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Jeudi 2 mai 2013 4 02 /05 /Mai /2013 10:35

Le texte d’Anaxagore est lu chez M. Remacle ici : http ://remacle.org/bloodwolf/philosophes/anaxagore/fragments.htm

Fragment 5 et 6

« En tout il y a une part de tout, sauf du nous ; mais il y a des êtres où le nous existe aussi » ; sauf du nous : le nous ne décante pas comme l’huile et l’eau mais en lui des parties participent de ce tout. Car il y a des êtres, non pas qui contiennent un part de nous mais qui y participent. Problème du mélange ; distinction du contenu et de la participation. Chimie et sociologie, choses et esprit, ne fonctionnent pas pareil : l’une contenue décante, l’autre pas. Donc critique fondamentale, la participation sociale (mais aussi par ailleurs la décantation) est une notion qui échappe à Aristote ainsi qu’à la logique des découpages du genre vrai/faux. Or l’individu participe du social, par exemple de la ville, de son ambiance, de sa mentalité.

Seul le nous est infini, agissant par lui-même, sans mélange avec aucune chose ; il subsiste seul isolé à part soi. Car s’il n’était pas à part soi, mais mêlé à quelque autre chose, il participerait de toutes choses, en tant que mêlé à celle-là, puisqu’en tout il y a une part de tout.

Le nous est infini c’est-à-dire sans structure, il nous influence par lui-même, il est esprit sans mélange avec des corps (alors que l’huile se mélange avec l’eau), personnalité isolée de celle d’autres nous, de nous étrangers : il n’est pas un produit chimique. Les éléments chimiques ne sont pas structurés, ils agissent par soi, par automouvement, mais seul le nous est sans mélange, parfaitement séparé. Le nous n’est pas comme une maison mêlée à la ville et un arbre mêlé à la nature, contenus, mais comme l’esprit de la ville ou de la forêt, sa personnalité sociale sans mélange. Où l’on voit Spinoza inspiré. « C’est, de toutes choses, ce qu’il y a de plus subtil et de plus pur » : un esprit collectif. « Il possède toute connaissance de tout et sa force est au plus haut degré », d’une force faible comme la pesanteur capable de régir l’univers, sa « révolution générale et en a donné le branle ». « Il a tout ordonné », le futur, les différenciations, « et aussi cette révolution même qui entraîne les astres ».

Des choses, « chacune est pour l’apparence ce dont elle contient le plus » : plus de commerçants ici, plus d’ouvriers là ; mais de l’esprit la participation est totale. Car, dit Anaxagore fragment 11, « la force est produite par la vitesse, et leur vitesse ne ressemble en rien à celle des choses qui sont maintenant chez les hommes » : la force divine de la personnalité sociale ne tient pas à la vitesse, elle n’en n’a pas, mais seulement de la masse, de l’inertie, de l’esprit chez les humains (à l’époque moderne elle tient aussi à la vitesse des choses).

Fragment 7

« Quand le nous a eu commencé à mouvoir, dans tout ce qui a été mû il y a eu distinction » : l’esprit de la ville meut les individus ; les rues, les maisons, les commerces apparaissent : ils institutionnalisent l’esprit. « Mais la révolution des choses ainsi mues et séparées les a fait se séparer encore davantage » : les villes et les peuples se sont séparés.

Fragment 8 et 9

« Le dense, l’humide, le froid, l’obscur se sont concentrés là où est maintenant la terre » : l’automouvement de décantation produit les concentrations physiques et humaines : il en va des mouvements sociaux comme des mouvements physiques. « Le dilaté, le chaud, le sec et le lumineux se sont retirés vers le haut de l’éther » : car si le mécanisme chimique est la décantation, l’esprit aussi va vers le haut.

Fragments 14 et 15. « Après cette séparation de toutes choses, il faut savoir que le tout n’est en rien ni plus grand ni plus petit » : après décantation, la masse totale ne change pas. Par la décantation, « il n’est pas possible que l’être soit anéanti par la division ». « De même, par rapport au grand, il y a toujours un plus grand, » : la décantation est processus infini bien qu’asymptotique ; « et il est égal au petit en pluralité, » : elle préserve la pluralité d’origine ; « et en elle-même chaque chose est à la fois grande et petite » : grande dans le volume mélangé, petite dans sa partie décantée.  

Fragment 16

Or précisément, le social chez Anaxagore n’agit pas par décantation : tout ne bouge pas avec le temps ; il est inutile de donner du temps au temps. Le pardon serait produit d’une décantation sociale impossible dans l’histoire. Dans la décantation il y a « égalité de sort entre le grand et le petit », entre l’huile et l’eau ; « il peut, de la sorte, y avoir de tout en tout » : du fait des mélanges. Mais socialement il n’y a pas égalité de sort parce que le souvenir ne décante pas. Il n’y a pas chez Anaxagore de jugement dernier, d’état social décanté où les justes se trouvent parmi les justes. « Rien ne peut être isolé, mais tout participe de tout » : car si vous isolez physiquement, artificiellement une partie elle va encore elle-même décanter et faire comme le reste.

