Samedi 21 novembre 2009

Une fois compris la mécanique des Recherches logiques, il reste l’ineffable plaisir de lire le style d’un merveilleux écrivain subtile et fin : voyez quel style, ce § 8… Car une contraction de texte défigure la beauté d’un absolu cerné par aucun trait en transfigurant l’ensemble, et estompe l’idéal de son mouvement en dissimulant ses nuances. Mais notre présupposé, compatible avec la pensée de Husserl, croyons-nous, est d’ouvrir le capot pour voir la mécanique des choses : voir l’objet logique qui soutient le phénomène.

Contraction du § 8. La caractéristique typique d’un « groupe de jugements, conçu comme système de prémisses » (p.19), c’est la loi c'est-à-dire l’argument, la raison pour laquelle les choses se font : « il ne suffit pas […] qu’il y ait des fondements », il faut encore qu’ils aient une forme de loi (p.18) c'est-à-dire que des arguments garantissent la légitimité, explicitent tout syllogisme (p.19). Chaque science a sa « norme de la forme » : la soumission « à une règle rend possible l’existence de sciences, d’un autre côté, l’indépendance de la forme par rapport au domaine des connaissances […] rend possible l’existence d’une épistémologie » (Husserl souligne). Nous interprétons ainsi : chaque science a son type d’argumentation la rendant possible, d’un autre côté, le fait qu’il y ait toujours argumentation rend possible l’épistémologie au sens de Husserl c'est-à-dire la découverte d’un objet logique, ici l’argument inhérent à la science.
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Mercredi 18 novembre 2009

Nous serions heureux si nous pouvions montrer ici qu’Aristote, l’ancien, peut apparaitre le précurseur des recherches contemporaines en logique des phénomènes (phénoménologie) : qu’Aristote peut encore être lu de manière neuve…

De plus, en lisant ici à la fois Husserl et cette citation d’Aristote, il y a quelque chose à expliquer : Husserl nous dit qu’un ensemble ne se construit pas tout à fait librement ; par exemple, on ne peut pas construire un ensemble d’animaux ayant poils et plumes. Et par ailleurs, Aristote nous dit qu’un ensemble est une entité accidentelle : comment un ensemble peut-il à la fois s’imposer et être accidentel ?

Or, toute pratique et toute production portent sur l’individuel : ce n’est pas l’homme, en effet, que guérit le médecin traitant, sinon par accident, mais Callias ou Socrate, ou quelque autre individu ainsi désigné, qui se trouve être accidentellement un homme.

Aristote, La Métaphysique, [Livre A], 981 a 15, Edition Vrin, 1981, traduction J. Tricot page 6.

En note de l’édition, J. Tricot rappelle l’interprétation de ce passage : « l’universalité n’est pour Aristote qu’un accident de l’essence […]. C’est encore en ce sens que, pour Aristote, le genre est un accident : non pas le genre pris dans sa compréhension, mais […] dans son extension […] et accident de l’essence. »

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Mardi 17 novembre 2009

Nous continuons notre lecture suivie des Recherches logiques de Husserl, qui requiert le suivi d’une interprétation (l’exercice d’une intentionnalité quelle qu’elle soit), ainsi qu’un résumé pour focaliser (sur l’essentiel)…

Contraction du § 7. 1) Un ensemble ne se construit pas si l’on choisit « tout à fait librement, parmi les connaissances […], celles que nous voulons comme point de départ » : il reflète une force des choses objective, il ne reflète pas « notre constitution mentale » (p.16). 2) Par exemple, le syllogisme est une suite d’inclusions successives non commutatives. Sa forme concerne « une infinité […] un nombre incalculable » de cas, garantie par une loi c'est-à-dire une raison. « C’est un fait du plus haut intérêt qu’aucun fondement ne se trouve isolé » : l’objet logique des ensembles et des inclusions implique l’altérité et le lien entre altérités, lien du choix extrinsèque des inclusions successives et lien intrinsèque qui s’impose par la structure des éléments (p.17). 3) « Les formes de fondements » c'est-à-dire cette forme logique des inclusions successives, du syllogisme, s’applique quelque soit la science concernée comme aussi quelques soient les éléments qui s’y rapportent. « Il n’y a pas de science où des lois ne seraient pas applicables à des cas particuliers […] » (p.18).
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Dimanche 15 novembre 2009

