrai seulement lorsque X dénote « x est y » ; mais « la pensée » ni « la pensée est » ne sont de la forme x est y. Seul un jugement est vrai ou faux. Par exemple, « Vénus est un soleil » : cette phrase est fausse ; ici, le signe « : » indique un autre niveau de regard, appliqué à un jugement vérifiable et extérieur. Donc, on peut dire « la phrase est un texte », mais pas « la phrase est fausse » : il faut pouvoir évaluer « x est y » pour dire si « x est y » est vrai ou faux, sinon, il faut se taire.

La pensée est un objet qui attend de trouver sa place dans une proposition. La pensée tient dans sa solitude : un élément pris solitairement en lui-même ; « elle est un tout achevé » dit Frege dans Écrits logiques et philosophiques, Seuil Points Essais page 210.

Fondamentale solitude de la pensée de celui qui parle.

Encore une fois, une pensée est de la forme x ; on ne peut pas dire « il est vrai que blanc », « il est vrai que x » : formellement, on ne peut pas dire « x est faux » ou « cette phrase est fausse ». On ne peut pas dire « cette phrase est fausse » en mélangeant les genres ou sans dire quoi, quand, où elle est, et vérifier l’adéquation. Et si l’on a tous les droits métaphysiques, notamment de dire « Dieu est » ou dire l’invérifiable, de suspendre « cette phrase » ou « cette phrase est », on ne peut dire qu’elle est fausse ou vraie : elle est, c’est tout.

On doit donc remplacer le sujet « cette phrase » par une dénotation ; par exemple par la phrase « Vénus est quelque chose ». Un sophisme maintient la confusion : il ne sert à rien de remplacer le sujet « cette phrase » par une pensée plus complexe : on aurait : « "cette phrase est fausse" est fausse » ; or, "cette phrase est fausse" comme « x est faux » n’est pas de la forme x est y mais de la forme x est faux : une composition de pensée est une pensée.

Donc, « cette phrase est fausse » est non-évaluable pour une conscience dont la globalité échappe à la nécessité et mal formée pour le jugement.

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Publié par DéfiTexte - dans Aristote
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