Dimanche 15 novembre 2009
Nous le disions à propos de la lettre volée de Poe mais aussi à propos
de tout ce que Frege nous donne à voir, de la beauté, de la définition de la philosophie :
l’évidence de la philosophie n’est pas l’évidence d’une première vue mais d’une seconde vue, évidence que cependant l’on recherche alors qu’elle n’est pas cachée. La première évidence est celle
d’une perception : le Soleil qui tourne autour de la Terre ; la seconde est celle d’une thèse : la Terre tourne autour du Soleil. Après Platon, on ne met plus de lunettes de soleil
pour se protéger des thèses mais pour découvrir le soutien des objets logiques…
La philosophie consiste d’abord à aller au-delà de l’évidence sensible vers cette évidence absolue qui est classiquement
un premier critère pour Husserl.
Contraction du § 6 : « la science porte sur le
savoir. Non pas comme si elle était elle-même une somme ou une contexture d’actes de connaissance. La science n’a d’existence d’objet que dans sa bibliographie », dans ses
ouvrages écrits ; elle soumet le savoir à la connaissance comme un but au-delà : elle est la fonction qui passe le savoir vers la connaissance (p.10). « Or, c’est dans la connaissance que nous possédons la vérité. » (Ici, on retrouve une idée de Frege :) « Mais cela seul ne suffit pas », la pensée d’un état de choses, comme quoi la chose existe ou non, n’est pas encore le jugement vrai ou faux
de cette pensée, le savoir n’est pas encore la connaissance. Bref, Husserl reprend ici l’idée de deuxième niveau qui donne sa définition à l’évidence – et que la science est une action. Comme
pour Platon, ce deuxième niveau au-dessus de la caverne est « la certitude lumineuse » que l’on tient même si l’on ne
réactive pas ou que l’on a oublié le savoir du premier niveau (p.11). Ainsi, la probabilité fonde l’évidence d’une estimation (p.12).
Or, pour Husserl, le niveau platonicien des idées ne suffit toujours pas car une multiplicité de connaissances, ce n’est
pas encore la science : « Mais, dans le concept de la science et de son but, il y a plus qu’une simple
connaissance. » Nous sommes encore loin de la science si l’on atteint « la multiplicité sans plus »,
les affinités, sans atteindre les relations. « Il faut manifestement quelque chose de plus, à savoir un enchaînement
systématique », une liaison qui mette en ordre des fondements successifs.
Par « fondements successifs », j’interprète « inclusions successives » ; ainsi, la théorie est
le niveau supérieur des inclusions successives, au-delà des connaissances singulières. L’unité d’enchainement confère l’unité aux inclusions et à la théorie. L’unité de la science comme but n’est
pas d’étendre la connaissance mais d’acquérir « une mesure et une forme » de ce qu’est une science (p.13). La vérité
est affaire d’ensembles et de lois (interprétation : par lois il faut entendre, notamment, « critère d’inclusion », « liens systématiques »).
« L’évidence, sur laquelle repose en dernière analyse toute
connaissance […] » ce n’est pas la représentation, naturellement complémentaire aux « états de
choses » (interprétation : ce comme quoi la chose existe ou non : cf. la pensée de Frege) car la science requiert au moins la complication de la méthode. L’évidence est
affaire d’intention plus que de méthode (interprétation : l’intentionnalité est « ce » que l’esprit ajoute aux représentations au-dessus des états de choses). Et contre
Frege : les jugements et les probabilités s’appliquant aux pensées sont rares en pratique, et l’on ne trouve pas l’évidence dans les jugements. Normalement (p.14), « [l’évidence et l’intention] apparaissent en même temps, dès que nous partons de certaines connaissances et qu’ensuite nous suivons une certaine méthode pour
aboutir à la proposition visée » : la science est affaire d’évidence et d’intention immédiate (interprétation : affaire d’un objet logique ajouté), la méthode étant
justification a postériori.
« Et c’est le fait qu’il en est ainsi, que nous avons besoin
de fondements pour dépasser, dans la connaissance, dans le savoir, ce qui est immédiatement évident et, pas suite, un truisme, c’est ce fait-là qui ne rend pas seulement les sciences possibles et
nécessaires, mais aussi, avec elles, une épistémologie, une logique ». L’épistémologie est moins affaire
d’histoire des sciences que de recherche d’objets logiques. Quelques soient les « multiples méthodes de fondements »
(interprétation : d’inclusions), « c’est un fait caractéristique et essentiel qu’il y a des multiplicités infinies de vérités qui
ne pourraient jamais être transformées en une connaissance sans des procédés méthodiques de ce genre » : c'est-à-dire sans la méthode des inclusions et la vision ajoutée de
l’objet logique des ensembles. Nous avons besoin de voir les inclusions pour justifier les évidences logiques et, truisme, pour voir l’inhérence au-delà du possible et du nécessaire. Car l’objet
logique, c’est par exemple, entre autre, voir l’inhérence, l’indissociabilité de la couleur et de la surface ou de la note de musique, de son timbre, de sa force.
L’enjeu des Recherches logiques est donc
« d’établir des normes générales pour de semblables méthodes, et également des règles pour trouver comment construire ces méthodes selon
les différentes classes de cas » (p.15).
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