Présentation

  • : Le défi des textes de philosophie et de leurs commentaires
  • Le défi des textes de philosophie et de leurs commentaires
  • : Promouvoir le caractère vérifiable de ce qui peut être dit
  • Contact

Profil

  • DéfiTexte
  • Auteurs étudiés en ce moment : Frege, Ecrits logiques et philosophiques ; Husserl, Recherches logiques ; Wittgenstein, Remarques philosophiques ; Aristote, Métaphysique.

Recherche

27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 13:02

Revue Proteus – cahiers des théories de l’art http ://www.revue-proteus.com/articles/Proteus00-8.pdf

Cela devenait vraiment compliqué de savoir qui était quoi. Néanmoins, tout ceci était exécuté́ de façon très formelle.

L’art s’exprime en expérimentations : un empirisme esthétique dans un processus (just doing dit en titre Allan Kaprow). L’enjeu : ramasser une ombre à la main est davantage un défi que dessiner un visage à la fois de face et de profil. Un photographe maîtrise l’ombre mais pourtant jamais il ne réussira à « la plier pour qu’elle rentre dans la poche », ce à quoi parviennent couramment tous les peintres.

Ce à quoi nous ne parvenions pas en cherchant à « nous divertir de nos charges administratives ». Les règles : « aucune obligation envers le suiveur », « une fois de plus, comme convenu. »

Effacer derrière soi ses traces de pas sur le sable ou dans le gazon afin de présenter une situation impossible : « cela faisait tout drôle ». Inventer une situation dans « une grande salle » où chaque action personnelle libre dans l’envie et le moment, chaque coup de pinceau, construit une expérience impersonnelle.

Alors le processus d’expérimentation impersonnel se termine « une fois tout le monde parti » et non pas quand l’initiateur individuel décide de terminer son geste. « Au bout de deux heures et demie je suis sorti [...] et je n’ai jamais su à quel moment le dernier participant s’en est allé ». Cela se fait tout seul, indépendamment de l’artiste : « c’est ne savoir à aucun moment comment qualifier ce que l’on fait. »

Je vois dans cet article l’art avec comme toujours l’impossible comme horizon. Et la quête de l’impersonnel le point commun entre l’art et la philosophie. Ici une œuvre cesse avec une terminaison jamais encadrée, sans jamais l’exposition des corps : « affirmer et nier l’art dans le même temps ». Affirmer toujours un processus, qui cesse sans terminer.

Je crois que jamais la continuité n’a été perdue entre l’art et l’expérimentation au jour le jour. Les Grecs anciens sculptaient la matière à fleur d’un modèle idéal en tête, puis le sfumato a supprimé les lignes, etc. Aujourd’hui peut-être, ni modèle ni ligne de dessin personnels, mais toujours une expérimentation. Que sans l’art « la vie ordinaire » ne donnerait jamais rien.

**

« Quand le suiveur perdait le contact avec l’ombre (et cela arrivait fréquemment) il tapait bruyamment l’une contre l’autre deux pierres [...]. Ce seul son indiquait le moment où on s’échangeait les rôles ». Or « en pratique » quand on passe sur des rochers, à côté de cactus, dans des ravins, la position de l’ombre ne pouvait pas être connue à l’avance. L’événement est impersonnel. « Pour John Cage, une action expérimentale en musique est (en substance) une action dont l’issue ne peut être connue à l’avance. Les sons musicaux et non musicaux (“bruits”) étaient indifféremment les bienvenus, de même que leurs arrangements imprévisibles ».

**

Dès qu’une idée vous guide « il est temps de passer à d’autres possibilités d’expérimentation ». Car l’impersonnel, le hasard ou même la convention doit nous guider. « Une femme a reconnu qu’elle avait besoin d’être guidée. [...] Mais la femme était patiente et attendait simplement qu’ils s’accordent sur ce qu’il convenait de faire. » Toute aide impersonnelle est la bienvenue car sans « but fixé d’avance », c’est « le jeu en lui-même » qui gagne, le « sens de la vie ». Même au prix d’un échange de terre avec perte individuelle.

**

Voici encore une allégorie cachée par son évidence, un exemple à partir de quoi une définition est possible. Je résume : « quand je discute de politique » et des conventions publiques je me rends compte que je me gratte (j’ai mal aux dents), ce qui ne se fait pas compte tenu de ces conventions. L’impersonnel du corps fait intrusion dans l’impersonnel des conventions : l’impersonnel est l’action que l’on fait « de toute façon », que l’on ne remarque pas plus que la pression atmosphérique. « Et maintenant que je remarque de façon intentionnelle que je le fais de toute façon, l’action dans son ensemble me saute à la figure. » Mais il n’est pas certain que l’impersonnel, « l’action dans son ensemble », respecte les conventions publiques.

« C’est un peu étrange », on peut même accommoder « au fur et à mesure » entre ces deux impersonnels. « Jouer avec la vie quotidienne est souvent simplement une manière de faire attention à ce qui par convention est caché » : accommoder permet de faire attention à l’impersonnel périphérique. Ce qui est aussi banal qu’une respiration.

**

Où l’on voit un recours esthétique à la vieille technique de l’allégorie platonicienne : ni l’appel symbolique d’un savoir culturel ni une comparaison illustrée, mais une expérimentation donnée à l’interprétation. Et sa dernière idée du matin : échanger sa bonne terre avec du gravas caché sous un lieu à caractère social, à un juste endroit musicalement déterminé : sans doute rire d’une certaine économie.

Partager cet article

Publié par DéfiTexte - dans Esthétique
commenter cet article
14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 13:21

Aristote, Métaphysique, Livre V, Chapitre VII, 1017a, 1017b, traduction Saint-Hilaire prise chez M. Remacle.

§1 [10] « Le mot d’Être peut être pris en un sens indirect et relatif, ou en un sens essentiel et en soi ». Un prédicat médiatise l’être pour dire indirectement ce que la chose est : l’être indirect est synonyme de correspondance. Dans le sens indirect l’être est renseigné par un prédicat général, par exemple « l’être instruit est homme », « à peu près comme on le fait quand on dit » (dire, c’est faire) que l’homme instruit est l’architecte. Le sens indirect est le prédicat, selon le schéma de l’inclusion ou de la correspondance, de la relation, mais restreint à l’attribut précis au cas où l’architecte est aussi l’homme instruit : s’il y a équivalence ou réciprocité, si « cette seconde chose est l’attribut de la première » (attribut plutôt que prédicat).

§2 [15] En cas d’implication réciproque et équivalente le sens d’être est précis mais indirect. Lorsqu’un ou deux prédicats ou bien attributs sont en cause, « les deux termes sont les attributs ou accidents d’un seul et même être » : l’être de correspondance est indirect. Par exemple, que « l’homme blanc est instruit, ou que l’homme instruit est blanc ». C’est encore le cas pour plus de deux prédicats. « C’est encore ainsi que l’on dit que le Non-blanc est quelque chose » : ce que l’on dit est vrai (vrai si ce que l’on dit correspond à une logique des ensembles) si le contraire est contradictoire et disjonctif, et non pas négation. Sinon le contraire n’est pas quelque chose, le non-blanc, mais quantité de choses (bleu, rouge, etc.) dont aucune ne peut être corrélative. Car seul ce qui est affirmé se joint à « l’existence actuelle qu’on lui prête » – que l’on prête seulement.

§3 « Ainsi, les choses qui ne sont qu’indirectement [20] » êtres, soit appartiennent à ce qui est commun entre deux ensembles, par exemple hommes et justes (« les deux attributs appartiennent au même être » Socrate), « soit parce qu’ils sont attribués séparément à cet être », homme union juste, soit parce que l’ensemble associé est attribué à l’être précisément. Donc indirect : coïncidence, intersection, union, selon les positions schématiques possibles, exhaustives et nécessaires, d’ensembles figurés par des ronds. L’ensemble dit indirectement ce que la chose est, bien que la réduction la dise essentiellement et que la surdétermination des éléments la dit substantiellement.

§4 [25] Maintenant, l’esti de l’être direct est celui décrit « dans toutes les nuances » par huit des dix catégories possibles de classement : existence (la matière en relation avec la substance), quantité, qualité, relation, action, passion, le lieu, le temps ; la position et la possession ne concernent pas l’être mais la communication. Car que la chose se trouve assise ou ce qu’elle possède ne dit pas ce qu’elle est mais fige ce que l’on en dit. Dans le cas de l’être direct de ce que la chose est, le style « l’homme est bien portant » se réduit à « l’homme se porte bien » : à la catégorie. Si la table est en bois, elle est directement équivalente à du bois et indirectement se classe dans l’ensemble de ce qui est en bois.

Il suffit que l’on puisse dire la catégorie pour que la chose soit : « il n’y a pas la moindre différence à dire que [...] l’homme [30] Est en marche, qu’il Est occupé à couper quelque chose, ou bien à dire qu’il marche ou qu’il coupe ». Où l’on voit que la catégorie est la condition que l’être puisse être dit, sans quoi l’esti de ce que la chose est devrait être tu. Alors le style peut supprimer le mot être c’est-à-dire le délai, le signe de correspondance et d’inclusion car l’adhérence de l’équivalence est établie. De même une propriété adhère à la chose. Pour dire l’être le style n’a pas besoin de le prononcer, ce que montre la réduction. Le problème de l’être n’est plus celui d’un langage formalisé ni celui d’une parole créatrice mais de la réduction à une catégorie.

La solution est que la catégorie n’étant pas un ensemble, elle n’est pas prédicat indirect mais fonction déterminante, non pas en tant que cause antérieure ni que couple-principe mais par simple présence : par propriété. C’est par sa propriété, genre intrinsèque de l’existence, que chaque catégorie fait de la chose ce qu’elle est. Chaque élément de la liste est d’une parfaite adhérence. Par exemple, l’existence du bois ou le ligneux détermine que la chose est en bois, grande n’implique rien d’autre que sa grandeur, blanche dit sa blancheur, « avec » dit la relation. Chaque catégorie dit l’esti de ce que la chose est() plutôt que l’ensemble où elle se trouve et son accident. Elles, les catégories de position et de possessions sont momentanées et ne tiennent que le temps d’une communication.

§5 Dire directement ce qui est c’est dire directement le vrai, et non pas indirectement l’inclusion dans un ensemble plus grand (dire un accident, une espèce ou un genre). Car si je dis que le vase est rouge, je ne vois bien (directement) l’être que du vase, pas de son complément. Ceci §6 [1017b] en acte ou en puissance donc potentiellement. Cet homme se porte bien, je le vois grand, seul, peut-être ici momentanément, mais directement : l’être avec toutes les nuances des catégories. Car si je peux voir l’ensemble je peux aussi réduire ma vision à l’être.

