Lorsque l’on remplace « la réalité de la chose par
l’objectivité du phénomène » (page 13), son impersonnalité par la fabrication de l’objet par la
conscience, il convient d’examiner le percipi produit. Parce que si tout tient à mon action, qu’en est-il du monde qui lui est
extérieur ?
La preuve de l’existence du monde repose d’abord sur la fondamentale activité de ma
conscience perceptive, puis sur la remarque d’une altérité intérieure comme un démon, ensuite sur le mécanisme du cogito appliqué au vide plutôt qu’au doute.
Notons d’abord qu’il y a un être de la chose perçue en tant qu’elle est
perçue.
Sartre, L’être et le néant, [IV l’être du « percipi »], Tel Gallimard, 1943, page 24.
La chose perçue en tant qu’elle est perçue, c’est l’objet. L’objet du phénomène est la partie
inhérente à la chose sentie que la conscience fabrique : l’être spécifique de la partie perçue. Si l’on distingue entre la partie objet et la partie chose comme entre ce qu’il y a que je
fais et que je ne fais pas, ce que je fais touche le monde impersonnel. Pour qu’il y ait objet, il y a une action spécifique de la perception qui s’ajoute aux sensations de sorte que le perçu
F(x) diffère de la source sentie x.
Pour produire le monde, la subjectivité s’applique à une essence comme la synthèse kantienne
s’applique à une sensation. Chez Kant le sensible est produit d’une synthèse dont la source reste inaccessible parce que nécessairement immédiatement transformée par la fonction conscience, par
l’action de ma fondamentale participation (fondamental veut dire « partout, tout le temps »). En phénoménologie la source est en disjonction selon
l’intention avec l’image perçue et lapidaire : le sensible et son objet logique, des détails et une conclusion, une périphérie et une nouvelle focale. Donc,
l’objet sensible ou intelligible se révèle « à travers cette synthèse » F dans sa « limite
transcendante » : il n’est accessible entièrement dans tous ses détails qu’au travers d’une activité somme toute limitée.
Il y a une source « devant la connaissance » de l’image produite qui se révèle en tant que telle par cette connaissance, ce jeu de
conscience et synthèse – l’être x devant le phénomène d’être F(x). Si l’on assimilait x en source à F(x), par exemple la table à « la connaissance qu’on en prend », la table x « serait conscience » c’est-à-dire ni simplifiée ni transformée ni complétée. Sans que la conscience ne s’accroche (ne se
sature) à une source elle ne serait qu’immanence et « s’évanouirait comme table » : ainsi la nature immanente s’accroche à un arbre ou une fleur. Donc, l’origine et les détails en source
se révèlent au travers de l’image synthétisée, par notre action de conscience, et ce résultat perçu implique cette source. Connu et connaissance ou objet et liaison des représentations : le
problème de l’être du percipi tient à celui des sources essentielles et à sa fonction accrochée.
Mon action de perception rencontre ce que je perçois : « le mode du percipi est le passif » – mais ma perception est active. Je suis actif en tant que conscience-fonction qui choisit et
transforme, passif en tant que ma conscience tient aux choses impersonnelles. Une preuve de l’existence du monde impersonnel ne peut tenir uniquement qu’à notre action de conscience de néantiser
(accommoder).
L’existence mélange activité et passivité comme des hauts et des bas de la vie : par
exemple, je tiens à « supporter passivement » parce que je choisis librement, activement, de
supporter ainsi « aussi bien que « rejeter résolument » ».
« Cela implique que la passivité ne saurait concerner l’être même de l’existant passif » :
c’est l’activité qui concerne essentiellement l’existant passif. Il y a donc toujours une fondamentale activité et liberté dans l’existence c’est-à-dire dans le mélange des vicissitudes de la
vie. « Mon existence se situe toujours au-delà de la passivité »
(page 25). Mais mon activité fait face à une matière qui m’échappe « c’est en ce sens qu’un livre
existe contre son auteur » : l’enfant prend son autonomie. Par conséquent, une pure
activité qui n’a aucune accroche ne peut agir sur rien : « c’est précisément parce qu’elle est spontanéité
pure, parce que rien ne peut mordre sur elle, que la conscience ne peut agir sur rien ».