Nous le disions à propos de la lettre volée de Poe mais aussi à propos de tout ce que Frege nous donne à voir, de la beauté, de la définition de la philosophie : l’évidence de la philosophie n’est pas l’évidence d’une première vue mais d’une seconde vue, évidence que cependant l’on recherche alors qu’elle n’est pas cachée. La première évidence est celle d’une perception : le Soleil qui tourne autour de la Terre ; la seconde est celle d’une thèse : la Terre tourne autour du Soleil. Après Platon, on ne met plus de lunettes de soleil pour se protéger des thèses mais pour découvrir le soutien des objets logiques…

La philosophie consiste d’abord à aller au-delà de l’évidence sensible vers cette évidence absolue qui est classiquement un premier critère pour Husserl.

Contraction du § 6 : « la science porte sur le savoir. Non pas comme si elle était elle-même une somme ou une contexture d’actes de connaissance. La science n’a d’existence d’objet que dans sa bibliographie », dans ses ouvrages écrits ; elle soumet le savoir à la connaissance comme un but au-delà : elle est la fonction qui passe le savoir vers la connaissance (p.10). « Or, c’est dans la connaissance que nous possédons la vérité. » (Ici, on retrouve une idée de Frege :) « Mais cela seul ne suffit pas », la pensée d’un état de choses, comme quoi la chose existe ou non, n’est pas encore le jugement vrai ou faux de cette pensée, le savoir n’est pas encore la connaissance. Bref, Husserl reprend ici l’idée de deuxième niveau qui donne sa définition à l’évidence – et que la science est une action. Comme pour Platon, ce deuxième niveau au-dessus de la caverne est « la certitude lumineuse » que l’on tient même si l’on ne réactive pas ou que l’on a oublié le savoir du premier niveau (p.11). Ainsi, la probabilité fonde l’évidence d’une estimation (p.12).

Or, pour Husserl, le niveau platonicien des idées ne suffit toujours pas car une multiplicité de connaissances, ce n’est pas encore la science : « Mais, dans le concept de la science et de son but, il y a plus qu’une simple connaissance. » Nous sommes encore loin de la science si l’on atteint « la multiplicité sans plus », les affinités, sans atteindre les relations. « Il faut manifestement quelque chose de plus, à savoir un enchaînement systématique », une liaison qui mette en ordre des fondements successifs.

Par « fondements successifs », j’interprète « inclusions successives » ; ainsi, la théorie est le niveau supérieur des inclusions successives, au-delà des connaissances singulières. L’unité d’enchainement confère l’unité aux inclusions et à la théorie. L’unité de la science comme but n’est pas d’étendre la connaissance mais d’acquérir « une mesure et une forme » de ce qu’est une science (p.13). La vérité est affaire d’ensembles et de lois (interprétation : par lois il faut entendre, notamment, « critère d’inclusion », « liens systématiques »).

« L’évidence, sur laquelle repose en dernière analyse toute connaissance […] » ce n’est pas la représentation, naturellement complémentaire aux « états de choses » (interprétation : ce comme quoi la chose existe ou non : cf. la pensée de Frege) car la science requiert au moins la complication de la méthode. L’évidence est affaire d’intention plus que de méthode (interprétation : l’intentionnalité est « ce » que l’esprit ajoute aux représentations au-dessus des états de choses). Et contre Frege : les jugements et les probabilités s’appliquant aux pensées sont rares en pratique, et l’on ne trouve pas l’évidence dans les jugements. Normalement (p.14), « [l’évidence et l’intention] apparaissent en même temps, dès que nous partons de certaines connaissances et qu’ensuite nous suivons une certaine méthode pour aboutir à la proposition visée » : la science est affaire d’évidence et d’intention immédiate (interprétation : affaire d’un objet logique ajouté), la méthode étant justification a postériori.