Je vois l’être si, voyant le sujet je vois la catégorie, ou si je pense être() – si l’être est directement le sens des significations indirectes, si je le rencontre. Où l’on voit que la catégorie aristotélicienne est fonctionnelle, une fonction ontologique, et qu’un qualificatif tel transcendantal venant en signification remplir et saturer l’être à droite n’est pas indispensable à l’être direct. Qu’il est même contreproductif comme souvent les qualificatifs le sont en philosophie. Je vois l’être à gauche dans ce qui est tu si je ne dis rien que lui : si j’en parle. Pur il y a d’un positionnement, l’être qui jaillit grâce à la catégorie est parole antérieure à ce que je puis dire ou faire de plus.

Partager cet article

Publié par DéfiTexte - dans Aristote
commenter cet article
21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 16:49

Aristote, Métaphysique, Livre V, Chapitre VI, 1015b, 1016a, 1016b, traduction Saint-Hilaire prise chez M. Remacle.

§1 « Un se dit d’abord dans un sens accidentel, puis dans un sens essentiel et en soi » : d’abord par l’ensemble, puis par la partie essentielle. Et c’est le langage qui donne la vision des touts. D’abord, [20] « dire Coriscus instruit et juste » constitue une personnalité d’une unité accidentelle de trois éléments. « Car c’est une seule et même chose de dire Coriscus et Instruction, et de dire Coriscus instruit » : de dire l’union {Coriscus, Instruction} s’il y a inclusion de {Coriscus} dans {instruit}. Car les éléments constituent une unité lorsqu’ils forment un ensemble, lorsque les éléments instruction et Coriscus « sont accidentellement les attributs l’un de l’autre » : s’ils forment un ensemble.

Ensuite, il y a unité quand il y a essentiellement union (« attributs l’un de l’autre »). En union, ce que l’un a l’autre l’a, l’union donnant la réalité à chacun ; §2 « l’une des deux parties [25] de l’expression se rapporte à l’autre » donc §3 « l’homme est la même chose et le même être que l’homme instruit » ; il reste homme mais sa tonalité, sa couleur d’homme instruit n’est pas la même que celle d’un homme ignorant. Un homme n’est pas forcément instruit mais le devient en cas d’union. En termes de représentation, les points communs (l’intersection des ensembles) tendent à se teinter avec l’union ; en termes de langage, « on peut aller jusqu’à dire que Coriscus instruit ne fait qu’un avec Coriscus ».

Le raisonnement est le même pour l’élément sous-ensemble (chez Aristote l’élément peut être en intersection) et pour l’ensemble genre. Il y a union « soit parce que l’homme qui est une substance Une, a pour attribut l’instruction, soit parce que ces deux termes, homme et [30] instruction, sont attribués à un seul individu, qui est, si l’on veut, Coriscus. » Soit parce qu’un ensemble est inclus dans l’autre, cas de la substance, soit parce que les deux sont unis chez Coriscus. Car si l’homme Coriscus est instruit, soit il coïncide avec l’attribut « instruit » ou bien est inclus dans l’unité du prédicat général « instruction », soit le point commun entre homme et instruction, l’intersection entre instruits et Coriscus, garantit et teinte l’unité. Un terme est attribué en tant qu’espèce de substance globale « tandis que l’autre n’est qu’un état, ou une simple qualité, de la substance individuelle » : une intersection non vide garantissant l’union.

§ 4 Ensuite une chose est une par « continuité matérielle » garantissant l’union. La logique (la nature) est plus forte que l’art, le lien matériel, la colle, la jointure : 1016a « sous ce rapport, il y a plus d’unité dans les objets continus de la nature que dans les objets qui sont le produit de l’art. » Car §5 « Les choses qui sont essentiellement continues sont celles dont l’unité ne tient pas simplement au contact » des divisibles dans le mouvement, des éléments dans le temps, mais par l’inhérence logique. Où l’on voit encore ici la logique incarnée par la nature chez Aristote.

§ 6 [10] La courbe est une union, et l’unité est plus une que l’union. « Une ligne droite est plus Une que ne l’est une ligne courbe » car d’une courbe l’on peut accommoder et voir soit la courbe soit l’angle accompli (quadrature) c’est-à-dire la continuité ou le changement en disjonction. « Une ligne qui est courbe, et qui a des angles, peut être considérée tout à la fois comme étant Une, ou n’étant pas Une, parce que le mouvement peut tout aussi bien, [15] ou en être simultané, ou ne pas l’être. » Dans une courbe, chaque point ultérieur accomplit un angle dans le mouvement : la courbe est une en tant que courbe et duelle mais simultanée en tant qu’angle. Simultané : où l’on voit l’unité de temps définie par la courbe elle-même, par la chose, par l’accomplissement (en puissance unitaire et en acte uni), et non pas définie par une catégorie fonctionnelle a priori dont il n’est pas question ici.

Phénoménologie d’une jambe. De plus, « le mouvement de la jambe entière, cuisse et jambe, peut n’être pas Un » : jambe et cuisse forment à la fois moteur et machine : tout à la fois 1.1 couple dynamique dans une direction motrice et 1.2 direction mécanique contraire (le levier autant au repos en son point d’appui qu’en mouvement en ses autres points) ou 2.1 mouvement et 2.2 changement d’orientation du mouvement (lever et translation, cas général de l’engrenage).

Donc, il y a union lorsque la disjonction tient la différence spécifique, et unité lorsqu’il n’y a pas disjonction entre les parties, cas « sans différence spécifique » comme dans les liquides, [20] « quand l’observation sensible n’y découvre pas de division d’espèce » entre « le terme primitif, [et] le terme dernier, le plus rapproché de la fin de l’espèce même ». Par exemple, en termes d’arrêt et de continuité, entre l’aller et le retour ; ou entre le fagot et la corde qui le lie : entre la loi comme lien logique de l’ensemble et les éléments. Car le point de retour est le plus rapproché du point d’aller, le lien (social aussi) est la chose la plus rapprochée de la chose liée.

§8 « Alors, tous les objets que le genre renferme forment une unité » ; le genre : le couple logique aux éléments inhérents (indissociables de manière absolue), parfois formant point d’inflexion (premier moteur). Car [25] le genre tient l’unité des différences : « parce que le genre soumis à ces différences est Un et le même » (facteur d’union). Sous cette condition les différences opposées restent unes, « Par exemple, le cheval, l’homme, le chien » en tant qu’ils sont tous des animaux soumis au genre.

§9 [30] Ou encore, les triangles isocèles et équilatéraux sont des triangles. Car ils sont alors à la fois différents, et les mêmes sous le genre deux côtés/trois côtés égaux (pas d’autres possibilités d’égalité), « le genre de ces choses restant Un », le genre « égalité des côtés » n’offrant « que des différences opposées » inhérentes donc d’une unité indissoluble. Et en termes d’incarnation « leur matière est Une ». Contrairement au cas cheval, homme, chien, chaque cas de triangle est déjà une espèce, le genre étant dans ce cas « le genre supérieur » à l’espèce ; ce n’est plus l’espèce mais le genre qui forme l’unité ; mais dans ce cas.

§ 12 [1016b] « En général, on appelle éminemment Unes toutes les choses dont la pensée, s’appliquant à leur essence, est indivisible, et ne peut jamais en séparer quoi que ce soit, ni dans le temps, ni dans l’espace, ni en notion. Cette idée d’unité ainsi comprise s’adresse surtout aux substances » : aux ensembles les plus généraux englobant les matières ; par exemple le ligneux formant le bois ou la culture formant l’humain. S’appliquant à leur essence : au couple inhérent du genre dont la pensée est indivisible. Surtout : mais aussi à l’en tant qu’être, médecine, économie, s’occupant de ou prenant soin de tout (de soi et des autres) – donc surtout aux inclusions en général. Car l’en tant qu’être est indivisible : « l’homme est Un, parce qu’il est indivisible en tant qu’homme ».

§10 « La définition expliquant que la chose est ce qu’elle est, ne peut être séparée d’une autre définition, qui exprime aussi la véritable essence de la chose et la fait ce qu’elle est ; car toute définition [35] prise en elle-même est divisible et séparable. » L’être de ce que la chose est, en bois, grande, solide, et l’être essentiel, le point commun aux prédicats, sont distingués et inséparables (en couple logique). Mais à la fois sont séparables les items des catégories, ou le point commun « côté » pris en lui-même d’un triangle ou d’un rectangle. Ce point commun fait de la chose ce qu’elle est ; par exemple, trois côtés font ce que le triangle est dans sa diversité ou l’animalité qui constitue pour partie homme et cheval.

§11 C’est ainsi que métabolisme unifie « l’être qui se développe et l’être qui dépérit », que longueur par largeur est la même loi de surface qui unifie des figures très différentes. [5] « Par exemple, l’homme est Un, parce qu’il est indivisible en tant qu’homme », en tant qu’être, et §13 en tant que substance. « Or, la substance est Une, soit par la continuité, soit par la forme, soit par la définition », par exemple ligneux, triangle, équilatéral. §14 L’unité est davantage la forme « à nos yeux » que l’ordre des parties ; par exemple chaussure plutôt que bout, claque, tige. La figure la plus une est le cercle car non-brisée (d’inflexion minimum) et ne disparaissant pas dans l’au-delà comme la droite.

§15 Sous le rapport de la quantité, « c’est la notion de l’unité qui est le principe du nombre », par exemple le kilomètre ou le mètre, sinon l’on confondrait un et mille, §16 « indivisible soit en espèce, soit en quantité », [25] « sans avoir de position » ainsi une monade, tandis que « qui a une position, c’est le point ». §17 Donc, l’unité tient au nombre, à l’ensemble espèce, à la dichotomie d’un genre, ou à un facteur de proportion. L’unité numérique tient à l’unité de la matière, l’unité d’espèce à l’essence (le point commun permettant l’union), l’unité de genre à une catégorie, l’unité de proportion [35] à une même relation. Car si la génération est hors de proportion (une petite graine génère un arbre), il y a relation quand il y a proportion, collègue facteur un, hiérarchie facteur plus grand que un.