Nous voyons une pure activité radicalement indépendante du monde à prouver qui, lui, ne tient
ni à mon action de percevoir ni à mes intentions. Or, chez Husserl, la hylé ou « matière des synthèses
passives » est cette accroche à un vécu indépendant de moi (page 25) – mais dans moi. La hylé opaque est « cette base impressionnelle et résistante » qui « ne peut lui venir d’un percipi » ambigu parce qu’elle s’impose au
moi autour de lui et « que la conscience refuse ». Si la résistance tient par le contact autant
indissoluble que le monde s’oppose, il s’agit là d’un contact physique donc contingent et non pas logique et inhérent. Or logiquement, l’« existant a son être en autre chose qu’en lui-même » : l’être ne tient pas par lui-même, il tient à l’espace
inhérent ouvert par le point focal. Paradoxalement, l’être a une intimité (intérieure) qui tient cependant intérieurement à une autre intimité, extérieure, comme l’italique au mot. Car l’être
logique du monde a une altérité qui n’est cependant pas extérieure à notre intelligence, comme la chose intégrée et assimilée par la perception « devant la conscience ».
L’enjeu de la preuve du monde est qu’une altérité, en différence par rapport à moi, puisse ne
pas être extérieure à moi : le monde est aussi une altérité intérieure à moi, comme un démon. L’être est notre essentielle contribution, élection, intention, il tient à notre activité ;
mais l’être du monde est altérité intérieure : son contact physique est en plus saturé par notre conscience. Nous l’avons vu, si j’insiste sur un point, par la sonorité, l’italique, cette
insistance est l’être tenant à mon action intérieure mais absolument indissociable de la chose qui est l’occasion. Ainsi, la résistance tient par le contact physique mais la valeur ajoutée par la
perception tient par inhérence aux sensations. Le propre de l’existence est cette radicale et irréconciliable complexité et disjonction, type d’oxymore : notre « propre extériorité » (la perception est une existence). Par conséquent, la relativité à mon activité et la passivité devant ce
qui s’impose déterminent les phénomènes d’être.
Le percipi ne se réduit pas à mon
activité intentionnelle, aux valeurs ajoutées par ma conscience, car sa consistance m’ennuie ou me donne la nausée. La conscience n’est pas la seule inhérence au phénomène : réciproquement,
le monde entier lui est aussi inhérent. À l’inverse, « on voit l’erreur des phénoménistes » :
les phénomènes ne se limitent pas à la liste de leurs apparitions, de leurs manières d’être. Car ils tiennent autant au monde extérieur surprenant qu’à ce que mes
intentions rajoutent : la conscience est autant inhérente aux choses que les choses sont inhérentes à la conscience – dont elle est conscience. L’action de la perception rencontre dans
l’intelligible des contraintes similaires à l’action dans le sensible – mais nécessaires. Si je bâtis, je rencontre une altérité lourde et résistante devant mes mains qui ne vient pas de mon
courage, que mon expérience intègre et assimile. Les humains avec conscience sont des humains d’action : le philosophe est un homme d’action de conscience.
**
Le phénomène perçu n’appelle pas seulement la conscience mais aussi « l’être préréflexif du percipiens » : le monde qui s’impose. Avoir conscience de quelque chose implique de se trouver « en face d’une présence concrète et pleine qui n’est pas la conscience », en plénitude, ou en fond au cas d’une absence. Plénitude ou fond en disjonction infinie sur laquelle
accommoder. La fondamentale action de la conscience fait qu’il lui est impossible de ne pas voir le vide qui entoure un objet, sa périphérie, les différences de nuances, et de ne pas y
accommoder.
Les intentions véritablement objectivantes, ce sont les intentions vides, celles qui
visent par-delà l’apparition présente et subjective la totalité infinie de la série d’apparitions.
Sartre, L’être et le néant, [V la preuve ontologique], Tel Gallimard, 1943, page
27.
