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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 19:24

On retombe alors aussi dans la doctrine d’Anaxagore : « Toutes choses sont confondues les unes avec les autres ».

Aristote, Métaphysique, Chapitre IV 1007b 25 §23

Entre Anaxagore et Aristote il y a confrontation des modèles : l’expression « tout est dans tout » est inadmissible pour la logique mais admissible pour la chimie des mélanges. Un modèle est un regroupement d’axiomes, un présupposé plus général que celui d’axiome. Ainsi, la chimie admet la décantation, que tout est dans tout, parfois seulement un certain temps mais que la pureté des séparations est asymptotique. Parfois un certain temps et selon l’incertain ; par exemple selon le cas l’eau et l’huile ou l’eau et le vin. Alors ajoute Aristote, « et, par cela même, il n’y a plus rien qui soit réellement existant ».

Tandis que la logique nie cela : les traits de séparation sont nets et immédiats. L’acte philosophique par excellence atteint le dialogue des modèles que Nietzsche admire chez les Grecs anciens ; au sommet, les combats d’opinion entre modèles sont aporétiques.

Le texte est lu chez M. Remacle ici : http ://remacle.org/bloodwolf/philosophes/anaxagore/fragments.htm

Doxographie

1.      Rapportée par Théophraste

Anaxagore est un philosophe du principe de la génération : des corps quelconques homéomères génèrent un autre différent. Homéomères : de contenus semblables, simples et homogènes, ainsi deux molécules, « inengendrés et impérissables » quoique de forme différente, ainsi les atomes. Par exemple, les molécules de calcium du lait ressemblent aux os et les produisent : calcium et os, fer, vitamines, plutôt que l’homme et la femme.

Les atomistes admettent la composition et la décomposition se produisant par changement mais pas la création ou la destruction qui jaillissent au-delà d’une quantité par saut qualitatif. « Il n’y a pas eu un coup de hache pour retrancher le chaud du froid » dit Anaxagore au fragment 13. Si qualité et quantité se distinguent, si le modèle est la distinction plutôt que la différentiation, tout n’est pas dans tout. Les corps « paraîtraient naître et se détruire par suite de simples compositions et décompositions, tous étant dans tous, et chacun étant caractérisé par ce qui y prédomine. » L’eau et la terre produisent la plante parce que l’eau et la terre sont l’un dans l’autre. Selon que les bons homéomères dominent, la vie se développe.

Mais, sans doute dirait Aristote, on ne peut rien dire de la terre à partir de l’eau ni de l’eau à partir de la terre (ni implication, ni génération) : terre et eau sont mélangées, pas incluses. Pour lui, seuls des ensembles logiques sont semblables en tant que tels (intelligibles) et par définition homogènes. Alors les homéomères ne pourraient pas être semblables si l’essentiel plutôt que la quantité y prédomine. Seuls les éléments logiques seraient simples, même s’ils sont des ensembles.

« Anaxagore dit en effet : "Dans tout il y a une part de tout" et "chaque chose est, pour l’apparence, ce dont elle contient le plus". » Il est sans doute possible pour Aristote qu’un ensemble soit dans un ensemble mais si la chose est blanche, son attribut blanc n’est pas ce dont la chose contient le plus mais exactement autant que le sujet, sinon elle ne serait pas adéquate. Et si la proportion est la plus grande, le blanc n’est plus attribut mais prédicat et généralité. Car c’est pour la génération, pas pour l’apparence, que la chose produit ce dont elle contient le plus. Pour l’apparence, c’est l’essence qui détermine la chose, pas la généralité, pas « le plus » mais le moins. L’adéquat, et non pas la quantité des forces et des luttes, est un présupposé de la phénoménologie.

Si « la formation de l’or ou de la terre fut possible, parce qu’il y avait dans l’univers de l’or et de la terre » c’est parce que rien ne se crée mais que tout se transforme. En effet alors, la conception du monde est que tout est dans tout, comme le reproche Aristote Métaphysique, Chapitre IV 1007b 25. Il dit : « dans la doctrine d’Anaxagore : "Toutes choses sont confondues les unes avec les autres" ; et, par cela même, il n’y a plus rien qui soit réellement existant. » Où l’existence n’est plus une tension logique entre oppositions, réelle, mais naturelle entre négations comme encore chez Hegel.