Le principe créateur d’ensembles ne pouvant pas être isolé (car un ensemble n’est pas fondé de haut en bas par une loi mais inhérent à elle comme chez Spinoza), rien, aucun ensemble ne peut être isolé de son esprit. L’huile et l’eau peuvent être isolées mais le principe de décantation, lui, ne peut pas être isolé. Un principe ne décante pas car il est pur et agit tout le temps ; de même le nous chez les humains. Dieu ou le principe ne nous abandonne pas avec le temps comme l’huile abandonne l’eau.

Le mélange huile-eau peut être divisé mais jamais totalement isolé c’est-à-dire décanté. La décantation est un processus infini, ne tenant pas à une structure « puisqu’il n’y a pas de minimum » ; donc rien ne peut être découpé et mis « à part soi ». « Encore maintenant comme au commencement, toutes choses sont confondues » : depuis le temps, le trouble et les processus de clarification existent toujours. Et « toujours », « en tout », il reste des choses à décanter : « toujours égalité de pluralité ».

Fragment 10

« Des hommes se sont formés, ainsi que tous les autres êtres vivants qui ont une âme ; » car avoir une âme c’est être un être social. « Ces hommes ont des villes qu’ils habitent et des champs qu’ils cultivent comme nous ; ils ont le soleil, la lune et le reste comme nous ; » car chez Anaxagore, il en va de la sociologie applicable à tout être sociable « comme nous » comme il en va de la cosmologie. « La terre leur produit en abondance toutes sortes de plantes ; ils récoltent les plus utiles et s’en servent pour leurs besoins » : selon l’apport nutritif en homéomères chimiques et spirituels.

Par DéfiTexte - Publié dans : Fragments - Communauté : Philosophie académique
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Mercredi 17 avril 2013 3 17 /04 /Avr /2013 19:24

On retombe alors aussi dans la doctrine d’Anaxagore : « Toutes choses sont confondues les unes avec les autres ».

Aristote, Métaphysique, Chapitre IV 1007b 25 §23

Entre Anaxagore et Aristote il y a confrontation des modèles : l’expression « tout est dans tout » est inadmissible pour la logique mais admissible pour la chimie des mélanges. Un modèle est un regroupement d’axiomes, un présupposé plus général que celui d’axiome. Ainsi, la chimie admet la décantation, que tout est dans tout, parfois seulement un certain temps mais que la pureté des séparations est asymptotique. Parfois un certain temps et selon l’incertain ; par exemple selon le cas l’eau et l’huile ou l’eau et le vin. Alors ajoute Aristote, « et, par cela même, il n’y a plus rien qui soit réellement existant ».

Tandis que la logique nie cela : les traits de séparation sont nets et immédiats. L’acte philosophique par excellence atteint le dialogue des modèles que Nietzsche admire chez les Grecs anciens ; au sommet, les combats d’opinion entre modèles sont aporétiques.

Le texte est lu chez M. Remacle ici : http ://remacle.org/bloodwolf/philosophes/anaxagore/fragments.htm

Doxographie

1.      Rapportée par Théophraste

Anaxagore est un philosophe du principe de la génération : des corps quelconques homéomères génèrent un autre différent. Homéomères : de contenus semblables, simples et homogènes, ainsi deux molécules, « inengendrés et impérissables » quoique de forme différente, ainsi les atomes. Par exemple, les molécules de calcium du lait ressemblent aux os et les produisent : calcium et os, fer, vitamines, plutôt que l’homme et la femme.

Les atomistes admettent la composition et la décomposition se produisant par changement mais pas la création ou la destruction qui jaillissent au-delà d’une quantité par saut qualitatif. « Il n’y a pas eu un coup de hache pour retrancher le chaud du froid » dit Anaxagore au fragment 13. Si qualité et quantité se distinguent, si le modèle est la distinction plutôt que la différentiation, tout n’est pas dans tout. Les corps « paraîtraient naître et se détruire par suite de simples compositions et décompositions, tous étant dans tous, et chacun étant caractérisé par ce qui y prédomine. » L’eau et la terre produisent la plante parce que l’eau et la terre sont l’un dans l’autre. Selon que les bons homéomères dominent, la vie se développe.