« Et c’est le fait qu’il en est ainsi, que nous avons besoin de fondements pour dépasser, dans la connaissance, dans le savoir, ce qui est immédiatement évident et, pas suite, un truisme, c’est ce fait-là qui ne rend pas seulement les sciences possibles et nécessaires, mais aussi, avec elles, une épistémologie, une logique ». L’épistémologie est moins affaire d’histoire des sciences que de recherche d’objets logiques. Quelques soient les « multiples méthodes de fondements » (interprétation : d’inclusions), « c’est un fait caractéristique et essentiel qu’il y a des multiplicités infinies de vérités qui ne pourraient jamais être transformées en une connaissance sans des procédés méthodiques de ce genre » : c'est-à-dire sans la méthode des inclusions et la vision ajoutée de l’objet logique des ensembles. Nous avons besoin de voir les inclusions pour justifier les évidences logiques et, truisme, pour voir l’inhérence au-delà du possible et du nécessaire. Car l’objet logique, c’est par exemple, entre autre, voir l’inhérence, l’indissociabilité de la couleur et de la surface ou de la note de musique, de son timbre, de sa force.

L’enjeu des Recherches logiques est donc « d’établir des normes générales pour de semblables méthodes, et également des règles pour trouver comment construire ces méthodes selon les différentes classes de cas » (p.15).

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Vendredi 13 novembre 2009

Les Recherches logiques tracent une progression de la pensée de Husserl. Nous lisons, Recherches logiques, [Préface de la seconde édition], Tome premier, Traduction d'H. Elie, PUF page XI : « Dès [l’impression des Recherches logiques] terminée, je poursuivis mes travaux. J’essayais de me rendre plus parfaitement compte du sens, de la méthode, de la portée philosophique de la phénoménologie […] ». Voilà que Husserl inaugure une tendance depuis la mécanisation et la production de masse de la plupart des objets : imprimer vite un livre avant de savoir vraiment ce que l’on voulait dire ; c’est ainsi qu’il y a trop de livres et du délayage en attendant « les dernières sources » (page XIII). Or, proposer au lecteur un processus vient logiquement immédiatement en contradiction avec la critique de Husserl du processus. Et proposer un processus rend l’auteur incapable de proposer une synthèse, ne connaissant pas lui-même davantage que son lecteur la fin de son histoire, ni son plan d’ensemble, ni ses définitions abouties, ni toutes les conséquences de ses distinctions ! Or, Husserl propose une suite numérotée de recherches (1). Mais, autre critique à l’encontre de Husserl, il emploie un mot pour un autre au moment du concept ; ainsi, le lecteur emploie son effort à traduire et interpréter le mot proposé avant de pouvoir voir les significations et leurs exemples concrets. Comme si un effort de traduction du sens d’un mot donnait à voir du même coup sa signification ! Comme si l’importance du travail de reconstitution du sens reflétait l’importance de la signification donnée. Ainsi, (sans exprimer sa gratitude à Frege, nous l’avions déjà dit), 1) Husserl critique la psychologie, 2) il entend « processus » ou « mécanisme de pensée » lorsqu’il écrit « psychologie », 3) donc, il faut lire la phrase (1) ci-dessus ainsi : Husserl propose une psychologie, au moment même où il critique la psychologie : « [que l’immédiat] ne se perde pas dans des explications […] » (page XII - XIII). Mais ce n’est pas très grave que la forme d’une recherche vienne en contradiction avec les résultats logiques qu’elle forme car, pour Husserl depuis Frege, seuls les résultats comptent, « les choses intuitionnées et saisies immédiatement » (page XII en bas), compte tenu de la parcimonie des efforts qui consiste à « réimprimer mécaniquement » (page XIII)… Sauf que Husserl ne nous donne jamais l’objet logique du mouvement, du temps, du processus, de son travail même.