§18 « D’ailleurs, les termes postérieurs sont toujours contenus dans les termes précédents et à leur suite » : la progéniture générée incluse dans les géniteurs qui précèdent (épigénétisme) ; par exemple, la graine dans l’arbre. « Bien que réciproquement tout ce qui est Un en espèce ne le soit pas toujours numériquement » : réciproquement, le « un » généré en espèce « progéniture » par un couple sont parfois des jumeaux… Et, [1017a] « tout ce qui est Un en genre n’est pas Un en espèce, si ce n’est proportionnellement et par analogie » : le genre essentiellement un couple, ainsi ce qui s’emboite, n’est pas Un en espèce ; par exemple, l’espèce clou dans l’espèce planche est couple générateur d’une construction. Mais le clou et la planche sont en un rapport de proportion bien choisi, ou forment une attache.

Partager cet article

Publié par DéfiTexte - dans Aristote
commenter cet article
29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 18:40

Aristote, Métaphysique, Livre V, Chapitre 2, traduction Saint-Hilaire prise chez M. Remacle.

1013a §1 La cause matérielle est intrinsèque (inhérente aux effets et dedans), contrairement aux trois autres causes possibles (inhérentes et dehors). « En un premier sens, Cause signifie l’élément intrinsèque dont une chose est faite ; [25] c’est en ce sens qu’on peut dire de l’airain qu’il est cause de la statue dont il est la matière ». Or si un principe agit en couple, les causes agissent par quatre.

Quatre causes seulement : 1) la matière ; 2) la forme c’est-à-dire le dessin ou le parcours, et le modèle c’est-à-dire la conception qui y préside, ainsi les proportions ; 3) « le principe initial » des suites : l’agent efficient en contact avec la chose (en couple), l’initiative personnelle et l’événement impersonnel. 4) Enfin le pourquoi des effets poursuivis : la cause finale c’est-à-dire la justification des effets (et non pas une explication qui tiendrait à une liste). « Ainsi, la santé est le but de la promenade ». §4 [35].

§7 1013b [10] « Parfois, les causes sont réciproquement causes les unes des autres » : la santé cause de la promenade, la promenade cause de la santé ; l’airain cause de la statue, la réciproque est fausse. « Seulement, ici encore, le mode de la cause n’est pas identique ; d’un côté, elle agit comme but ; et de l’autre, elle agit comme principe du mouvement ». Selon le mode de la cause : remonter de la visée au corrélatif métaphysique, de l’explicite à l’implicite, de la cause au premier moteur actif par simple présence car il a la tension en lui-même. Or le but n’est qu’un intermédiaire de la finalité « qu’en vue du but qu’on poursuit ». Avec la fin, le but, sans la finalité, « nous croyons avoir indiqué la cause » : nous ne faisons que croire. Le mode de la cause : d’un côté la cible antérieurement posée, de l’autre le principe inhérent et justificatif. Car si promenade et santé ne formaient pas un couple générateur indissociablement lié, la promenade ne pourrait pas être cause de la santé. La finalité (le telos) n’est donc pas le but mais son principe – sa finalité in fine. Remarque : justifier, c’est trouver la cause génératrice, et non pas faire une liste explicative développée ou réduite à un seul but c’est-à-dire un seul argument.

§6 les causes sont multiples, elles surdéterminent, et il y a cause en tant que cause et en tant que principe, tandis qu’un principe est unique. L’enjeu de l’étude des causes est la science, et non pas l’ontologie (ce que la chose ou la conscience est) : la métaphysique des jeux de conscience qui joue sans laisser la raison pure divaguer. « Sans que ces causes aient d’autre rapport avec elle si ce n’est qu’elle est statue » : la cause n’a rapport qu’à la statue, pas à l’airain, sous peine d’autoréférence, tandis que le principe, couple premier moteur par soi, n’a rapport qu’à lui-même. Car pour remonter du phénomène à l’objet corrélatif, au premier moteur, il s’agit de voir en (méta)physicien. Tandis que le logicien remonte de la maison à son plan, à ses proportions – et que le théologien remonte de la chose à un créateur unique. La cause matérielle étant intrinsèque, le naturaliste n’a pas à remonter au-delà d’une matière active par soi, dont les couples sont explicites.

§8 Ce n’est pas tant la chose qui est cause que sa présence (la simple présence d’une propriété) : « Par exemple, l’absence du pilote est la cause de naufrage, tandis que sa présence eût été une cause [15] de salut. » La présence : l’effet d’influence.

§10 [20] Et parmi les causes matérielles (§9 lettres d’un mot, prémisses, parties, terre), « les unes sont causes comme sujet » c’est-à-dire comme ensembles parties d’un tout, les autre sont causes comme tout ; par exemple Socrate ou la cité, « notion » qui lui est essentielle. « C’est ainsi que sont le tout, la combinaison des parties, et leur forme » : le total (acte), les éléments de la somme (puissance) et la forme du tout (entéléchie). Par exemple, la définition d’une table, les éléments formant la table, et la table : un plateau avec des pieds, {un plateau, des pieds}, la table telle. Et donc qu’un sujet est dans un tout ; par exemple, on ne dit pas qu’un meuble est table.

§11 la cause efficiente peut aussi bien être l’automouvement naturel, « la semence d’une plante », l’acteur, le conseiller, pourvu qu’il y ait initiative du mouvement ou du repos.

§12. D’autres causes sont des causes en tant que but ou explication des choses, et en tant que bien ou conclusion ou hypostase de tout le reste. « Le pourquoi dans toutes les choses est pour elles le bien par excellence, et vise à être pour tout le reste la véritable fin ». La cause est soit la promenade en tant que but, soit la santé (la finalité) : le bien de la promenade, le pourquoi du but. Car la cause est le sujet ou bien le tout : la véritable fin. Grammaticalement, la forme est encore « promenade () santé ». Nous dirons : la promenade répond au besoin de santé ; ce qui manque, la santé, est le bien et la véritable cause des choses (la finalité). Car le tout est ce qui manque à la partie et suscite les besoins naturels et les désirs sociaux. La finalité se comprend en termes de manque.

Il y a donc distinction entre but et finalité c’est-à-dire entre motif et aspiration à un bien par excellence. Où l’on voit, selon moi, l’explication essentielle de la croyance en Dieu : le bien, la cause par excellence, véritable (le tout), le mobile du pourquoi, la présence qualifiée, ce qui englobe « tout le reste », la présence-absence et dont le positif est ressenti comme en creux – qui a été personnifié.

§13 [30] Les causes s’enchaînent car certaines causes sont antérieures ou postérieures à d’autre, par exemple le médecin et « l’ouvrier qui a fait l’instrument dont le médecin s’est servi ». En résumant les exemples d’enchaînements, « on peut encore les réduire » à des caractéristiques : proportion et nombre, un médecin, des ouvriers. « Et toujours les causes qui en enveloppent d’autres sont postérieures aux causes particulières » : l’impliqué enveloppe l’impliquant.

§14 Ensuite il y des causes directes et indirectes (elles ne s’enchaînent pas mais s’ordonnent) ; par exemple directement Polyclète le sculpteur, et indirectement dans la phrase, nonobstant postérieurement acquis : son savoir-faire de statuaire 1014a. Les causes indirectes éloignées sont accidentelles ; par exemple l’homme ou le blanc cause éloignée de la statue car Polyclète est un homme blanc. Éloigné comme l’ensemble, accidentel, par rapport à l’élément. « Et l’on pourrait aller jusqu’à prétendre » que l’âme au plus haut ou que le négatif est cause : le fait que Polyclète n’est pas musicien. §15 Il y a des causes disponibles et des causes effectives : « c’est le maçon qui est en état de construire ; mais c’est aussi le maçon qui est effectivement occupé à construire. »

§16 [10] Des nuances « pourront également s’appliquer aux objets dont les causes sont directement causes » et non plus accidentelles : à cette statue-là, à cet airain spécial par exemple ou à elle « en tant que portrait » : à son schéma. Et des nuances peuvent aussi s’appliquer aux ensembles, ainsi à la matière en général, « aux causes accidentelles elles-mêmes ».

§17 [15] On peut aussi distinguer l’individu de son genre social ; par exemple, Polyclète et Polyclète le statuaire. Le social où « on réunit, les unes aux autres, les causes directes et les causes indirectes », où « on peut ne pas isoler Polyclète ».

**

§18. En résumé c’est-à-dire en réduction selon le nombre, « Quoi qu’il en puisse être, toutes ces nuances sont au nombre de six, qui peuvent chacune être prises en un double sens. Ce sont la chose individuelle ou son genre ; ce sont l’accident ou [20] le genre de l’accident ; ce sont la combinaison des termes ou leur isolement. Enfin ces six espèces peuvent être considérées comme agissant réellement, ou simplement comme pouvant agir. »

En multipliant six par la distinction du possible et de l’effectif, le double sens, ces nuances sont en vérité au nombre de douze : des cases d’un tableau soit disponibles soit remplies. Deux lignes chaque fois d’un tableau pour l’individuel (Polyclète) et son genre : métier (social), homme fort (sexe) ; pour le direct (l’élément spécial ou le schéma) et les indirects (les savoir-faire) ; pour le premier et l’enchainé (médecin, ouvrier) ; enfin une colonne pour chaque fois le disponible et l’effectif. Où l’on voit encore ici le vrai tenir à un tableau des lieux, à une topologie. Le schéma du tableau = le vrai en acte. Remarquons que cette esthétique des structures est absente d’autres philosophies où le classement, l’histoire, la différenciation, prévaut sur la logique forte.

Car le plus important nous semble-t-il, afin de garantir un caractère systématique, c’est qu’un tel tableau soit fondamentalement basé sur des distinctions, le problème étant d’autre part de garantir une nomenclature des différenciations qui serait exhaustive. Les distinctions, « ce sont la chose individuelle ou son genre ; ce sont l’accident ou [20] le genre de l’accident » : la dichotomie entre éléments et entre l’ensemble et le genre d’ensemble. C’est aussi le proche et le lointain (le premier et la chaîne, les médecins et les ouvriers), le direct et l’indirect (l’indication et la réalisation), le disponible et l’effectif (la partie remplie, la partie libre).

Où l’on voit que la philosophie d’Aristote est d’emblée incarnée par des exemples, sa philosophie étant celle de la nature vivante. Ensuite Aristote n’exclut pas en termes de méthode des pans entiers de matières du savoir ainsi que d’autres le font, notamment le probable (la contingence), la psychologie ou l’économie (les acquisitions et les investissements).