Mais, sans doute dirait Aristote, on ne peut rien dire de la terre à partir de l’eau ni de l’eau à partir de la terre (ni implication, ni génération) : terre et eau sont mélangées, pas incluses. Pour lui, seuls des ensembles logiques sont semblables en tant que tels (intelligibles) et par définition homogènes. Alors les homéomères ne pourraient pas être semblables si l’essentiel plutôt que la quantité y prédomine. Seuls les éléments logiques seraient simples, même s’ils sont des ensembles.

« Anaxagore dit en effet : "Dans tout il y a une part de tout" et "chaque chose est, pour l’apparence, ce dont elle contient le plus". » Il est sans doute possible pour Aristote qu’un ensemble soit dans un ensemble mais si la chose est blanche, son attribut blanc n’est pas ce dont la chose contient le plus mais exactement autant que le sujet, sinon elle ne serait pas adéquate. Et si la proportion est la plus grande, le blanc n’est plus attribut mais prédicat et généralité. Car c’est pour la génération, pas pour l’apparence, que la chose produit ce dont elle contient le plus. Pour l’apparence, c’est l’essence qui détermine la chose, pas la généralité, pas « le plus » mais le moins. L’adéquat, et non pas la quantité des forces et des luttes, est un présupposé de la phénoménologie.

Si « la formation de l’or ou de la terre fut possible, parce qu’il y avait dans l’univers de l’or et de la terre » c’est parce que rien ne se crée mais que tout se transforme. En effet alors, la conception du monde est que tout est dans tout, comme le reproche Aristote Métaphysique, Chapitre IV 1007b 25. Il dit : « dans la doctrine d’Anaxagore : "Toutes choses sont confondues les unes avec les autres" ; et, par cela même, il n’y a plus rien qui soit réellement existant. » Où l’existence n’est plus une tension logique entre oppositions, réelle, mais naturelle entre négations comme encore chez Hegel.

« Anaxagore, comme cause du mouvement et de la genèse, posa l’intelligence » : directement créatrice. Chez Aristote, l’intelligence est cause de la logique, de la stabilité, et donc de la métaphysique, du mouvement. La création du ciel et de la Terre est soumise à la logique et à la métaphysique, à un premier moteur laïque et donc indirectement à l’intelligence. L’enjeu du premier moteur, c’est-à-dire d’un couple, est le choix des Aristotéliciens, partisans d’une médiation, raison, sciences. Aristote n’est pas partisan d’une intelligence directement créatrice comme celle de la nature, de la société, de Dieu.

Alors, en chimiste, Anaxagore admet « les principes matériels en nombre infini » et le mélange : matériels intelligents plutôt qu’intelligibles, et un nombre infini créateur plutôt qu’un nombre restreint à un premier moteur c’est-à-dire au couple stabilité/mouvement. Infini : déstructuré, suivant une opinion reprise par Wittgenstein. Il admet le mélange en tant qu’intelligence donc le couple intelligence/infini (principe actif/sans structure), ou encore le mélange de tout dans tout sensible/intelligible, ce que n’admet pas Aristote.

« La défaillance de la Lune » (éclipses) est une preuve du mélange des corps simples dans l’univers. Une autre preuve : que l’eau de la mer « filtrant à travers la Terre et la lessivant devient salée ».

2.      Analysée par Cicéron

« Il n’a pas vu qu’il ne peut y avoir dans l’infini, de mouvement joint et inhérent à un sentiment, ni pas davantage de sentiment que n’éprouverait pas la nature tout entière. » Anaxagore admet le mélange de l’ordonnance et de l’intelligence, mais il n’a pas vu que mouvement et sentiment sont absolument hétérogènes, ni qu’un sentiment se confond sans mélange avec la nature. « D’autre part » si tout est dans tout, « il y aura quelque chose d’intérieur » à l’intelligence « d’après quoi cet être animé sera nommé » (l’essence). Or l’intelligence est ce qu’il y a de plus intérieur. « Il faut donc l’entourer d’un corps extérieur. Mais cela ne lui plaît pas, et son intelligence, » ni intérieure ni extérieure, donc « pure et sans mélange, (...) paraît dépasser les forces de notre pensée. » Je ne suis pas certain sans aller aux textes ici qu’Aristote admettrait qu’un sentiment ne soit pas un mouvement de l’âme ou que la nature ait un sentiment ou une finalité. Ni que l’intelligence soit une matière intérieure ou qu’elle soit une substance contenant une essence en son sein. Car l’essence est vue de l’extérieur par l’intelligence comme un objet (logique) par un regard.

3.      Précision d’Aetius

« De ce que ces parties contenues dans la nourriture sont semblables aux substances qui en sont formées, il les a appelées homéoméries ».

Par exemple, nos os formés par le calcium du lait, etc. « L’intelligence les a séparées et ordonnées. Il faut l’approuver de ce qu’à la matière il a ajouté l’artisan » : que la matière est active.

