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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 13:36

Réécrit le 05/09/12

En fait, c’est ce qu’affirme le très intelligent site http://www.dieuexiste.com/ dont le but est de vous faire marcher, que dis-je, courir après de très sérieuses questions.
Je reconnaitrais que c’est eux qui ont le ton juste s’il n’y avait pas du pur mépris.

« Je ne constate aucune production de douleur quand un corps qui n’est pas le mien (même en bon état et en vie) est torturé.

Donc l’incapacité du corps humain à produire de la douleur est une réalité que je constate avec la plus grande certitude. »

Il paraît que je me trompe. Mais où ?

Quelques réponses possibles :

Réponse 1. Quand je dis que je ne constate aucune production de ressenti douloureux alors que je n’ai pas mal ?

Réponse 2. Quand j’affirme constater l’incapacité d’un corps torturé à produire de la douleur alors que je ne constate aucune production de douleur quand un corps est torturé ?

C’est très simple. Soit vous me dites clairement où je me trompe (prime : 3000 Euros), soit vous avouez que le corps ne suffit pas.

Ici, l’on prend la poésie au sérieux.

**

Puis-je essayer ? Car je reconnais la réalité du problème posé.

Je ne perçois aucune douleur interne lorsqu’un objet externe est torturé : la proposition envisage le corps et la douleur en général sans distinguer interne/externe. Le sophisme tient à un manque de distinction, comme généralement. Wittgenstein distinguait entre mal à mes dents et mal à ses dents.

Donc l’incapacité du corps d’autrui à produire de la douleur en moi est une réalité que je constate avec la plus grande certitude. Réponse 1 : en effet, je ne constate aucune production de ressenti douloureux en moi alors que je n’ai pas mal. Réponse 2 : en effet, je constate l’incapacité du corps d’autrui torturé à produire de la douleur en moi alors que je ne constate aucune production de douleur en moi quand un autre corps est torturé. Mais je constate de la douleur chez autrui.

Toute ambigüité vient de l’ambigüité d’une formulation : bien facile à montrer ici. La réponse 1 est une tautologie qui réitère le manque de la précision interne/externe : je n’ai pas mal si autrui souffre.

Si l’on me torture, je ressens des douleurs ; si l’on torture autrui, je ne ressens rien logiquement car autrui est extérieur. Mais la proposition est moralement choquante car elle fait fi de l’empathie sensible et de la sympathie sociale.

Cependant, les propositions s’adressent aussi à des stoïciens : il est intéressant de supprimer les affects en remplaçant « douleur » par « bleu ». On a : je ne constate aucune vision de bleu quand un corps qui n’est pas le mien (même en bon état et en vie) voit du bleu. Et donc : l’incapacité du corps humain à voir du bleu est une réalité que je constate avec la plus grande certitude : je ne peux jamais savoir si vous voyez du bleu, même si vous regardez un ciel sans nuage.

**

Le sophisme des réponses repose aussi sur la confusion entre produit et fonction, entre le résultat « douleur », la fonction « produire ». La proposition 1 est vraie après avoir précisé « interne chez moi », fausse en l’état de mélange. La seconde est fausse : ce n’est pas parce que je constate aucune production que ni le corps d’autrui ni le mien manquent de la capacité à produire. Mais elle reste vraie si personne ne produisait jamais de la douleur ou du bleu : le bleu existe parce qu’un jour il a été produit au moins une fois.

Le problème ici tient à trois confusions : interne et externe, fonction et production. Et qu’elle affirme que le corps humain du tortionnaire ne ressent aucune empathie : confusion de la logique et de la psychologie.

L’enjeu est que la logique puisse réfléchir dans un monde déconnecté des sentiments, un monde artificiel (artefact) : c’est terrible non ? La question de dieuexiste.com « dont le but est de vous faire marcher, que dis-je, courir » peut remuer vos sentiments. Mais l’évidence, tel est le propos, une fois ressentie, il faut encore la dire ! Car sans psychologie, la question logique ne se poserait même pas.

Voyez en ce moment la discussion menée ici : Qu’est-ce qui existe ?

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Publié par DéfiTexte - dans Rencontres
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