Chez Aristote la différentiation des significations, des listes, est décomposée par des distinctions. Où l’on voit le pair c’est-à-dire le couple comme premier moteur d’un système. Un travail de l’entendement (Husserl dirait sans doute « thématiser selon le schéma ») permet de réduire les causes à des principes connus chez Aristote. Ainsi, encore en termes de signification et de réduction, l’élément et l’ensemble d’une part, d’autre part la puissance des ouvriers et l’acte direct d’indication, ou le continu de l’événement et le divisible de la puissance et du lointain de la chaîne, ou l’antérieur et le postérieur infinitésimaux (partie remplie, partie disponible). Nous y reviendrons.

§19 Aristote insiste sur l’essentiel des « deux dernières nuances » car il convient d’examiner tous les cas possibles : il y a distinction (binaire) entre disponible et effectif ; dans le disponible, point d’acte effectif. Les causes effectives « sont, ou cessent d’être, en même temps que les choses dont elles sont les causes ». Par exemple, un quantum capturé ici disparaît là, une couleur grattée détériore la surface, ce qui est rempli n’est plus vide, etc. « Mais les causes qui ne sont qu’en simple puissance ne soutiennent pas toujours ce rapport, puisque la maison et le maçon qui peut la construire ne disparaissent pas en même temps ». Car comment affirmer que le maçon en train de construire et disponible est maçon effectif, avant d’avoir terminé l’acte avec satisfaction ? Le maçon est effectif en train de construire sans avoir terminé, ainsi que ayant terminé et disponible.

Partager cet article

Publié par DéfiTexte - dans Aristote
commenter cet article
16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 16:16

Aristote, Métaphysique, Livre V, Chapitre premier, traduction Saint-Hilaire prise chez M. Remacle.

§1 1012b Principes et causes se distinguent comme l’immédiat et l’antérieur, selon l’attachement à droite ou à gauche d’une fonction dirait Frege (selon le schéma d’un crochet [ ou ]). Le principe est « d’abord le point d’où quelqu’un peut commencer le mouvement […] précisément le point d’où l’on part ». Mais « il y a, par contre, l’autre point analogue en sens opposé » : le principe est ce premier point mais attaché de manière absolue à un second dans un sens ou dans un autre de sorte qu’il ouvre le possible en acte, sans attendre qu’une cause vienne commencer à agir à sa place.

Le principe n’est pas le seul premier point d’un mouvement quelconque mais l’inhérence, l’attachement absolu à un autre point analogue à ce point : le premier point avec l’autre point analogue. Ainsi un point d’inflexion d’une courbe ou de l’angle d’un aller-retour. Le principe est premier attaché, avec l’autre dans le sens contraire : le principe est premier moteur c’est-à-dire couple nécessaire. La cause n’est point nécessairement attachée, parfois en attente d’une cause complémentaire, par exemple le nuage.

En tant qu’antécédent il est cause ; mais s’il attend un second point il n’est pas en acte : le principe est le couple point-point gros du trait. Ou par exemple le couple point d’appui-levier, en général le moteur (couple) par soi porteur de la puissance, ou le couple but (un)/explication (liste), ou élément/ensemble et tout genre d’inhérence. Ce couple n’est pas une cause car un moteur n’est pas une chaîne : ni le dessinateur du mouvement, ni son matériel, ni la forme qu’il a en tête, ni ce à quoi il répond (désir, besoin, demande, influence).

Une cause est unité ou se combine à d’autres causes ; le principe est un couple qui préside et ne se combine pas : pure tension d’être. La présence d’une cause est antérieure dans le temps ou conditionnellement ; le principe naturel n’est séparé de l’effet par aucun interstice logique ou physique. Le principe moteur n’est pas la limite du seul dernier point atteint d’un voyage mais le point de l’aller-retour aux tensions contraires in re. Une cause est strictement antérieure tandis qu’un principe est condition inhérente.

§3 1013a « Par exemple, le principe d’un navire, [5] c’est la quille ; le principe d’une maison, c’est le fondement sur lequel elle repose » : le couple dont la simple présence a un effet. §2 « Principe s’entend encore du moyen qui fait que la chose est du mieux qu’elle peut être » : la propriété sans laquelle la chose serait moins bien. « Quand on apprend », le principe n’est pas nécessairement le premier point de départ de ce que l’on fait, « pas toujours le primitif et le principe véritable », le principe du mouvement, mais aussi le principe du mieux : « la notion », §6 « les arts » s’ils commandent, §7 les prémisses. « §3. Principe signifie aussi l’élément intrinsèque et premier de la chose » : premier, de la chose ainsi que du mouvement, mais inhérent et intérieur. Intérieur car le verso, extrinsèque, la partie invisible de tout objet perçu ne cause pas son recto. Mais la psychologie acquiert le complément et l’extérieur.

§4 « Principe veut dire encore la cause initiale qui fait naître une chose, sans en être un élément intrinsèque, et ce dont sort primitivement et naturellement le mouvement de la chose, ou son changement. » Le principe est cas particulier des causes initiales en étant primitif et naturel : l’événement au-dessus duquel l’on ne peut pas logiquement remonter. Naturel : logique, sans caractère technique non-naturel, immédiat et sans explication. Parce que physiquement l’on peut remonter du couple quille/bateau vers l’architecte, le bois, le plan ou le besoin exprimé. Dans ce cas, le principe-cause inhérent n’est pas intrinsèque mais extérieur : « C’est ainsi que l’enfant vient du père et de la mère » ou qu’un conflit social vient d’une insulte. Où l’on voit en termes d’action que principe et cause se distribuent comme être et en tant qu’être.

§5 [10] Un principe inhérent fait naître une chose sans décalage naturel et « fait mouvoir ce qui est mû » sans faire mouvoir indirectement quelque chose qui fait mouvoir ce qui est mû. Par exemple, la montagne et le torrent, la mer et la côte, la plaine et l’horizon, se font naître mutuellement immédiatement (sans médiation). Ainsi le couple être-volonté ou État-gouvernement : « par exemple, dans les États, les principes qui les régissent, gouvernements, dynasties, royautés, tyrannies. »

§8, §9 Une difficulté : l’inclus ne peut pas être incluant en même temps. En termes d’acceptions, « toutes les causes sont des principes aussi » : tout ce qui est dit d’une cause vaut pour le principe, notamment l’antériorité. Mais c’est le mot de Cause qui a autant d’acceptions que le mot de Principe. Toute acception ou caractéristique du ligneux peut se dire du bois, ou tout de l’humain se dire d’un individu, ainsi d’une substance pour une matière incluse. Car aucune perfection, aucun attribut ne peut manquer au principe.

Tandis qu’en termes de définition, le principe est cas particulier de l’ensemble des causes, cas restreint au primitif et intrinsèque qui ne peut pas se dire de toutes les causes. (Or tout ce qui peut être dit d’une matière ne peut être dit d’une essence c’est-à-dire d’une intersection.) Il n’y a donc pas de divorce entre ce qui est et ce que l’on dit, d’ambigüité entre quoi est inclus dans quoi : le logos est respecté, la signification étant que ce qui est dit d’un sujet signifie ce qui est dit d’un ensemble et se distingue de ce qui est dans le sujet (nous l’avions vu).

§10 « Entre les principes, les uns sont intrinsèques et dans la chose même ; les autres [20] sont en dehors d’elle » : les uns et les autres inhérents toujours mais selon, dans ou hors de la chose. Ainsi la nature immanente est dans la plante qui grandit (et que je touche), plus grande qu’elle et en dehors d’elle quand la nature organise la forêt. De même aussi homme et humain pour la nature et la culture. « Et c’est en ce sens qu’on dit que la nature est un principe, comme on le dit de l’élément d’une chose » : de l’élément d’un ensemble, inhérent et d’extension différente.

Où l’on voit que nature et logique fonctionnent pareil car la logique est une description de lieux et de leurs interactions : la nature se définit par son lieu logique et la logique par une topologie. Comme on le dit aussi « de la pensée, de la volonté, de la substance des choses, et du but final, pour lequel elles sont faites ». Car il y a de ces éléments vitaux à l’intérieur de nous et au-dessus de nous (socialement ou à l’échelle de la ville) ; il y a le bois dans la matière et le ligneux substantiel ; l’en tant qu’être qui s’occupe de plus de choses que l’être. Et le « but final, pour lequel [les choses] sont faites » est explicite, verbalisé, ou bien finalité implicite, en creux, en termes de manque ; par exemple vase et besoin de stockage. La finalité existe comme but ponctuel et comme finalité-nature, une nature des manques qui est la cause sociale des réponses aux demandes.

En termes de lieux logiques, incarnés, fournissant une esthétique de la nature, provoqués par les distinctions et autres disjonctions, entre lesquels la conscience métaphysique joue très précisément, les principes inhérents sont dans la chose même, mais dedans selon l’extension (couleur-surface, étendue-surface, structure-style, etc.) ou bien dehors (recto-verso, campagne-horizon, etc.)

Intrinsèque est le cas particulier {dans la chose même et dedans}. C’est au sens plante-nature (élément-ensemble) que l’on dit que la nature est un principe. Si je cultive la plante je teinte la nature mais je ne la cultive pas. Et le couple (objet logique) État-gouvernement (état-volonté) s’entend davantage comme couleur-surface (institution) que comme plante-nature – mais pas comme recto-verso. En effet, si je parle à l’État, je parle au gouvernement, je n’ai pas à m’adresser ailleurs, à un bureau à côté, mais à une personne représentant le tout : au même côté (sinon la situation serait kafkaïenne).

De même, le bien et le beau occupent ce lieu de l’ensemble au sens de la nature par rapport à la plante et c’est ce lieu qui nous fait agir et savoir.

Partager cet article

Publié par DéfiTexte - dans Aristote
commenter cet article
5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 18:56

Aristote, Métaphysique, Livre IV, Chapitre V, traduction Saint-Hilaire prise chez M. Remacle.

1009a §3 « Pour convaincre [ceux qui ne sont pas d’accord], ce n’est pas à ce [20] qu’ils disent qu’il faut s’adresser ; c’est à ce qu’ils pensent. Pour ceux, au contraire, qui ne parlent ainsi que pour parler, le moyen de les guérir, c’est de réfuter leur langage et les mots dont ils se servent. » Car l’on peut dire autre chose que ce que l’on pense : langage et pensée se côtoient. Pour convaincre, il faut soit s’adresser à ce que l’on ajoute dans l’esprit (des schémas intelligibles) ; soit s’adresser au vocabulaire et aux choses sensibles qui y correspondent. Pour convaincre, il convient de traiter de manière équilibrée de l’intelligible et du sensible. 