Ce qui construit véritablement l’objet, c’est l’ensemble non-être périphérique, l’ensemble
complémentaire à l’ensemble chose, lieu où la subjectivité des choses atténuées prédomine. L’état des choses, le référentiel, le domaine de définition, est vide de nos intentions mais prévaut,
une masse influente où la totalité infinie des apparitions disparaissent. Les intentions vides sont vides de l’objet connu, focalisé, et pleines de toutes les influences : elles contiennent
des apparitions ajoutées ne tenant pas en propre à l’objet focalisé mais « par-delà l’apparition
présente ». Ce monde vide périphérique entre en notre subjectivité : les intentions subjectives « peuvent trouver leur remplissement dans cette hylé ».
L’enjeu du chapitre « La preuve ontologique » est de prouver l’appel au monde extérieur par une argumentation décisive. L’argument est
celui-ci : « l’impossibilité de principe » de voir les apparitions qui dépendent de nous sans
voir celles qui ne dépendent pas de nous. Par exemple, de voir l’infinité d’apparences en perspective dues à nos positions sans voir l’infinité d’apparences dues, disons, pour une position
donnée, aux variations de la lumière. Ou l’infinité de la coloration des choses par nos intérêts, nos goûts, sans voir l’infinité des consistances offertes. Il y a « impossibilité de principe […] à l’absence de tous ces termes, sauf un, qui est le fondement de l’objectivité » :
il y a impossibilité à l’absence de termes sans la présence de l’absence, l’absence étant le fondement de l’objectivité, autant nécessaire que la périphérie ouverte par un point – elle est
toujours là. L’absence de l’absence est impossible car il y a impossibilité d’une présence sans une absence qui en révèle le plein ou d’une absence sans une présence qui en révèle le
vide.
Ceci représente une preuve ontologique sur le mode préréflexif de la force d’un cogito :
quand bien même il y aurait le vide, il faudrait que quelque chose soit pour que ce vide soit, par différence de potentiel, par alternative – et la différenciation est impensable sans le vide ou
la distinction sans le néant. Un objet sensible sans différence de potentiel sensible ? Autant impossible que sans intention sauf, comme le disait Hegel, dans la nuit où toutes les vaches
sont grises.
Il y a preuve de l’existence du monde parce que ce monde n’est pas indéfiniment
uniforme : les oppositions forment son objet logique, qu’elles soient extérieures ou entre l’extérieur et moi. En particulier, le vide est impensable sans une présence et la présence est
impensable sans le vide : « c’est leur absence qui leur donne l’être objectif » aux
impressions présentes. S’il n’y avait que du vide, la notion de plein s’imposerait en tant que différence de potentiel pour que le vide soit, de manière intelligible. Il se produit une sorte de
cristallisation : tout d’un coup, le vide se ramasse en une entité {vide} comme une île d’une certaine consistance : du vide, il advient nécessairement quelque chose. Mais cette
différence de potentiel, cette action de conscience de néantisation et d’accommodement, tient au présupposé de l’être en tant que tension vivante et motrice.
Sartre tient résolument la phénoménologie ouverte à la notion d’influence inhérente du monde
extérieur qui s’oppose à moi. L’existence du monde tient au mélange tendu par ma conscience : par le fait de l’existence, la nôtre remplie par le monde, celle du monde opposé à moi. Ainsi,
une situation donnée est faite d’états de choses et d’une époque, objectivants, mais que je ne choisis pas. Le temps dénote le mouvement des choses qui passent et la consistance d’une époque
périphérique : une tension et une réalité des choses. Les apparitions « ne peuvent jamais être données toutes
à la fois » : leurs rythmes et durées s’imposent à ma temporalité. Le repos se pense en fonction du mouvement comme une partie en fonction d’une conscience périphérique
non-thétique, le personnel comme partie des résistances impersonnelles.
Cette preuve s’appuie sur le jeu distinctif et préréflexif de la conscience et non pas sur
une construction réflexive de notions. Elle s’appuie sur la distinction du rien entre la négation physique et le néant métaphysique.