Comme premier indice de la nécessité de traduire « psychologie » par « processus », voici la contraction d’une citation de la Préface de la première édition des Recherches logiques, page VIII : « J’étais parti de la conviction dominante que c’est de la psychologie que la logique de la science déductive, comme la logique générale, doit attendre son élucidation philosophique. Là où il s’agissait de la question de l’origine des représentations ou du façonnement des méthodes pratiques, les résultats de l’analyse psychologique me paraissaient clairs et riches en enseignements. Mais dès qu’on passait des enchaînements à l’unité logique du contenu de la pensée, aucune continuité ni clarté véritable n’apparaissaient. »

Ainsi, la psychologie traite de l’origine, du façonnement, des enchainements, mais pas de la clarté véritable d’un contenu de pensée. En effet, la vérité mathématique ou logique ne peut pas dépendre d’un processus heuristique ou empirique ou des « activités et états psychiques » (p. XVI).

Remarque : la psychologie au sens de mécanique et de processus, c’est aussi bien Kant ou Hegel…

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Résumé de l’introduction aux Prolégomènes à la logique pure : en son état, notre science ne permet pas de faire le départ entre une conviction individuelle et une vérité valable pour tous (p. 2) : ce départ dépend de l’ensemble objectivement fermé de son domaine, comme par exemple la science du domaine animal ou du lion (p. 3) et dépend du mélange des genres entre éléments. Sinon, si les « niveaux logiques différents » ne sont pas adéquats, une théorie aura « les plus étranges déguisements » et des arguments principaux peuvent sembler secondaires à tort (p. 4). L’enjeu de la question de la limite des sphères est plus important en logique que pour la science expérimentale de la nature extérieure où les compartiments nous sont imposés. Husserl cite Kant : « il n’y a pas augmentation mais déformation des sciences quand on fait chevaucher leurs frontières » (p. 5). Ce résumé nous donne un indice qui alerte notre attention : la logique de Husserl pense les ensembles. Le prochain post sur la définition de la science précise cela.

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Jeudi 22 octobre 2009

La définition de la philosophie, on la connait depuis Platon, République, Livre VIII, où Socrate expose l’allégorie de la caverne…

Par définition, la philosophie donne à voir ce qui est donné à voir : elle est une action avant d’être une matière, la poursuite du savoir hors de l’ignorance.

D’abord, le philosophe voit dans le soleil ce qui est donné à voir dans l’ombre : « philosophe roi », cela veut dire « au-dessus des autres ». Il est actif par l’esprit au-dessus de la masse passive des ombres enchainées et bornées. Il n’est pas de ceux qui imposent des contenus ! Son action colore la banalité grise, elle donne sa valeur ajoutée à la connaissance, la vue de la vue, en puissance deux.

Ainsi, il identifie les totalités : par exemple, il voit « justice » dans l’équilibre social d’une république idéale, il voit l’objet logique sous le phénomène, il tire la morale de l’histoire.

Sans philosophie, on ne voit que des ombres, mais plus grave encore, on se trompe de totalité : si un porteur de vérité parle d’en haut (truth bearer), l’écho en bas est attribué à une ombre. Alors, rien n’est entendu à la source et « ce qui vient de partout » n’est pas correctement attribué : une idée est prise pour une opinion !

Ensuite, à l’ombre de la caverne, les hommes ne peuvent pas tourner la tête : « enchainés, ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaine les empêchant de tourner la tête ». Le philosophe est actif, il bouge librement, il tourne la tête, il monte les chemins rudes et escarpés, hors des chaines. Puis il redescend pour donner.

Le philosophe s’en va connaitre le monde de l’entreprise, des sciences, de l’art, de la politique, puis il revient, donner à voir ce qui est donné à voir : ce que l’on ne voit précisément pas sans voyage, sans aller-retour, sans don, sans vision.

Le philosophe est ce montreur en haut, capable parce qu’il bouge en esprit et en expériences. Il donne. A voir. Ce qui est. A condition d’aller voir ce qui est donné.

L’amour de la sagesse c'est-à-dire de l’équilibre social et personnel est un très bel idéal grec mais contingent, hélas sans doute : ce ne peut donc pas être une définition.