§4 §5 Si « les contradictoires et les contraires peuvent coexister, c’est en observant que les contraires [25] peuvent sortir d’une seule et même source » : des ensembles (des schémas). Contraires : contradictoire et négation selon que ces contraires sont considérés comme deux touts ou comme des parties. De leur côté, les choses sensibles produisent tout à la fois les contradictoires et les négations : la vie, la mort – la maladie ; l’homme, la femme – le mélange des genres ; le vide, le plein – l’entre-deux.

Ici, le négatif n’est pas une période de temps comme chez Hegel mais des positions corrélatives dans un espace des possibles visible par un schéma (tableau de lignes et colonnes, ronds imbriqués, flèches de correspondance). Il est possible qu’un grave soit en mouvement à quelques mètres du sol mais en acte, impossible, ce n’est pas sa place intelligible : la Physique tient à cette logique esthétique des lieux exposée dans la Métaphysique, sur les schémas desquels la conscience joue, dont la finalité est d’une force absolue.

Dans les causes et en puissance (dans le processus mais pas dans l’acte d’étape ou terminal) « Tout était mêlé à tout ». Dans le processus « il est possible qu’il sorte quelque chose du Non-être », par exemple la maison de sa construction ou la maison d’une de ses étapes. « En puissance, [35] une même chose peut être les deux contraires ; mais, en entéléchie, elle ne le peut pas. » Pendant le processus, l’origine, l’embryon, peut à la fois être vase et tasse, homme et femme, mais ne le peut ni en acte ni même en acte se souvenant de son processus (dans le tout de l’entéléchie).

Nos contradicteurs « admettent une autre essence des choses, qui n’est soumise absolument, ni au mouvement, ni à la destruction, ni à la production [1009b] » : ni à l’accommodement schématique qui porte les choses à la lumière intelligible, ni au métabolisme sensible. Une autre essence des choses : ils n’admettent rien, ni le schéma ni le processus et l’acte donc pas le divisible et le continu. « Selon eux, ce n’est pas par le nombre plus ou moins grand des témoignages qu’il convient de juger de la vérité dans les choses » : ce n’est pas par le tout que l’on accède à la vérité. Ils doivent donc pourtant bien admettre une essence intelligible et non une disposition subjective : ils doivent donc admettre le mouvement dont les parties sont l’essence.

§13 1010a Comme le dit Aristote, ligne 5, « il est impossible de savoir la vérité sur ce qui change sans cesse, » mais ligne 20, « quoique cependant ce point même soit discutable, puisque le permutant retient quelque chose du permuté ». « Le permutant retient quelque chose du permuté » tel est l’entéléchie. Car si la rémanence sensible donne l’illusion psychologique de la continuité, le permutant (recto-verso, montagne-vallée, couleur-surface, sujet-prédicat, etc.) s’attache « nécessairement » au permuté – sans qu’il n’y ait aucune nécessité que le vrai tombe sur une disjonction plutôt que sur une autre. Ainsi sur le tout plutôt que la partie.

Aristote distingue deux inhérences au sein du mouvement, celle du permuté et du permutant, et celle de l’ensemble (l’espèce) et de l’élément : §16 « ce n’est pas la même chose de changer de quantité et de changer de qualité. En fait de quantité, nous accordons que l’être peut ne pas subsister tel qu’il est ; [25] mais il subsiste par l’espèce, à l’aide de laquelle nous connaissons toujours les choses. » Nonobstant le mouvement des parties, l’être subsiste par le tout. Il est impossible de savoir la vérité sur la quantité des parties qui change sans cesse mais l’on peut connaitre la qualité qui en sort. Par exemple, l’enfant et l’adulte demeurent le même selon l’espèce humaine : selon l’ensemble inhérent.

§15 1010a [20] « Si un être périt, c’est qu’antérieurement il aura été quelque chose : et s’il devient, il faut bien de toute nécessité qu’il y ait un être d’où il vienne et qui l’engendre, sans que d’ailleurs cette génération puisse remonter à l’infini. » Le mouvement est inhérent à une origine, indéfectiblement et immédiatement lié : l’inhérence logique à son moteur, telle est l’entéléchie où l’oubli de l’origine est absolument impossible. Un trait est toujours lié au point qui le génère, sans avoir à remonter au-delà de deux (au-delà de l’alternative).

§17 §18 [30] « Vraiment, nos philosophes auraient été cent fois plus justes d’absoudre notre monde par l’univers plutôt que de condamner l’univers aux conditions de notre monde. » Les conditions de notre monde : les ensembles et le mouvement. Car contrairement à un ensemble, l’univers, immobile, ne dépend ni des contraires ni de rien. Immobile : une espèce de tout purement logique qui ne dépend ni des parties ni des mouvements. Entre ensembles il y a mouvement des contraires. Il est plus juste de ne pas confondre et de ne pas appliquer les conditions des ensembles à l’univers. Plus juste : plus équilibré, plus vrai c’est-à-dire plus grand. Un univers inclut le point de vue qui le regarde « puisque tout est à tout », l’ensemble non. Univers : non pas l’ensemble des ensembles (dont le cas du catalogue exhaustif des catalogues ne se citant pas eux-mêmes montre le caractère contradictoire dans le terme) mais l’ouverture sans trait de frontière au-delà de tous les ensembles pris aussi grands que l’on veut, sans avoir à remonter au-delà de deux. L’univers est une vue purement intelligible, sans trait ou au-delà du trait, de même l’espace ouvert par un point, l’acte positif de la négation devant laquelle toute affirmation est le corrélatif. « Mais [30] [notre monde ...] est une parcelle qui ne compte pour rien, à vrai dire, dans l’univers entier, ou pour presque rien. »

**

§19 1010b « La sensation ne nous trompe jamais sur son objet propre ; mais la conception que nous tirons de la sensation ne doit pas être confondue avec elle. » La conception : l’intelligible ajouté. Si je vois qu’au loin une tour est carrée, c’est en disant, en pensant qu’elle est carrée que je peux me tromper (si je ne vérifie pas) : l’erreur d’une perception vient de l’intention que l’esprit ajoute aux sensations. Disons : l’erreur vient d’un mouvement de conscience ajouté. §20 Aristote fait une liste : sont ajoutés l’éloignement, la santé, la force, l’attention, l’autorité, le conflit des sensations, la disposition. « La saveur agréable, telle qu’elle est quand elle est, ne change jamais ».

§ 24 Une chose sensible n’est pas telle qu’elle est à cause de ce que l’esprit lui ajoute, « et de même [...] la réalité de la substance pour toutes choses ». Une chose sensible tient à la substance ajoutée qui tient le lieu de l’univers en termes d’objet et le lieu de l’En tant qu’Être en termes d’action. Car la matière bois n’est pas telle si la substance ligneuse n’est pas présente ni l’individu sans sa culture. Ou encore, sans le sain point de médecine, sans économie point d’entreprise, et ainsi pour ces ensembles d’actions du type Être et Être en tant qu’Être (l’un qui s’occupe seulement des autres, l’autre de tout : de soi comme des autres). Sans cette inhérence naturelle de A inclus dans B, point de nécessité : quelques éléments pourraient échapper.

§ 25 Il y a en dehors de la sensation quelque chose de différent d’elle, et qui lui est nécessairement antérieur. [1011a] Ainsi, par exemple, le moteur est par nature antérieur à l’objet qu’il meut ; et cette vérité n’en est pas moins certaine, bien que ces deux termes puissent s’appliquer réciproquement l’un à l’autre.

Par nature antérieur : logiquement. Certaines causes peuvent aussi être des effets : seul un moteur peut être absolument antérieur. Le schéma intelligible du moteur est le couple, qu’il soit biologique ou mécanique : procréation (oxydo/réduction) ou machine (qui change les forces de direction, par exemple le vent en ligne droite/rotation d’un axe, ou bien le levier ou la poulie qui met en corrélation développement/force). Le couple corrélatif est moteur, système immobile et en disjonction : créateur (donc antérieur) par simple effet de conscience. La corrélation présente dans les tableaux, les ensembles, les correspondances, sans doute toute corrélation décrit les possibles donc ouvre le sensible, de même, disons, que la place doit être nette avant de considérer autre chose.

Il est toujours concevable qu’une cause ou qu’une nature puisse manquer. Mais en termes d’inhérence, dans l’immobilité, « par logique », une cause, quand il y en a, respectivement un effet, est inconcevable sans sa contrepartie. Ce couple logique moteur cause/effet (plus généralement tout élément d’une contrepartie) est par nature antérieur au mouvement entre cause et effet. Les possibles intelligibles précèdent naturellement le sensible, telle est la thèse.

S’il n’y avait plus d’être animé il n’y aurait plus ni sensation ni intelligible mais demeurerait la structure des possibles disponibles pour faire sens à l’origine des significations alors encore absentes. L’absence sous-(en)tend une présence intelligible, un rien qui est bien quelque chose, qui fait être cette absence, donc il est impossible qu’un couple premier moteur ne soit pas. « Mais il serait impossible que les objets qui causent la sensation n’existassent pas, sans même qu’aucune sensation eût lieu. [35] »

Partager cet article

Publié par DéfiTexte - dans Aristote
commenter cet article
20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 16:46

Ajoutez que, ou bien il en est ainsi pour toutes les propositions sans exception : par exemple, une chose est blanche et n’est pas blanche, une chose est et n’est pas, et de même pour toutes les autres affirmations et [10] négations ; ou bien, il n’en est pas ainsi, et l’observation s’applique aux unes tandis qu’elle ne s’applique pas aux autres.

Aristote, Métaphysique, Livre IV, Chapitre IV, §26 1008a, traduction Saint-Hilaire prise chez M. Remacle.

Ou bien les négations sont contradictions, ou bien il n’en n’est pas ainsi et nous considérons les nuances. À la négation de A correspond l’ouverture de la périphérie des B, C, D, etc. d’un tableau dont c’est l’ensemble qui est binairement contradictoire non-A. Le contraire est soit l’ouverture de tout, soit l’opposition d’une altérité : la négation de A est B, C, D, le contradictoire est non-A. Nous le disions, la pluralité des négations successives engendre les nuances de gris par couches de hachures successives. Plus les hachures assombrissent le dessin et plus le vrai apparait hachuré et sombre ; par exemple, pour quatre éléments, trois niés, le quatrième non nié est hachuré trois fois, le dernier forcément, les autres deux fois : le plus hachuré apparait vrai. Plus la négation exclut et assombrit ce qui n’est pas le cas, plus le vrai apparaît. À force que le cas n’est ni trirème ni potier, musicien surgit.