Soit il n’y a pas d’objet physique mais je pense à cet objet qui sort du néant, soit je n’y ai pas pensé et il ne s’oppose absolument pas, ni physiquement, ni de manière intelligible (même s’il
existe quelque part). Le néant tient à l’instabilité de la conscience : la preuve de l’existence extérieure du monde tient à la fondamentale activité de la conscience autour de cette
instabilité, le néant venant ressusciter quelque chose de physiquement absent.
La philosophie ne se demande plus pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien car elle sait
qu’un automouvement de l’univers en est la cause ; ni s’il existe quelque chose plutôt que rien car s’il n’y avait rien elle ne perdrait pas son temps à poser cette question. Elle pose ici
la question de savoir pourquoi le monde émerge à la conscience : parce que la conscience qui néantise (change) et focalise (tient) fait être les choses.
« L’être de
l’objet est un pur non-être. Il se définit comme un manque »
(page 28) : l’être fondateur et impersonnel, c’est le non-être périphérique inhérent à toute chose (l’état de choses que les introductions aux conférences soulignent). Et ce monde qui émerge
est surprenant et jamais adéquat : il est impersonnel avec une vie propre et des détails inimaginables. Le monde émerge dans la conscience comme il a émergé physiquement : dans la
tension du vide. L’absence ne suffit pas à la révélation, il faut l’absence et la tension qu’elle suscite : « le subjectif absent et attendu », espéré, redouté. Alors, la transcendance, c’est l’infinité des profils, c’est aussi
la densité impersonnelle qui s’oppose à mes actions : cette extériorité prouvée par son inhérence à moi. « La
conscience naît portée sur un être qui n’est pas elle.
C’est ce que nous appelons la preuve ontologique. »
Mais la difficulté tient au passage du manque subjectif à l’objectivité de l’extériorité qui
manque : « jamais l’objectif ne sortira du subjectif ». Or, la conscience subjective portée
sur un être qui n’est pas elle est nécessairement portée sur un être objectif, sinon l’altérité serait subjective et ne s’y opposerait pas radicalement. Mais il se pourrait que la radicalité de
cette opposition entre subjectif et objectif ne soit pas satisfaite. Or, il n’y a pas d’être pour la conscience de quelque chose « en dehors de cette obligation précise d’être intuition révélante de quelque chose ». L’obligation précise est
l’obligation par définition pour une chose d’être objective à partir du moment où la conscience s’y attache ; sinon la conscience ne s’attacherait qu’à elle-même.
Or, la conscience personnelle tient, et psychologiquement se construit par le monde extérieur
qui s’oppose. Cette radicalité objective est « structure constitutive de la conscience », son acte
de naissance : la conscience personnelle est constituée par le monde impersonnel. Une conscience de conscience subjective n’est rien si elle ne se focalise pas à un moment, le regard attrapé
par un objet : il faut qu’elle « se qualifie en quelque façon ». Sans esclave point de
maître, sans objet la conscience ne se sent pas exister ; sans objectivité extérieure, « la subjectivité pure
échoue à se transcender pour poser l’objectif » et s’évanouirait. L’extériorité ne tient pas aux sensations éventuellement trompeuses mais à une preuve logique : sans
objectivité, le subjectif ne se révèlerait pas tel par différence – et resterait informe et vide, comme dit la Genèse.
Car la preuve ontologique tient ici aux différences logiques (distinctions) transphénoménales
entre elles : être et non-être ou plein et vide (vide empli de choses au coin de l’œil), personnel subjectif et objectivité impersonnelle. « La conscience implique dans son être un être non conscient et transphénoménal » (page 29) ;
« la subjectivité est impuissante à constituer l’objectif » plus complexe qu’elle. Où l’on voit l’inconscient comme un trou, non pas vide à l’intérieur de la conscience et en en faisant partie mais autour d’elle, un trou d’attention plein de choses
influentes, un contexte. Dans son être et transphénoménal signifie « par le fait même de l’inhérence » : ce qui est personnel implique l’impersonnel comme le recto tient par le
fait même au verso. Comme le sentiment de perfection par le fait même de notre imperfection, il y a de l’intelligible parce qu’il y a un monde physique.