Fragments d’Anaxagore

La précision d’Aetius permet une lecture d’Anaxagore en tant que chimiste parmi les physiciens : telle nous apparaît son originalité.

Fragment 1

« Toutes choses étant ensemble, aucune n’apparaissait, par suite de sa petitesse » : éléments chimiques. Car il se produit que les choses « l’emportent par le nombre et par le volume » : que les choses l’emportent c’est-à-dire agissent comme des soldats vivants. « Tout était occupé par l’air et par l’éther, qui sont tous deux infinis » : tout est plein alors qu’un ensemble contient le vide ; et sans structure, comme l’air, c’est-à-dire infini. « Car de toutes les choses, ce sont celles-là qui l’emportent par le nombre et par le volume » : celles-là, savoir les choses sans structure, qui l’emportent par le nombre, pas par l’organisation.

Fragment 2

« Avant la distinction, toutes choses étant confondues ensemble, aucune couleur n’apparaissait » : c’est la distinction logique qui fait que tout n’est pas dans tout ; mais à l’origine du monde elle n’existait pas.

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Jeudi 28 mars 2013 4 28 /03 /Mars /2013 19:10

Aristote, Métaphysique, CHAPITRE IV 1007b

§19 « Il ne se peut jamais que l’attribut soit attribué à un autre attribut » : par exemple blanc et musicien (ou bleu). « À moins que tous les deux ne soient les attributs d’une seule et même chose » : à moins que leur unité soit assurée par cela qu’ils appartiennent à un même ensemble de référence. Par exemple, si Socrate est blanc et musicien : « parce que l’un et l’autre sont des attributs possibles de l’homme ». « Par exemple, Socrate blanc [10] ne peut recevoir encore un autre attribut », musicien, sauf s’ils sont dits d’un même homme (d’un même ensemble de référence).

§20 Donc « il y a des attributs de ces deux choses » : ceux qui appartiennent ou non à un même ensemble de référence. Il est correct donc vrai de dire « Blanc est un attribut de Socrate » si Socrate est une référence qui inclut le blanc. « Dans la série remontante » : en remontant vers la référence, vers l’inclusion c’est-à-dire « au-dessus ». Dans ce cas, « la combinaison ne peut aller ici au-delà de deux [… le sujet et le prédicat, l’attribut et le sujet] ne peuvent être en nombre infini dans la série remontante ». Si l’on dit que Socrate est blanc est musicien « il ne pourrait jamais se former une unité individuelle quelconque » : cela ne se dit pas, c’est donc faux, sans unité de référence possible, car le langage reflète ce que la chose est. Où l’on voit une théorie référentielle du vrai où le logos générateur est le vrai.

§21 « À plus forte raison » le cas de l’intersection qui dépend du référentiel à la fois blanc et musicien car elle est en quelque sorte une double inclusion (de parties). Intersection où « le premier n’est pas plus l’attribut du second que le second ne l’est du premier » : les points communs en inclusion respectives. « Pour ceux-ci, ce ne sont pas [15] des attributs attribués à des attributs » puisque, disons, blanc et musicien ne s’incluent pas, mais des attributs communs. Puisqu’il y a des intersections essentielles, « par conséquent, tout n’est pas accident et attribut, comme on le dit ; et il y aura un terme aussi pour désigner l’être en tant que substance », un autre pour désigner l’être en tant qu’essence.

Si le jugement les réunit, A et B peuvent soit coïncider, soit plus ou moins s’inclure. L’attribut coïncide avec le sujet, la substance inclut le sujet ; par exemple, cet objet est rouge, soit accidentellement de ce rouge-là, soit « en tant que » il appartient à ce qui est rouge. Dans un cas il est rouge, dans l’autre il apparaît en tant que rouge, comme représentant (comme la santé représente le sain, etc.)

Il y a des éléments formant l’unité d’un ensemble « comme l’attribut de Musicien appliqué à Socrate », d’autres en intersection lorsque les attributs se restreignent : dont l’unité d’éléments est l’intuition d’intersection. Les éléments en question ne sont pas atomiques sinon ils ne pourraient pas être en intersection ; car « dans la série remontante » signifie que l’on voit l’élément comme un ensemble : ici point d’atomisme. Voir comme : la logique nécessite un regard poétique, car la création vient de ce que la conscience voit, celui de voir l’individu comme un sous-ensemble.

L’enjeu est de manipuler les attributs avec parcimonie et attention : la philosophie n’ajoute des adjectifs que pour réduire l’extension d’un prédicat ; Socrate exceptionnel est homme laid endurant. L’acte philosophique tient dans la correspondance et l’acte poétique qui multiplie les adjectifs, les adjonctions élémentaires, est un acte de création des essences intersectives : l’acte poétique est essentiel au sens propre. L’acte est d’englober un sujet dans un prédicat c’est-à-dire un ensemble plus grand que lui puis de préciser par une intention supplémentaire, poétique, une partie intersective de ce prédicat en adéquation avec lui.