Nous concevons ainsi que le geste positif du peintre qui superpose de la couleur pour mettre en valeur tel objet, en bleu, en jaune, fait venir le vrai dans un geste de négation : que la négation est un geste positif alors que la contradiction montre le négatif du contraste absolu. Par exemple, si je peins une tasse, le fond sur lequel elle se détache n’est pas peint : c’est le négatif qui est coloré. Si je peins ce vase à côté, le cumul des gestes positifs de négation compose le tableau.

Dans La vision après le sermon Paul Gauguin peint la prairie en rouge vermillon en contraste avec des coiffes blanches pour faire plus vrai encore – pour faire plus faux serait un non-sens : le vrai ouvre les possibles tandis que le faux stoppe l’implication. L’arbre en biais y sépare la vision et l’objet vu – la lutte de l’existence. Sa peinture est posée par touches courtes ou longues dont sortent les formes : par actes logiques plutôt que par processus gestuel. Par aplat plutôt que par l’illusion d’optique d’une perspective. Il entoure les couleurs d’un cerne pour distinguer le vrai du schéma du vrai du style.

Soit la référence est le jeu alternatif entre tableaux, soit elle est le rendu nuancé d’un tableau : soit l’alternative blanc/noir du A/non-A, soit les nuances colorées des négations de A, tel est l’enjeu du négatif. Une chose est exhaussée à l’endroit du point que l’on regarde et le second plan s’estompe ou bien, comme le dit Sartre, le regard cherche Pierre dans la foule partout tout autour : dans le non-être coloré.

Si l’observation nie et cherche toutes les choses ou propositions plutôt que contredire et s’arrêter toujours sur une focale, si « alors encore on peut nier tout ce qu’on a affirmé et affirmer tout ce qu’on a nié », alors on peut voir toutes la diversité des couleurs. Alors on s’intéresse au halo noir autour de la focale éclairée. Car si le regard s’arrête toujours sur une focale, la contradiction ne voyant jamais qu’une couleur à la fois, on est « sans pouvoir réciproquement affirmer tout [15] ce qu’on a nié » : colorer le halo. Dans la contradiction je peux en bloc remonter de non-A à A, de pile à face ; dans la négation et l’entropie je ne peux pas remonter de B, C, D à A.

Ainsi, Aristote 1008a 5 §25 dit qu’à nier toujours « il n’y a plus réellement ni Homme ni Non-homme, puisque, pour les deux, il y a aussi deux négations égales » : les contrastes s’équilibrent, les oppositions prennent la même couleur. §26 [10] Alors, « on passe condamnation sur [les propositions] auxquelles l’observation ne s’applique pas » : on condamne ceux qui négligent le non-être. Qu’une négation qui hachure et repousse le reste se trouve collée à l’affirmation comme à la contrepartie d’un bilan : « l’assertion opposée sera une assertion unique aussi ».

§27 « Si ce dernier cas a lieu, » si le regard perçoit la périphérie de la focale c’est-à-dire les couleurs du non-être (le style), alors « l’existence du Non-être devient indirectement certaine. » Indirectement : à force du travail du négatif. Alors que l’on ressent immédiatement ce qui nous entoure, comme la psychologie de la forme le constate, comme la sociologie constate les phénomènes de mode. « Dès lors, on a un principe assuré » par la sensation. « L’affirmation opposée l’est encore davantage » : plus on la nie, plus elle existe.

Un adversaire de cette division des propositions et des perceptions correspondantes ne pourrait pas même la contester car pour contester il faut effectuer cette division. Nier la division entre être et non-être la renforce. Autrement dit, l’argumentation contre la logique présuppose la logique : on ne peut ignorer la loi que l’on conteste. « L’existence du Non-être devient indirectement certaine » : par l’abandon de l’adversaire devant l’obligation d’employer la logique pour la contester. « Indirectement » : par l’intervention de l’adversaire. L’enjeu de cette division parménidienne est que sans elle on ne pourrait pas « parler et penser ».

§28 « Tout alors se confond et se réduit à l’unité » du gris « ou, si elle en diffère, ce sera cette différence qui sera vraie » : on voit le vrai dans les nuances de gris.

§29 [35] Et si l’adversaire niait ce gris, s’il « ne commettait pas cette équivoque, il y aurait sur-le-champ une assertion précise » à côté de la nôtre et notre assertion (les nuances) sera prouvée par la discussion même. §30 L’enjeu ici est de situer le lieu respectif du vrai et du faux lorsqu’ils se produisent « en même temps » : dès une affirmation le faux est rejeté en périphérie.

En même temps, « c’est là précisément ce qui est en question » : la question du lieu c’est-à-dire 1008b §31 de la « la nature [5] des choses ». « S’il n’a pas pour lui la vérité » il n’est pas dans la bonne nature, le bon lieu – le lieu naturel. Et s’il ne différencie pas, « si son esprit ne s’arrête à rien », « en quoi un tel homme se distingue-t-il d’un végétal ? »

**

§32 [15] Or personne ne croit « qu’il soit également bon ou mauvais de tomber, ou de ne pas tomber, dans un précipice » : la prudence est un équilibre dans l’action. §33 [20] « On ne traite pas toutes choses sur un pied d’égalité, ni dans ses actes, ni dans sa pensée » : de même la sagesse équilibre les connaissances, de même elle ne considère rien tout blanc tout noir sans nuance. « On se donne la peine de rechercher et de découvrir l’un et l’autre [plutôt que de] rester dans la plus parfaite indifférence ».

**

§35 Ainsi ; on ne dirait jamais avec une vérité égale que deux et trois sont des nombres pairs ; et ce n’est pas non plus une égale erreur de croire que [35] quatre valent cinq, ou de croire qu’ils valent mille.

Deux et trois ne sont pas dans les mêmes lieux du pair et de l’impair. Et l’on compte cinq bâtonnets d’un seul coup d’œil, pas mille. Dans un cas la difficulté est le lieu logique des classements, de la compréhension des ensembles, dans l’autre celle de leur extension quantitative dont les nuances procèdent. Dans un cas l’erreur est logique, dans l’autre elle est physique : « il est clair que l’un se trompe moins que l’autre, et par suite qu’il est davantage dans le vrai. » On est en logique d’avantage dans le vrai, dans la vision des ensembles, que physiquement dans les nuances. « Il faut donc aussi qu’il y ait une vérité absolue [1009a] », une logique qui tient à la vision intelligible plutôt qu’aux difficultés physiques d’un coup d’œil.

Partager cet article

Publié par DéfiTexte - dans Aristote
commenter cet article
4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 16:40

La négation : voilà qui intéressera peut-être la deuxième épreuve de l’agrégation de philosophie. Selon Aristote, (Métaphysique, CHAPITRE IV 1007b 35 §24, traduction Saint-Hilaire prise chez M. Remacle,) « si l’affirmation n’est pas vraie, la négation d’un objet différent sera vraie du premier objet plus encore que la sienne propre. » Fausse c’est-à-dire rayée, contrastée, hachurée, colorisée par la négation ; Vraie c’est-à-dire incolore à la première négation. (Il convient de schématiser pour voir). La négation dans le corps du vrai et du faux est la hachure ou cette sorte de coloration qui stoppe la disjonction relative et infinie d’un jeu de conscience entre contradictoires.

Soit le schéma suivant : deux ronds marqués p, m et t ; si l’affirmation n’est pas t, p et m sont hachurés une fois ; si l’affirmation n’est pas m, t est hachuré une fois, p deux fois : la vérité prend corps dans p, dans un état du négatif. Par ailleurs, contrairement à la négation, la contradiction ne prend pas corps : le recto ne prend pas corps dans le verso ni la montagne dans la vallée, ils y ont déjà leur corps, inhérent. Rappelons que la contradiction de A est non-A, que la négation de A est B, C, D, etc.

Si l’affirmation n’est pas vraie, en cas de négation de A vrai, le négatif B quel qu’il soit est faux : hachuré, exclu du vrai. Il n’y a pas de vérité propre à A, pas de hachure particulière, d’action propre sinon relative à B : disjonctive. Par exemple, il fait beau ou il pleut est vrai en rapport avec l’autre objet. Une action de conscience qui focalise sur un A ne conquiert pas le négatif B : ne prévoit rien. Si l’affirmation de A quelle qu’elle soit n’est pas vraie c’est-à-dire dans le cas général de la négation, cette négation place B différent dans la partie non-être de A que l’œil a à conquérir. Si maintenant l’affirmation de A n’est pas vraie, non-A vrai colore B de négatif : la négation c’est-à-dire la coloration de B sera vraie venant de A plus encore que la sienne propre, qui par elle-même est transparente.

Où l’on voit que c’est ici le non-être qui est coloré et qu’une hachure vient de l’autre objet relatif plus encore que de la sienne propre. Où l’on voit, surtout, que le vrai et la négation tiennent à des positions géographiques : à une topologie, à des variations de couleurs ; et que le vrai et le faux comme l’être et le non-être, nous l’avions vu antérieurement, tiennent comme le point et sa périphérie ; que le non-être ne peut pas être négligé comme jeu chez Parménide puisque c’est lui qui est colorisé – dans la nature. Si le jeu A non-A peut être tranché et négligé, B, C, D, etc. ne le peuvent pas. Si je vois cette fleur jaune, ce n’est pas tant parce qu’elle absorbe toutes les autres couleurs (les autres longueurs d’ondes) et rejette le jaune à mes yeux de sorte que j’en vois le négatif de l’être, mais parce qu’autour d’elle il y a le vert de l’herbe dont le jaune ressort par contraste. Je vois grâce au non-être ; l’être n’est pas éclairant.

« Si l’affirmation n’est pas vraie » cela signifie : par contraste, par différence symétrique. Chaque objet différent est différent du premier, évidemment. Que verrait-on d’un objet unique qui remplirait entièrement la vue ? Il s’agit bien du cas de l’évidence : si elle emplit la vue, on ne voit rien ; on ne voit rien du vrai si on a le nez dessus. Une coloration provient de l’acte de nier, d’exclure y compris ce qu’il y avait auparavant : une conquête.

Si l’affirmation de A raye les autres affirmations, la rayure de B viendra de A ; si A est faux, sa rayure vient de B. La négation est l’ajout de couleurs, le produit d’une action, c’est elle qui se voit ; il faut ici dessiner et peindre pour commencer à saisir l’intelligible. L’ombre, pure affirmation produite par la lumière, est cela qu’il faut conquérir – la transparence n’ayant pas de valeur philosophique.