« Anaxagore, comme cause du mouvement et de la genèse, posa l’intelligence » : directement créatrice. Chez Aristote, l’intelligence est cause de la logique, de la stabilité, et donc de la métaphysique, du mouvement. La création du ciel et de la Terre est soumise à la logique et à la métaphysique, à un premier moteur laïque et donc indirectement à l’intelligence. L’enjeu du premier moteur, c’est-à-dire d’un couple, est le choix des Aristotéliciens, partisans d’une médiation, raison, sciences. Aristote n’est pas partisan d’une intelligence directement créatrice comme celle de la nature, de la société, de Dieu.

Alors, en chimiste, Anaxagore admet « les principes matériels en nombre infini » et le mélange : matériels intelligents plutôt qu’intelligibles, et un nombre infini créateur plutôt qu’un nombre restreint à un premier moteur c’est-à-dire au couple stabilité/mouvement. Infini : déstructuré, suivant une opinion reprise par Wittgenstein. Il admet le mélange en tant qu’intelligence donc le couple intelligence/infini (principe actif/sans structure), ou encore le mélange de tout dans tout sensible/intelligible, ce que n’admet pas Aristote.

« La défaillance de la Lune » (éclipses) est une preuve du mélange des corps simples dans l’univers. Une autre preuve : que l’eau de la mer « filtrant à travers la Terre et la lessivant devient salée ».

2.      Analysée par Cicéron

« Il n’a pas vu qu’il ne peut y avoir dans l’infini, de mouvement joint et inhérent à un sentiment, ni pas davantage de sentiment que n’éprouverait pas la nature tout entière. » Anaxagore admet le mélange de l’ordonnance et de l’intelligence, mais il n’a pas vu que mouvement et sentiment sont absolument hétérogènes, ni qu’un sentiment se confond sans mélange avec la nature. « D’autre part » si tout est dans tout, « il y aura quelque chose d’intérieur » à l’intelligence « d’après quoi cet être animé sera nommé » (l’essence). Or l’intelligence est ce qu’il y a de plus intérieur. « Il faut donc l’entourer d’un corps extérieur. Mais cela ne lui plaît pas, et son intelligence, » ni intérieure ni extérieure, donc « pure et sans mélange, (...) paraît dépasser les forces de notre pensée. » Je ne suis pas certain sans aller aux textes ici qu’Aristote admettrait qu’un sentiment ne soit pas un mouvement de l’âme ou que la nature ait un sentiment ou une finalité. Ni que l’intelligence soit une matière intérieure ou qu’elle soit une substance contenant une essence en son sein. Car l’essence est vue de l’extérieur par l’intelligence comme un objet (logique) par un regard.

3.      Précision d’Aetius

« De ce que ces parties contenues dans la nourriture sont semblables aux substances qui en sont formées, il les a appelées homéoméries ».

Par exemple, nos os formés par le calcium du lait, etc. « L’intelligence les a séparées et ordonnées. Il faut l’approuver de ce qu’à la matière il a ajouté l’artisan » : que la matière est active.

Fragments d’Anaxagore

La précision d’Aetius permet une lecture d’Anaxagore en tant que chimiste parmi les physiciens : telle nous apparaît son originalité.

Fragment 1

« Toutes choses étant ensemble, aucune n’apparaissait, par suite de sa petitesse » : éléments chimiques. Car il se produit que les choses « l’emportent par le nombre et par le volume » : que les choses l’emportent c’est-à-dire agissent comme des soldats vivants. « Tout était occupé par l’air et par l’éther, qui sont tous deux infinis » : tout est plein alors qu’un ensemble contient le vide ; et sans structure, comme l’air, c’est-à-dire infini. « Car de toutes les choses, ce sont celles-là qui l’emportent par le nombre et par le volume » : celles-là, savoir les choses sans structure, qui l’emportent par le nombre, pas par l’organisation.

Fragment 2

« Avant la distinction, toutes choses étant confondues ensemble, aucune couleur n’apparaissait » : c’est la distinction logique qui fait que tout n’est pas dans tout ; mais à l’origine du monde elle n’existait pas.

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Publié par DéfiTexte - dans Fragments
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