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Mercredi 21 octobre 2009

Il est possible maintenant que Frege ne lise pas Husserl comme il le mérite…

Frege écrit page 146 de notre texte en référence : « personne n’a les représentations d’un autre, chacun a les siennes […] je ne peux extérioriser la singularité de [ma] représentation. […] Il en va tout autrement pour les pensées. Une même pensée peut être saisie par plusieurs hommes » : une représentation n’est jamais objective.

Cependant pour Husserl, par exemple, l’évidence de ce qui dépend et de l’indépendance ou le passage entre tout et parties est une évidence identique pour chacun !

Car cette idée de Husserl, celle de l’accommodement à la fin de la seconde recherche logique, que Sartre dans « L’être et le néant » appelle néantisation (ou néant), permet à l’évidence de se passer de définition en s’appuyant sur une évidence logique. Ainsi, qu’un angle droit est un angle égal à son complémentaire n’emprunte aucune autre représentation que celle d’un angle droit car le complémentaire s’y voit immédiatement comme le recto avec le verso ou la droite avec la gauche ; et la représentation, on peut omettre ce mot, est là pour suggérer, faciliter, pour faire naître ex nihilo le même à partir du même, à droite et à gauche ou vers n’importe quelle direction mentale.

Ici, Frege cite Husserl  :

Certes, les concepts « angle droit » et « angle égal à son complémentaire » ont même extension, mais il est faux qu’ils aient même contenu.

Frege, Ecrits logiques et philosophiques, [Compte rendu de Philosophie de l’arithmétique I], Seuil Points Essais page 146.

« Angle droit » et « angle égal à son complémentaire », c’est la même chose mais deux positions (dispositions) de conscience différentes : deux contenus différents. L’important me semble-t-il est de comprendre la notion de même contenu de cette manière : ayant la même position de conscience dans un acte d’accommodement, de néantisation. Frege lecteur de Husserl comprend la chose de cette manière car Husserl s’exprime bien ainsi (nous devrions en reparler à la fin de sa seconde recherche logique).

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Mardi 18 août 2009

Voici comment je résume ce que nous avons vu de Frege (bien qu’un résumé soit insuffisant, son avantage est de clarifier) : toute analyse de la production, c’est de la psychologie, qui s’oppose à l’acte produit, que traite la logique.

« Venons-en aux détails » propose Frege, Ecrits logiques et philosophiques, [Compte rendu de Philosophie de l’arithmétique I],  Seuil Points Essais page 150.

Les pensées, les choses même, sont distinguées des représentations des choses, produites donc par la « psychologie » : l’acte produit, le concept logique, se distingue très rigoureusement de la production de l’acte, « psychologique ».

Nous avons déjà recueilli plusieurs informations sur la pensée au sens de Frege : chaque pensée est un tout achevé, autosuffisant, n’ayant besoin pour exister d’aucun complément ; l’interrogation est l’affirmation d’une pensée dans l’attente d’un jugement ; une pensée peut être fausse, pas un jugement ; un pouvoir spirituel particulier, le pouvoir de penser, doit correspondre à l’acte de saisir la pensée. Penser ce n’est pas produire les pensées mais les saisir. Penser est un travail de la science supplémentaire à l’énoncé ; la pensée est sens avant dénotation, etc.

Au terme de notre lecture de Frege, nous avons pénétré dans un monde des idées où les êtres ne sont pas générés… Nous le disions ainsi : concept et objet sont dans un rapport de génération comme le père et le fils : logiquement, ce qui n’est pas généré est d’une autre espèce que ce qui est généré, tandis que physiquement, ne pas être généré est impossible. Disons-le ainsi maintenant : le concept logique est d’une autre espèce que le monde de la génération et de la psychologie. Il s’agit bien d’un autre monde des possibles.

Nous avons donné quelques unes de nos catégories sur ce sujet : pour ceux qui lisent le texte de Frege, Ecrits logiques et philosophiques, [Compte rendu de Philosophie de l’arithmétique I],  il convient, en commentaire de ce post, sur ce sujet, de livrer d’autres arguments que Frege donne.
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Vendredi 7 août 2009

Nous entamons une transition vers Husserl : Frege révèle à Husserl qu’en logique seul le résultat compte (cf. ibidem p. 145), idée par ailleurs hautement problématique car pour toucher une cible la maîtrise du geste est tout autant importante, sinon plus, que la visée du but.