Si cet élément n’est pas musicien alors il est rayé comme exclu des musiciens et contrasté, corrélativement, en tant que trirème ou autre chose. Mais s’il n’est pas une trirème alors il est musicien ou autre chose. « Plus encore » : si dans un schéma on grise les négations, les attributs qui ne sont ni {musicien} ni {trirème} sont grisés deux fois, chaque attribut rayé une fois par la négation d’un autre. Par exemple « potier » surgira dans le relief. Alors, « il est encore plus clair qu’il n’est pas une trirème » : dans ce cas trirème n’étant pas hachuré reste clair, le reste est contrasté par chaque négation car le contraste éclaire. « [1008a] Si donc cette dernière [affirmation] lui est applicable, celle de la trirème le lui sera aussi » : tout attribut est au moins une fois grisé dans le schéma de la négation et de l’exclusion. Autrement dit, on voit grâce aux négations et en rapport avec ces altérités : on voit l’être grâce au non-être, sans doute la vérité grâce aux peintres.

Si la négation c’est-à-dire le grisé est applicable à {musicien}, le principe sera applicable de même à tout attribut. Par exemple, si la chose n’est pas {musicien}, l’option {trirème} est hachurée en tant qu’exclue et peut-être vraie ; si la chose n’est pas {potier}, l’élément {trirème} reçoit une nouvelle hachure. Donc, « si chaque être peut recevoir sa propre négation venant de la négation d’autre chose, » son propre grisé, il peut aussi donner la négation à un autre être : {musicien} recevoir la négation de {trirème}, ainsi de suite. Où l’on voit la négation prendre corps.

Le problème est que si « toutes choses sont confondues les unes avec les autres, par cela même, il n’y a plus rien qui soit réellement existant » : confondues dans des grisés successifs, comme si la nuit tombait où les vaches sont grises disait Hegel qui s’y connait en négatif. Car chaque objet nié confond tous les autres dans une hachure ; dans le noir de trop de hachures, rien de vrai ; il convient qu’à un moment un nom éclaire – le négatif ne sera qu’un moment. L’affirmation est nécessaire à l’existence – aux tensions des conquêtes. Car de l’équilibre toujours sagesse et prudence tiennent, notamment entre négation nuancée et contradiction nette, entre multiple et alternative binaire. Le réel n’est pas comme le blanc par rapport au noir si ces couleurs étaient strictement opposées mais comme les gris et les contrastes d’une pellicule argentique, pour reprendre un modèle chez Wittgenstein. Mais qu’est le gris selon Aristote ?

§23 « C’est là, il nous semble, ne parler que de l’indéterminé ; et ces philosophes, tout en croyant parler de l’Être, ne parlent que du Non-être uniquement ; car ce qui n’est qu’à l’état de simple possibilité, et non point à l’état de réalité complète, c’est ce qu’on doit précisément appeler l’indéterminé. » Indéterminé : le tableau cartésien des possibles n’est pas complètement rempli. Chaque pixel, tout croisement entre ligne et colonne n’est pas rempli ; l’indéterminé, c’est cela le gris : des manques parmi le plein. Il nous semble : il apparaît avec la certitude de ce que notre esprit ajoute au sensible. L’être déterminé n’a pas de trous, il est entièrement coloré, nuancé, contrasté par la vérité ; un tableau cartésien complet n’a pas par-ci par-là d’intersection vide mettant quelques blancs dans du noir. Et les philosophes de la négation parlent du non-être uniquement : de B, C, D, etc. plutôt que de A et de non-A. Tandis que le déterminé considère la négation autant que la contradiction.

§24 « On n’en doit pas moins pour toutes choses exprimer [1007b 30] l’affirmation ou la négation » : être net, faire exister les choses autrement que par un cumul de négations, par les nuances d’une colorisation successive. Protagore qui choisit de soutenir à volonté que la chose est blanche ou trirème agit de la sorte toujours par nuances et par variation des couleurs, comme un peintre faisant changer la signification à force de couches. Mais « il serait absurde de soutenir que, si chaque être peut recevoir sa propre négation, il ne peut pas aussi recevoir la négation d’un autre être ». Contradiction : recevoir sa propre négation. Il serait absurde (et non pas contradictoire) que si le contradictoire existe, la négation ne pouvait pas pour autant exister aussi. Contrastes binaires et nuances coexistent dans ce qui a sens.

« Si donc on prétend que l’affirmation d’un objet différent est vraie, la négation ne l’est pas moins nécessairement. [35] » Si j’affirme musicien, non-trirème colore nécessairement musicien. Un objet différent : la négation ne vaut pas pour un seul et même objet. Nécessairement : selon l’exhaustivité des cas niés. Si j’affirme musicien, la négation autour de l’affirmation est aussi nécessaire que la périphérie ouverte par un point.

Où l’on voit encore ici que la logique donne à voir une esthétique des choses : qu’aux négations correspondent les couleurs, qu’une couleur est physiquement une négation des deux cas nécessaires : l’exclusion et le complément. Qu’à l’affirmation ne correspond pas tant la lumière que la révélation des contrastes. Enfin qu’à la logique ne correspond pas qu’une pratique de coupure mais aussi une nécessité de conquête du non-être.

Partager cet article

Publié par DéfiTexte - dans Aristote
commenter cet article
29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 16:07

lesmeninesCertes Michel Foucault analysa les Suivantes (Les Ménines) dans Les mots et les choses : l’analyse « des deux visibles incompatibles ».

Or dans Les Ménines, Vélasquez représente une confrontation des regards ainsi résumée : le peintre peint l’intelligible et représente la cour et la structure croisée des regards tandis que l’artiste en représentation en train de peindre le roi et la reine ne montre rien sinon l’envers d’un tableau.

L’enjeu du procédé est de transformer le modèle sensible du couple royal en modèle intelligible de la cour. Pour ce faire le peintre place en indice dans un miroir au fond de la pièce sombre le couple royal sensible que l’artiste regarde, l’observateur mystérieux dans la petite lumière d’une porte centrale (d’une clé), et l’affection portée à l’infante en pleine lumière. Le couple royal est l’état de chose : la périphérie, le contexte, la référence et le prétexte de la cour ou de l’intelligible. Donc l’important intelligible est en proportion du petit sensible ayant du sens, tel est le message. Le tableau est le miroir de l’intelligible tandis que l’observateur éclairé dans le sombre et le miroir du sensible placés au fond de la pièce sont tout petits – alors que le tableau vu de dos devant l’artiste présentant l’invisible (le roi intelligible) est immense, démesuré, sortant du cadre. La perspective inversée dont le point de fuite part autant du miroir que de l’observateur éclairé grandit le roi en proportion de cet envers du décor.

Il y a une disjonction infinie, une oscillation horizontale entre miroir et observateur, et une oscillation profonde entre envers et intelligible, entre sensible et modèle, entre sujets sensibles et couple royal intelligible, entre Vélasquez sensible dans le tableau et Vélasquez intelligible invisible, présent-absent, entre artiste et peintre, intérieur et extérieur au tableau. Il est signifié que n’est pas intelligible ce que l’on croit au premier abord dans un rapport à un objet esthétique : que le sensible et l’affectif est construit par un croisement de regards, subtilement que le peintre est le véritable roi en cas de rapport disjonctif, incidemment que la condition d’un donné est que l’on puisse y voir une disjonction.

L’intelligible est donné par le roi donné en reflet comme par le peintre extérieur au tableau se peignant en artiste de cour, le seul comme le bouffon à regarder le roi, ainsi que par l’intérieur du tableau, un miroir, un observateur mystérieux éclairant le fond, une lumière focale éclairant l’affectif structuré par le croisement des regards, par les regards focalisés sur l’infante et par la conception d’ensemble. Vélasquez peint l’intention des regards. Le tableau Les Ménines distingue le regard de l’artiste de cour ou du bouffon et le regard du roi confondu avec celui du peintre roi : ces regards se confrontent par le parallélisme et la rencontre s’ils ne convergent pas sur un objet d’affection.

L’artiste de cour voit le sensible et ne révèle guère que ce qu’un bouffon révèle, et c’est le peintre qui représente l’intelligible par un reflet et un observateur. Le tableau place les symboles du reflet-roi et de l’observateur dans la pénombre derrière au fond des choses, en jeu symétrique et ligne droite alors que les sujets du roi se croisent dans la lumière, dont le chien au premier plan. Le tableau place symétriquement au fond et au centre de la pièce les symboles de l’intelligible, miroir et réflexion. Si cet observateur éclairé réfléchit lui aussi, il doit être le philosophe, le jeu renvoyant l’image au mot. La focalisation qui est traditionnellement l’indice de l’intelligible, matérialisée par une luminosité particulière, est concentrée sur l’affection portée à l’infante en concurrence avec le signal faible du petit indice de cet observateur qui éclaire le sombre du fond. Le peintre Vélasquez voit les sujets de face, le roi en reflet, en miroir, en philsophie, l’art en réflexion, le tableau en acte et l’artiste en cours de processus ; l’artiste Vélasquez voit le roi de face mais ne voit pas l’état de chose : ni le reflet, ni la cour, ni la disjonction.

Le roi que l’artiste peint n’est pas le véritable rendu du peintre puisque le tableau explique l’intelligible pris au point de vue d’un roi donné en référence, en périphérie. L’artiste regarde le roi tandis que le peintre focalise sur l’infante et construit les renvois intelligibles : les intentions sont ajoutées. L’impertinence serait de montrer l’infante en tant que sujet du peintre comme l’artiste est sujet du roi. Parce que le roi et la reine ne sont pas des sujets c’est-à-dire les éléments éclairés d’un tableau mais ont une fonction de regard créateur, ils n’apparaissent dans cet objet que par un reflet qui nous regarde. Ce faisant, ce tableau fait entrer l’extérieur et l’intelligible dans l’objet car toute chose contribue à un objet (le sensible, le symbole, la dénotation et la construction, mais aussi le jeu d’ombre du clair et de l’obscur). Pour comprendre ce qu’est un roi il convient de voir qu’un modèle préside à une réalisation sensible : l’intelligible n’est pas en pleine lumière. Un objet dont les éléments sont sujets, un tableau ou un royaume avec ses parts d’ombre, est structuré par un modèle par une conception : il n’est pas produit par une simple perception.