§22 « Si les contradictoires étaient toutes également vraies relativement à la même chose, tout dès lors [20] serait confondu avec tout. » La contradiction est affaire d’ensembles indépendants, pas d’intersections ou d’inclusions. Blanc et musicien n’ont rien à voir l’un avec l’autre, musicien est une des négations possibles de blanc et un élément contradictoire car disjoint, ceci selon la graphie et la sonorité, le mot, et selon la chose, le schéma. On a beau regarder, on ne voit rien, aucun point commun entre ce qui est blanc et ce qui est musicien ; sinon tout serait confondu avec tout, ce qui est le cas dans un référentiel.

Mais selon l’intention, en ajoutant une disposition, en rapprochant les choses, une intersection puis éventuellement une inclusion apparaît : une partie essentielle apparaît entre les touts. Tout à coup, on voit un musicien blanc parmi ce qui est blanc.

Ces contradictoires ne sont plus toutes également vraies puisqu’une partie vraie fait la différence : une intersection ou une inclusion. Il existe à un moment c’est-à-dire en un lieu (le temps dépend du lieu et d’une densité) du blanc référentiel sur fond de quoi se détache un musicien – un musicien blanc.

« Si quelqu’un trouve que l’homme n’est pas une trirème, l’homme évidemment n’est pas une trirème ; mais il l’est, si la contradictoire [25] est également vraie. » Trouver : ajouter un argument ou bien une représentation ; car l’évidence tient à ce que l’intention ajoute. Par exemple, c’est par une diagonale ajoutée qu’il devient évident qu’un carré est de surface double du premier. Mais l’homme serait une trirème si un ensemble et une loi ne venaient rajouter un trait de séparation entre les choses. Sans trait, tout serait dans tout, comme dans l’univers ouvert ou bien en chimie. Sans trait le physicien semble perdu hors structure, dans l’infini et l’enjeu est qu’avec cette nécessité des traits, structures ou schémas, Aristote ne comprend pas Anaxagore le chimiste chez qui tout est dans tout (nous le verrons).

§22 « Or, s’il en est ainsi, on a démontré par cela même que les contradictoires ne peuvent jamais être attribuées simultanément à une seule et même chose. » Car, s’il en est ainsi, parce que l’ensemble {attribut} inclut ou bien coïncide avec l’élément {sujet}, ce n’est pas Musicien et Blanc ou homme et trirème qui sont attribués à Socrate mais leur point commun, s’il existe.

S’il n’en est pas ainsi, si l’on ne possède pas la vision eidétique des intersections objectives (essences) « l’on peut indifféremment ou tout affirmer ou nier tout, comme sont forcés de le soutenir les partisans de la théorie de Protagore. » Pour lui notamment, « l’homme est mesure de toute chose », d’abord de ce qui existe : arpentage, aunes et étalons, juge de la sentence et fondateur des lois plutôt que les dieux, et maintenant organisateur de la nature. Ensuite maître de faire exister, soutenir ou supprimer les choses. Ainsi le sophiste se fait fort de soutenir ce qu’il veut : tout tient à l’action personnelle alors que les arguments s’imposent impersonnellement : par soi.

Par DéfiTexte - Publié dans : Aristote - Communauté : Philosophie académique
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Lundi 4 mars 2013 1 04 /03 /Mars /2013 13:24

Suivant notre interprétation du vocabulaire d’Aristote basée sur la vérification qu’elle fonctionne sans aucune exception pour rendre compte du texte, sujet signifie ensemble, attribut signifie élément. Prédicat et attribut se distinguent ; par exemple, si le vase est blanc, blanc est soit le prédicat général de l’ensemble des blancs {blanc comme tous les objets blancs}, soit l’attribut adéquat à ce vase étant d’un certain blanc dans son état accidentel. Car l’attribut est un élément unique, par exemple ce blanc particulier adéquat au sujet. L’attribut est un complément du sujet qui ne l’inclut pas mais lui convient, une qualité inhérente à une quantité. Si le prédicat est substantiel, il est accidentel en tant qu’ensemble ; le complément donc autant le prédicat que l’attribut est accidentel, l’universel étant un cas de l’accidentel.

Le prédicat est un ensemble qui inclut le sujet ; par exemple, blancheur ou Socrate est un sujet n’incluant rien (il est une qualité). Et si la grammaire est science de l’esprit, science est prédicat du sujet grammaire et dans le sujet esprit qui est dit des sujets science et grammaire (ce qui est dit du sujet l’englobe). Nous l’avions vu, ce vocabulaire signifie que grammaire est dans science qui est dans esprit. Car Aristote n’avait à disposition que le formalisme grammatical pour rendre compte de la logique. Et {science} est aussi attribut de {grammaire} au sens d’une manière d’être unique, une qualité, car on dit que la grammaire est cette science-ci ou que cette science participe d’un certain esprit bien particulier.