Nous avons vu que le résultat logique est plein. Frege écrit ceci page 226 des Ecrits logiques et philosophiques, Seuil Points Essais :

Que la fausseté d’une pensée soit plus ou moins aisément décelée, la logique n’en tient aucun compte, c’est là une différence d’ordre psychologique.

Autrement dit, peu importe « l’éclairage de la pensée » (ibid. p. 223). Et (ibid. p. 222) :

Quels que soient les intentions et motifs du locuteur, qu’il veuille dire ceci et pas dire cela, cela ne nous regarde pas, seul importe ce qui est dit effectivement.

Le « grain de sel » (ibid. p. 224) de la logique est que l’objet n’opère ni dans le temps, ni dans l’espace ! Peu importe le temps de compréhension. Et pour Frege, et pour la pensée analytique, pensée et sens de la proposition se confondent (ibid. p. 223). Sinon que pour la pensée, l’objet prend sa place et que dans une proposition, il occupe un lieu (ibid. p. 224).


Dans le Compte rendu de Philosophie de l’arithmétique I de E. G. Husserl que nous abordons, Frege critique le psychologisme de ce premier Husserl.


Ensuite Husserl repentant écrira le tome entier des Prolégomènes à la logique pure des Recherches logiques contre ce psychologisme sans y reconnaître sa dette.


Evoquons en passant la critique liminaire de Frege envers Husserl (ibid. p. 142) :

Cependant, on ne voit pas clairement le lien logique de la multiplicité au nombre cardinal. Citons le texte : « le concept de nombre cardinal, et bien que ce soit par le relais des concepts d’espèce qui sont subordonnés, subsume les nombres, les mêmes phénomènes concrets que le concept de multiplicité. » A prendre ce texte à la lettre, on pourrait conclure à une identité d’extension entre ces concepts. Mais, d’autre part, la multiplicité doit être plus indéterminée et plus générale que le nombre cardinal. Il semble que la chose serait plus claire si l’on distinguait mieux entre la subsomption d’un objet sous un concept et la subordination des concepts. L’auteur s’attache d’abord à l’analyse du concept de multiplicité. De ce concept, et par déterminations successives, naîtront les nombres particuliers et le concept générique de nombre cardinal qui les présuppose.

Frege, Ecrits logiques et philosophiques, [Compte rendu de Philosophie de l’arithmétique I], Seuil Points Essais page 142.


La critique de Frege envers Husserl est féroce car la logique nécessite de voir.

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Mercredi 6 mai 2009

La pensée logique n’est pas si aride, elle intègre un besoin.

La pensée contradictoire d’une pensée donnée est le sens d’une proposition à partir de laquelle on peut aisément produire la proposition qui exprime la première pensée. On voit que la pensée contradictoire d’une autre pensée est composée de cette dernière et de la négation. Je n’entends pas par là l’acte même de nier. Cependant les termes « composé », « consister », « élément », « partie » peuvent induire en erreur. On pourra parler de parties, mais non pas juxtaposées avec l’indépendance dont jouissent d’habitude les parties d’un tout. La pensée n’a besoin pour exister d’aucun complément, elle est un tout achevé. Au contraire, la négation a besoin d’être complétée par une pensée. Les deux éléments, si l’on peut employer cette expression, sont hétérogènes et contribuent d’une manière bien différente à la construction du tout. L’un complète, l’autre est complété. Et c’est par ce lien de complétude que le tout reçoit son unité.

Frege, Ecrits logiques et philosophiques, [Recherches logiques], 2. La négation, Seuil Points Essais page 210.

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Mercredi 22 avril 2009

Car, le savions-nous, lorsque l’on affirme, on dissimule quelque chose…

 

En somme, ce que l’on saisit  comme sens de la proposition interrogative avant même d’avoir répondu – et cela seul peut être véritablement appelé le sens de la proposition interrogative – ne pourrait pas être une pensée, si l’on admet que l’être de la pensée gît dans son être vrai.