L’artiste qui regarde le roi en vrai le voit en faux ; le peintre qui montre le roi dans un reflet de miroir et qui représente une construction intelligible le conçoit en vrai. Le miroir assure la fonction de donner le sensible à l’intelligible. Or ce tableau de Vélasquez n’est pas un miroir mais corrélativement la fonction de donner l’intelligible au sensible. Ce tableau n’est pas un miroir sinon il représenterait un roi et une reine mais un prisme de (dé)composition qui en livre l’esprit. Dans cet autoportrait subtil, le peintre peint l’artiste mais donne à voir sa conception : un reflet intelligible. Le peintre-roi n’a pas le même regard que l’artiste de cour ; l’un regarde le sensible extérieur, l’autre rend l’intelligible intérieur et fait entrer l’esprit dans les objets comme le roi fait entrer l’état (l’État) dans les choses : confrontation frontale et constructive des regards distincts et duels.

**

À l’intérieur du tableau, centré comme le miroir et en symétrie, l’observateur se tient dans la lumière au pas d’une petite porte, dérobée peut-être et tenant ce sensible à la main, s’y appuyant. Un observateur en mouvement mystérieux qui n’entre ni ne sort et prêt à partir. Il tient sa place au fond des choses et voit de dos les spectateurs éclairés c’est-à-dire l’invisible, l’invisible pour nous du tableau dans le tableau. Cet observateur ouvre un espace de lumière à côté du miroir derrière le sensible éclairé. Ce philosophe dans la lumière vive mais à peine visible est à l’ouverture en équilibre oscillatoire entre l’entrée et la sortie, alors que Vélasquez reste extérieur. Comme le miroir présente le dehors au fond, ce philosophe regarde du dedans et du fond ce qui se passe derrière. Le philosophe, sujet organisé par une composition (un sujet est l’élément organisé dans un objet, ainsi le sujet grammatical d’un verbe dans une phrase), qui se tient à ce qu’il touche, sans vraiment entrer ni sortir, entrant tout en étant prêt à partir, est celui dont le regard espionne le sens. Du fond, il est le seul à voir à la fois le roi et les dos ou l’envers des situations. Ici, le philosophe se tient en tout petit dans la lumière mais une lumière qui n’est pas focalisée. Tandis que le peintre porte la lumière qui focalise sur l’infante et l’objet affectif.

Si l’on compare des intentions comparables et exceptionnelles, ni Les Ménines ni le tableau de Picasso Le peintre et son modèle ne représentent de modèles sensibles (sinon la femme n’y serait pas à la fois de face et de profil), mais proprement des modèles intelligibles. Le modèle proprement modèle est vu par le peintre-roi comme un intelligible soutenant le sensible. Le vrai modèle se trouve en référence en tête et non pas mannequin en couverture d’un journal de mode ; il est en esprit d’abord, composé, renvoyé par le sensible et pas seulement le faire-valoir sensible d’un renvoi à graver en mémoire. Ici ce sont autant les traits de structure qui joignent les regards des courtisans que les dénotations philosophiques qui agissent dans la confrontation des regards : philosophe, artiste-peintre et reflet. Le modèle ici est une conception d’ensemble et non un reflet partiel. Philosophe, miroir, peintre, sont les trois vecteurs de l’intelligible, et la focalisation ou la lumière celui du sensible. Le modèle n’est pas une idée programmatique platonicienne, ni une convention chez Wittgenstein, mais un acte de perfection livré d’emblée.

L’artiste jetant un coup d’œil est visible mais le peintre roi livrant des perceptions plus que des sensations ne l’est pas. Un pas sépare l’artiste du peintre, l’un visible à l’œil, l’autre incarné par son tableau, l’un et l’autre en disjonction infinie ; tandis que le philosophe en lumière est incarné par l’oscillation entrée/sortie sans pas. Le top-modèle sensible qui pose et le modèle intelligible de soutien sont inhérents, l’un tenant indéfectiblement l’autre, logiquement absolument indissociables. Donner l’intelligible logique : tel nous semble le message résumé de ce tableau.

Partager cet article

Publié par DéfiTexte - dans Esthétique
commenter cet article
2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 10:35

Le texte d’Anaxagore est lu chez M. Remacle ici : http ://remacle.org/bloodwolf/philosophes/anaxagore/fragments.htm

Fragment 5 et 6

« En tout il y a une part de tout, sauf du nous ; mais il y a des êtres où le nous existe aussi » ; sauf du nous : le nous ne décante pas comme l’huile et l’eau mais en lui des parties participent de ce tout. Car il y a des êtres, non pas qui contiennent un part de nous mais qui y participent. Problème du mélange ; distinction du contenu et de la participation. Chimie et sociologie, choses et esprit, ne fonctionnent pas pareil : l’une contenue décante, l’autre pas. Donc critique fondamentale, la participation sociale (mais aussi par ailleurs la décantation) est une notion qui échappe à Aristote ainsi qu’à la logique des découpages du genre vrai/faux. Or l’individu participe du social, par exemple de la ville, de son ambiance, de sa mentalité.

Seul le nous est infini, agissant par lui-même, sans mélange avec aucune chose ; il subsiste seul isolé à part soi. Car s’il n’était pas à part soi, mais mêlé à quelque autre chose, il participerait de toutes choses, en tant que mêlé à celle-là, puisqu’en tout il y a une part de tout.

Le nous est infini c’est-à-dire sans structure, il nous influence par lui-même, il est esprit sans mélange avec des corps (alors que l’huile se mélange avec l’eau), personnalité isolée de celle d’autres nous, de nous étrangers : il n’est pas un produit chimique. Les éléments chimiques ne sont pas structurés, ils agissent par soi, par automouvement, mais seul le nous est sans mélange, parfaitement séparé. Le nous n’est pas comme une maison mêlée à la ville et un arbre mêlé à la nature, contenus, mais comme l’esprit de la ville ou de la forêt, sa personnalité sociale sans mélange. Où l’on voit Spinoza inspiré. « C’est, de toutes choses, ce qu’il y a de plus subtil et de plus pur » : un esprit collectif. « Il possède toute connaissance de tout et sa force est au plus haut degré », d’une force faible comme la pesanteur capable de régir l’univers, sa « révolution générale et en a donné le branle ». « Il a tout ordonné », le futur, les différenciations, « et aussi cette révolution même qui entraîne les astres ».

Des choses, « chacune est pour l’apparence ce dont elle contient le plus » : plus de commerçants ici, plus d’ouvriers là ; mais de l’esprit la participation est totale. Car, dit Anaxagore fragment 11, « la force est produite par la vitesse, et leur vitesse ne ressemble en rien à celle des choses qui sont maintenant chez les hommes » : la force divine de la personnalité sociale ne tient pas à la vitesse, elle n’en n’a pas, mais seulement de la masse, de l’inertie, de l’esprit chez les humains (à l’époque moderne elle tient aussi à la vitesse des choses).

Fragment 7

« Quand le nous a eu commencé à mouvoir, dans tout ce qui a été mû il y a eu distinction » : l’esprit de la ville meut les individus ; les rues, les maisons, les commerces apparaissent : ils institutionnalisent l’esprit. « Mais la révolution des choses ainsi mues et séparées les a fait se séparer encore davantage » : les villes et les peuples se sont séparés.

Fragment 8 et 9

« Le dense, l’humide, le froid, l’obscur se sont concentrés là où est maintenant la terre » : l’automouvement de décantation produit les concentrations physiques et humaines : il en va des mouvements sociaux comme des mouvements physiques. « Le dilaté, le chaud, le sec et le lumineux se sont retirés vers le haut de l’éther » : car si le mécanisme chimique est la décantation, l’esprit aussi va vers le haut.

Fragments 14 et 15. « Après cette séparation de toutes choses, il faut savoir que le tout n’est en rien ni plus grand ni plus petit » : après décantation, la masse totale ne change pas. Par la décantation, « il n’est pas possible que l’être soit anéanti par la division ». « De même, par rapport au grand, il y a toujours un plus grand, » : la décantation est processus infini bien qu’asymptotique ; « et il est égal au petit en pluralité, » : elle préserve la pluralité d’origine ; « et en elle-même chaque chose est à la fois grande et petite » : grande dans le volume mélangé, petite dans sa partie décantée.  

Fragment 16

Or précisément, le social chez Anaxagore n’agit pas par décantation : tout ne bouge pas avec le temps ; il est inutile de donner du temps au temps. Le pardon serait produit d’une décantation sociale impossible dans l’histoire. Dans la décantation il y a « égalité de sort entre le grand et le petit », entre l’huile et l’eau ; « il peut, de la sorte, y avoir de tout en tout » : du fait des mélanges. Mais socialement il n’y a pas égalité de sort parce que le souvenir ne décante pas. Il n’y a pas chez Anaxagore de jugement dernier, d’état social décanté où les justes se trouvent parmi les justes. « Rien ne peut être isolé, mais tout participe de tout » : car si vous isolez physiquement, artificiellement une partie elle va encore elle-même décanter et faire comme le reste.

Le principe créateur d’ensembles ne pouvant pas être isolé (car un ensemble n’est pas fondé de haut en bas par une loi mais inhérent à elle comme chez Spinoza), rien, aucun ensemble ne peut être isolé de son esprit. L’huile et l’eau peuvent être isolées mais le principe de décantation, lui, ne peut pas être isolé. Un principe ne décante pas car il est pur et agit tout le temps ; de même le nous chez les humains. Dieu ou le principe ne nous abandonne pas avec le temps comme l’huile abandonne l’eau.

Le mélange huile-eau peut être divisé mais jamais totalement isolé c’est-à-dire décanté. La décantation est un processus infini, ne tenant pas à une structure « puisqu’il n’y a pas de minimum » ; donc rien ne peut être découpé et mis « à part soi ». « Encore maintenant comme au commencement, toutes choses sont confondues » : depuis le temps, le trouble et les processus de clarification existent toujours. Et « toujours », « en tout », il reste des choses à décanter : « toujours égalité de pluralité ».

Fragment 10

« Des hommes se sont formés, ainsi que tous les autres êtres vivants qui ont une âme ; » car avoir une âme c’est être un être social. « Ces hommes ont des villes qu’ils habitent et des champs qu’ils cultivent comme nous ; ils ont le soleil, la lune et le reste comme nous ; » car chez Anaxagore, il en va de la sociologie applicable à tout être sociable « comme nous » comme il en va de la cosmologie. « La terre leur produit en abondance toutes sortes de plantes ; ils récoltent les plus utiles et s’en servent pour leurs besoins » : selon l’apport nutritif en homéomères chimiques et spirituels.

Partager cet article

Publié par DéfiTexte - dans Fragments
commenter cet article
Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog