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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 19:41

Réécrit le 30/08/12

Reprenons le fil de notre lecture de Frege, notre digression sur le thème de la beauté nous aidant par ailleurs.

Les signes donnent présence à ce qui est absent, invisible, et le cas échéant inaccessible aux sens. Je ne nie pas que même sans le secours de signes, la perception d’un objet puisse réunir un faisceau d’images mentales. Mais nous ne pouvons pas nous y attacher : chaque perception nouvelle précipite ces images dans la nuit et en fait surgir d’autres. En offrant au regard le signe d’une représentation, elle-même appelée par une perception, on crée un nouveau foyer stable autour duquel s’assemblent d’autres représentations. Parmi celles-ci, on pourra de nouveau choisir une et offrir au regard son signe. Ainsi pénétrerons-nous pas à pas dans le monde intérieur des représentations, et y évoluons-nous à notre gré, usant du sensible lui-même pour nous libérer de sa contrainte. Les signes ont, pour la pensée, la même importance qu’eut pour la navigation, l’idée d’utiliser le vent afin d’aller contre le vent.

Frege, Écrits logiques et philosophiques, [Le recours à une idéographie], , Seuil Points Essais page 63.

Arguments

« Les signes donnent présence à ce qui est absent » : par la dénotation qui donne à voir a quand on regarde x ou Vénus quand on regarde l’étoile du soir. La dénotation n’est pas une imagination instable mais un transfert stabilisé par un support fonctionnel. Par exemple, si F(x)=2x, x=1 donne 2, « de nouveau » x=2 donne 4. 2 est donné à voir à partir de 1 : quelque chose d’absent est donné à voir à partir d’une présence. Chaque représentation successive est stabilisée par le signe tandis qu’une perception ne stabilise qu’une seule représentation.

En suivant ce graphe, nous pénétrons « pas à pas dans le monde intérieur des représentations » usant du sensible en source pour nous libérer de sa contrainte en image. La fonction vaut comme le vent pour les navires : elle utilise le sensible pour aller contre lui vers l’intelligible.

Enjeu

Sans le signe, nous ne pénétrons pas dans le monde des idées, invisible, inaccessible aux sens lorsqu’il s’agit d’abstractions. Sans le signe il n’y a que des perceptions stables et figées.

Distinction

Le signe donne présence à ce qui est absent au moyen d’une fonction présente pour l’intelligible tandis que la perception donne présence à ce qui est présent pour les sens : une sensation. Dans la perception le point de départ de l’interprétation est sensible, dans la dénotation il est intelligible.

Argument

Chaque nouvelle dénotation complète une sensation par une image mentale qui remplace la précédente dans un graphe.

Exemple

Sur le tableau de Magritte « ceci n’est pas une pipe », l’image pure n’a pas d’envers : la perception la complète, la compare à ma connaissance qui la nomme « pipe ». Mais la perception indique aussi que ce qui est peint n’est pas une pipe : le tableau est contradictoire pour une perception, cohérent pour un signe qui renvoie à de l’art. Un tableau qui rend possible la solution d’une contradiction renvoie à l’art comme à la distinction logique.

Argument

La représentation est instable sans le signe qui la stabilise dans une perception car les sensations sont instables et « précipite ces images dans la nuit et en fait surgir d’autres ». L’image de perception s’arrête à chaque sensation, les signes s’enchaînent.

Rapprochement

Platon dit (247 c sq.) : « ce lieu supra-céleste, nul poète encore, de ceux d’ici-bas, n’a chanté d’hymne » : ce lieu n’est pas celui des poètes, « c’est sur la vérité que l’on parle ». Cette réalité « est sans couleur, sans forme, intelligible ; objet de contemplation pour le pilote seul de l’âme, pour l’intellect » ; la pensée porte ses regards « sur un savoir qui n’est pas celui auquel s’attache le devenir, pas davantage, sans doute, celui qui change quand en change l’objet » : un x stable, qui ne varie pas lorsque les constantes changent.

Définition

L’objet logique « signe » donne l’accès au monde des idées stables, hors la présence sensible, au monde intérieur des représentations au-delà des perceptions, pas à pas, par enchaînement.

Enjeu

Sans le sensible, il n’y aurait pas de signe et pas de moyen de pénétrer dans l’intelligible. Sans vent, point d’évolution à notre gré, dans toute les directions même à contrevent : sans signe, point de stabilité ni de progression dans la pensée. Les contraires sensibles et intelligibles sont des alliés (sont en proportion dit Platon).

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Publié par DéfiTexte - dans Frege
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