Frege, Ecrits logiques et philosophiques, [Recherches logiques], 2. La négation, Seuil Points Essais page 196.

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Mercredi 15 avril 2009

L’objet logique est comme la propriété physique, inhérent, indissociable, mais pourtant ces deux objets se différencient.

La pensée échappe aux sens, et tout ce qui est l’objet d’une perception sensible est à exclure du domaine de ce dont on peut examiner la vérité. La vérité n’est pas une propriété qui corresponde à un genre particulier d’impressions sensibles. Ainsi est-elle nettement distincte des propriétés que nous dénommons par les mots « rouge », « amer », « à odeur de lilas ».

Frege, Ecrits logiques et philosophiques, [Recherches logiques], 1. La pensée, Seuil Points Essais page 173.

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Samedi 11 avril 2009

J’ai passé un moment classique avec http://jadorelaphilo.blogspot.com/. Voici une contribution à l’interprétation d’Epicure, inspirée d’un passage de sa lettre à Ménécée [132, 133] : vivre caché, c’est renoncer à conduire les autres.

Quelle drôle d’idée aujourd’hui que l’absence de plaisir soit un plaisir ! Ainsi, l’absence de plaisirs déséquilibrés correspond à un plaisir d’équilibre : l’absence de trouble sera le plus grand des plaisirs. Or, par définition, la prudence est l’équilibre de la décision, équilibre dans les choix, alors que la sagesse est l’équilibre de la connaissance. L’enjeu pour Epicure est de mettre la décision au-dessus de la connaissance : la prudence au-dessus de la sagesse ; car sans l’art de décider, supérieur à la philosophie, point même de vertu… Cela ne veut pas dire qu’il vaut mieux être décideur d’entreprise que philosophe, car pour la prudence il vaut mieux être les deux à la fois et de manière équilibrée, dans la journée et dans la vie. Car l’art de la prudence pour Epicure doit s’appliquer à la conduite de soi et de la cité plutôt qu’à la conduite des autres : à l’honnêteté et à la justice plutôt qu’aux déséquilibres.

Par DéfiTexte - Publié dans : Rencontres - Communauté : Les philosophes épars
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Mercredi 8 avril 2009

La pensée spirituelle et laïque n’est pas celle qui énonce une pensée mais celle qui a le pouvoir de juger l’intention : « Le travail de la science ne consiste pas en une création mais en une découverte de pensées vraies. »

Un pouvoir spirituel particulier, le pouvoir de penser, doit correspondre à l’acte de saisir la pensée. Penser ce n’est pas produire les pensées mais les saisir. Ce que j’ai appelé pensée entretient un rapport très étroit avec la vérité. Ce que j’admets pour vrai, ce que je juge vrai indépendamment du fait que j’admets sa vérité, ne dépend pas non plus du fait que j’y pense. Le fait qu’elle est pensée n’appartient pas à l’être vrai de la pensée.

Frege, Ecrits logiques et philosophiques, [Recherches logiques], 1. La pensée, Seuil Points Essais page 191.

Par DéfiTexte - Publié dans : Préférés - Communauté : Philosophie académique
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Vendredi 3 avril 2009

Le son tire la pensée du sens.

Mais qu’appelle-t-on proposition ? Une suite de sons, sous réserve que cette suite ait un sens, et sans affirmer pour autant que toute suite de sons sensée soit une proposition. Quand on qualifie une proposition de vraie, on pense proprement à son sens. […] Je dirai : la pensée est le sens d’une proposition, sans affirmer pour autant que le sens de toute proposition soit une pensée. La pensée, en elle-même inaccessible au sens, revêt l’habit sensible de la proposition et devient ainsi plus saisissable. Nous disons que la proposition exprime une pensée.

Frege, Ecrits logiques et philosophiques, [Recherches logiques], Seuil Points Essais page 173.

Par DéfiTexte - Publié dans : Frege - Communauté : Philosophie académique
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  • : Auteurs étudiés en ce moment : Frege, Ecrits logiques et philosophiques ; Husserl, Recherches logiques ; Wittgenstein, Remarques philosophiques ; Aristote, Métaphysique.

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