En effet, voici la différence de la substance et de l’attribut. Par exemple, la blancheur n’est qu’un accident et un attribut de l’homme, parce que l’homme peut avoir la blancheur, c’est-à-dire peut être blanc ; mais sa substance n’est pas la blancheur.

Aristote, Métaphysique, Chapitre IV §18 1007a 30

L’attribut blancheur est une qualité possédée accidentellement par l’homme, en surface, un phénomène, tandis que l’homme est de part en part c’est-à-dire inclus dans l’ensemble {blanc}, quand il est substantiellement blanc, en tant qu’être. La blancheur implique donc engage le blanc comme l’élément l’ensemble : la substance ne peut pas être blancheur parce que la substance est forcément ensemble et blancheur élément. Possibilité : un des cas d’une table de vérité, d’une table des pixels possibles ; il peut avoir : il occupe alors une des positions dans la table : il y a plus ou moins de pixels blancs dans son tableau, d’éléments blancs de cette substance ; la blancheur est un accident de possession de quelques pixels. Où l’on voit que la Métaphysique où l’être tient de l’avoir, du « il y a » en position, est une propédeutique de l’Organon.

La substance, le lieu corrélatif de la matière, est l’en tant qu’être qui ne peut qu’être un ensemble ; par exemple, homme ou blanc, substance de Socrate. Socrate est alors une matière au sens de cette logique, mais respectivement un sujet en tant qu’ensemble d’organes, de quanta intérieurs. Sujet qui ici ayant un sens logique peut sans contradiction avoir aussi le sens naturel de soumis à ce qu’il a d’intérieur intime. De même le sain engage la santé et la discipline du corps génère le sain. Autant grammaticalement que logiquement (l’un reflétant l’autre, ce lien existant manifestement chez Aristote avant la philosophie analytique), l’attribut est inhérent au sujet comme l’élément exprime quelque chose de l’ensemble par un lien d’état, ainsi blancheur pour l’état de chose blanc. La correspondance accidentelle d’état distingue le lien vers une surface (paraître ou sembler) et vers un lieu (demeurer ou rester).

§19 « Si l’on ne peut jamais exprimer que des accidents et des attributs, alors il n’y a plus de primitif auquel l’attribut puisse s’adresser » : s’il n’y a que des éléments, il n’y a plus de sujet corrélatif, plus de liaison à un ensemble. Sans ensemble, alors l’être primitif au complément, antérieur, devrait être tu : il ferait partie de ce que l’on ne peut pas dire.

« Si l’accident indique toujours [35] une attribution à un sujet, selon la catégorie, [1007b] on se perd nécessairement dans l’infini » : si le sujet avait jusqu’à dix attributs on se perdrait dans l’infini c’est-à-dire dans la confusion. « Mais » la confusion « parcourir l’infini » est « bien impossible » puisque la structure se limite à deux notions : un sujet et une autre unité, parfois l’unité d’un ensemble plein, substantiel, parfois l’unité d’une intersection.

Deux attributs dits l’un de l’autre appartiennent forcément a un même ensemble, à un même sujet ; par exemple, musicien blanc sont dits d’un même homme. « Mais on ne peut pas dire de Socrate qu’il soit musicien » si Socrate appartient plutôt à l’ensemble des philosophes (à « quelque être »).

Par DéfiTexte - Publié dans : Aristote - Communauté : Philosophie académique
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Jeudi 31 janvier 2013 4 31 /01 /Jan /2013 08:24

Aristote, Métaphysique, Chapitre IV, suite.

Après l’élément, le même raisonnement considère l’ensemble.

§13 1007a Le raisonnement est le même si l’on dit que le mot en question est Non-homme. Car être Homme et être Non-homme sont des expressions différentes, aussi évidemment qu’être blanc est tout autre chose qu’être Homme. Mais en ceci, l’opposition est beaucoup plus forte, de façon que le sens est encore plus différent.

Car Homme correspond à un ensemble tandis que blanc est un attribut singulier c’est-à-dire un élément. Être blanc est tout autre chose qu’être Homme, pas seulement autre chose mais tout autre chose, car l’opposition entre élément et ensemble y est beaucoup plus forte et le sens au départ plus différent qu’entre ensembles Homme et Non-homme. Mais aussi évidente car autant logique pour la vision des essences par l’esprit (des schémas sous-jacents).