Le monde extérieur existe parce que je le bâtis avec ma conscience : parce que ma
conscience est fondamentalement active et se heurte à la transcendance inaccessible. Car ce que je ne vois que du coin de l’œil, je ne le bâtis pas mais la sensation le produit tout de même,
comme je me fabrique mes propres démons. Le monde existe parce que la signification « conscience de quelque chose » est « prise en deux sens bien distincts » : « la conscience est constitutive » et elle est en « rapport à un être transcendant » (page 27).
La subjectivité « ne saurait sortir de soi » ; l’absence, pour paraitre telle, « parait nécessairement [sur] un fond de présence » : pour que l’absence soit connue il faut que la présence le soit
par différence. En forme de cogito, si je doute du plein alors sa notion pleine s’impose. Mais Descartes ne prouvait pas que le je suis fut un être extérieur, parmi les autres, social, visible
aux autres, mais un je pense intérieur. Pourtant, l’objet logique était la preuve de ce dont il est inhérent, telle est toujours la méthode.
« L’objet
n’est pas la conscience [dans la mesure] où il est un non-être » c’est-à-dire une opposition (et la conscience est une fonction). Cependant, en rappelant Merleau-Ponty, la
conscience est immédiatement pleine de ce dont elle est conscience mais n’accède jamais qu’à une partie d’un objet ou à une seule de ses faces. Sans doute la quantité d’inconnu prévaut sur le
connu et l’inconnu ne s’impose pas – mais la conscience active ne cesse de connaitre, de tourner et d’appréhender, et ce sont ces découvertes qui s’imposent. C’est le reste caché de l’objet que
la conscience perceptive complète et impose tandis que la périphérie complète la conscience et s’impose. Plus je suis actif, plus je me heurte à la transcendance des détails et des points de vues
qui me surprennent : c’est ce non-être vide nécessaire pour la conscience qui s’impose par soi.
« Les apparitions véritablement
objectivantes », vides, sont celles qui sont tout autour de la connaissance, « par-delà
l’apparition présente et subjective ». « L’impossibilité de principe » de douter
du monde est l’impossibilité absolue de douter du vide, à côté s’il existe quelque chose, au centre s’il n’existe rien, le vide qui n’existe que par inhérence au plein. Le monde n’est pas une
impression subjective, le produit d’une fonction sans objet, car il persiste en soi en proportion du doute à son égard : doute (du monde). Où l’on voit Parménide se décliner encore en phénoménologie, sur le mode du cogito.
« Ainsi
l’être de l’objet est un pur non-être. Il se définit comme un manque » (page 28) : l’être est le soutien périphérique, et le manque est le dynamisme du soutien de l’objet.
Le manque des besoins naturels ou des désirs sociaux définit des finalités (des causes finales) : un environnement que le marketing étudie pour proposer des objets, un
« subjectif absent et attendu ». C’est le subjectif absent qui est déterminant, la transcendance
des manques qui est « structure constitutive de la conscience », conscience qui
« naît portée sur un être
qui n’est pas elle». L’absence fournit « l’intuition révélante de quelque
chose » : l’expression des manques, la conscience globale (environnement) et révélante.
Entre conscience et chose qu’elle révèle il n’y a pas opposition problématique entre
positions mais inhérence cartésienne et disjonction entre fonction « révélation » et objet révélé : la conscience se produit dans la disjonction « comme révélation-révélée » (page 29). Car la fonction conscience « se donne comme existant déjà lorsqu’elle révèle » ce qu’elle révèle : déjà c’est-à-dire dans le temps même ou par
inhérence.
La conscience fondatrice « est un être dont l’existence pose l’essence » : dont la complexité du mélange au monde pose l’inhérence nécessaire
à la preuve. La conscience est l’implication « d’un être autre que [son être] » ; mais
« il est bien entendu » que cet être autre inhérent aux phénomènes n’est pas nouménal. La
conscience qui implique par exemple la signification {table, paquet de tabac, lampe} implique (ce) monde, listé à l’infini (les faits). La conscience exige que cette liste constitue ce monde et
non pas seulement une apparence : « pas seulement en tant qu’il apparait » mais en soi, en acte, avant d’être pour soi, en tant que liste, que
développement.
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