« Mais, si l’on [5] va jusqu’à soutenir que le blanc et l’individu qui est blanc sont une seule et même chose, nous répondrons [...] que tout alors sans exception se confond en une seule unité, et que ce ne sont même plus seulement les opposés qui se confondent ainsi ». Car alors on confond l’ensemble et l’individu, « le blanc et l’individu qui est blanc ». L’enjeu du schéma est de voir la différence entre l’individu et l’ensemble sans quoi « tout » se confond c’est-à-dire dans l’ensemble. Une nouvelle confusion s’ajoute : ce ne sont plus seulement les ensembles opposés qui confondent contradiction et négation. Si l’on ne conçoit pas les ensembles on en reste à l’élément et dans ce cas il est impossible d’éviter la confusion du blanc et de l’individu qui est blanc. Car alors on en reste à l’opposition entre mots (ou choses, c’est pareil pour le logos) sans s’en extraire logiquement c’est-à-dire sans extraire l’objet logique {ensemble} et réduire le problème. « Nous répondrons, en répétant ce que nous avons déjà dit, à savoir que tout alors sans exception se confond en une seule unité » : que tout ensemble se confond avec l’élément.

§14 « Mais, comme cela ne se peut pas » : on ne peut absolument pas confonde l’élément et l’ensemble que l’élément ouvre par le fait même si l’on regarde les choses plutôt que les noms. Tandis que si l’on considère les signes qui dénotent, la sonorité s’introduit dans le silence alentour comme une graphie ouvre aussi le non-être culturel autour.

« À une interrogation simple et absolue, si l’on répond en ajoutant tout ce qui n’est pas l’objet dont il s’agit, ce n’est plus là répondre [10] à la question ». Car à une question élémentaire et sans la limite d’un ensemble acceptable, d’un domaine de définition de considérations acceptables, toute réponse synthétique interceptant ce qui n’est pas dans la question apparait incongrue. À une question simple il convient de répondre par un attribut et, simple dans l’absolu, par un ensemble. Par exemple, qui est blanc ? – Socrate, s’il s’agit d’un homme de la Grèce antique. Si l’on répond à une question par n’importe quoi « rien n’empêche que l’être ne soit tout ensemble homme, blanc, et mille choses de ce genre [10] » : être à la fois ensemble {homme} et élément {blanc}, ce qui est absurde.

« Mais, quand on vous demande s’il est vrai que telle chose spéciale soit ou ne soit pas Homme » il convient, parce qu’il s’agit de vérité donc d’ensembles, de répondre par un prédicat qui dénote un ensemble plutôt que par des accidents. « Un terme qui indique une seule chose » : un ensemble n’indique jamais qu’une chose à partir du multiple, les attributs étant potentiellement en nombre infini. « Or, il faut, ou s’occuper de tous sans exception, ou ne s’occuper d’aucun » : s’occuper des ensembles.

§15 « Il n’est pas possible d’énumérer tout au long, dans la réponse qu’on fait, tout ce que l’homme est ou n’est pas » car si on répond par une négation, on répond à côté, par le non-être du complément à l’ensemble, et on tombe dans l’absurde si l’on cherche à répondre « en même temps » ce qui « est ou n’est pas ». Et dans l’affirmation, les éléments possibles sont « innombrables » donc la réponse trop longue. « Tout au long » : dans un processus sans acte ou dans la disjonction infinie pour reprendre l’expression de Wittgenstein qui signifie néantiser. Si la réponse est affirmative et trop longue, sans terminaison, « il n’y a plus moyen de discuter [20] » car le logos est formé autant de continus que de divisibles.

§16 « Dans ce système, tout se réduit nécessairement à de purs accidents » : car sans ensemble il n’y a plus que des éléments donc des accidents. Or homme est l’universel pour Socrate qui subsiste ainsi quelles que soient ses vicissitudes. « Soutenir de tels principes, c’est complètement détruire la substance ; c’est détruire ce qui fait qu’elle est ce qu’elle est » : un substrat, un support en toile de fond, nécessairement un ensemble. Car la substance est le contenant ultime, l’universel qui fait que l’être en tant qu’être est et qui tient les accidents matériels. Ainsi « la réalité de l’homme et celle de l’animal cessent d’être et disparaissent également » car la réalité est ce type d’ensemble englobant qui subsiste. Car comment comprendre que Socrate est réel s’il n’est pas homme ou humain ? Où l’on voit un réalisme logique.

« Car, si l’homme est quelque chose de réel », un ensemble, « il n’est pas possible que ce quelque chose soit le Non-homme, ou qu’il ne soit pas l’homme ; [25] et ce sont là cependant les seules négations possibles de l’homme. » Car si homme est un ensemble A (« est » signifie correspond ou dénote), il n’est pas possible que cet ensemble se confonde ni avec son contradictoire B=non-A ni avec son complément à l’ensemble : d’autres ensembles B, C ou D. Or contradictoire et négation sont les seules oppositions possibles.

§17 L’ensemble est « un et individuel ; et c’était bien là exprimer l’essence d’un certain être » : elle « ne peut pas être autre chose que ce qu’elle est » comme il vient d’être dit. C’est l’ensemble qui affirme la réalité, l’intelligible qui affirme la chose. Ceux qui nient les ensembles affirment qu’il « [30] ne peut jamais y avoir une définition essentielle de quoi que ce soit, mais qu’il n’y a que des accidents et des attributs » : qu’il n’y aurait ni généralité ni particularité ni intersection entre elles.

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Vendredi 25 janvier 2013 5 25 /01 /Jan /2013 11:11

Aristote, Métaphysique, Chapitre IV : où l’on voit s’affirmer une théorie de la vérité trop oubliée. Disons, nous rencontrons une bâtisse superbe, les fondations sont solides, l’architecture impeccable, en aucun cas une ruine, mais la peinture du langage défraichie. Disons, il nous appartient de repeindre, et la peinture nous appartient : à notre époque.

§6 1006a 30. Un premier point qui est en ceci de toute clarté, c’est qu’on ne peut pas exprimer le nom d’une chose sans dire que la chose est ou n’est point telle chose ; d’où il suit qu’il ne se peut pas pour une chose quelconque qu’elle soit de telle façon, et en même temps ne soit pas de cette façon.

Le raisonnement tient pour la représentation et pour la signification. Un nom est lié à la chose par l’axiome du logos ; si l’on dit la chose c’est qu’elle est telle : le mot provoque la vision de la chose (le voir tel), le lien a l’évidence de la vue, sa « toute clarté ». Et il ne se peut pas que sa vision telle varie, qu’une image en tête soit d’une façon et d’une autre : d’une fabrication différente. L’axiome du logos : personne ne prononce rolam parce que cette chose n’existe pas ; le son existe, pas l’image. On peut le prononcer mais on ne le fait pas vraiment (dans l’ensemble) puisque la vue ni de la chose ni de l’ensemble ne s’y ajoute. Si l’on n’accepte pas l’axiome du logos alors on accepte l’axiome non-euclidien (je veux dire non-Aristotélicien) de la convention, tel que l’adopte Wittgenstein.

Si je dis sirène, la sirène est telle (vue eidétique des ensembles) avec « [§7] tous les attributs », avec {queue de poisson et corps de femme}, quoique peut-être dans les songes seulement. Et si je dis que le vase est rouge, il est rouge, quoique peut-être je me trompe, non pas sur le rouge (l’ensemble que je connais) mais sur le fait qu’il est rouge (l’application à l’élément). Car dans le logos le mot porte la chose sensible et sa définition sinon on ne se comprendrait pas : le logos et que l’on doive se comprendre sont des présupposés, des axiomes. En toute clarté : par le fait que le mot est inhérent à sa signification et la signification aux axiomes comme l’être à l’en tant qu’être. Signification : par exemple, {queue de poisson, corps de femme} ; ou {rouge}.

Si le problème est la correspondance, la distance entre les choses, le lieu, la difficulté est la divergence. En cas de synonyme (deux mots vers une chose), 1006b par exemple si Homme signifie intrépide ou animal-bipède, il y a surdétermination. (Cas d’homonymie : deux choses en relation avec un nom.) Le nombre des synonymes §8 « est limité » ; s’il n’était pas limité on ne se comprendrait pas, les nuances seraient trop nombreuses, car « on ne peut jamais penser qu’à la condition de penser quelque chose d’individuel. Or, dès qu’on peut penser à quelque chose de précis, on peut donner un nom précis à cette chose » : car penser, c’est donner un nom, associer nom et chose ou nom et significations (le jugement établit des relations). §9 « Reconnaissons donc » par la vue qu’un mot a toujours une signification (correspondance) unique.

Car le problème est alors de comprendre comment par exemple musicien et blanc peuvent correspondre à une seule personne (problème de l’intersection). « Il ne se peut » pas qu’une chose soit et ne soit pas, non pas à cause du nom qui pourrait vouloir dire n’importe quoi mais si elle représente (correspondance) « [15] une seule et même nature et un être individuel. » Nature : un ensemble ; être individuel : un élément.

« L’attribut d’un être Un ne doit pas être considéré par nous comme signifiant cet être lui-même » sinon l’on confondrait le mot et la chose et il n’y aurait plus de correspondance. Or le mot et la chose n’ont pas la même fluidité ni le même registre : l’un est reflet, l’autre reflété. Musicien et blanc sont deux mots différents : comment correspondent-t-ils à une même chose d’une certaine manière compatible avec le logos ? Comment le cri devient-il langage ? Car sinon on confondrait dans l’expression le sujet et le prédicat et donc l’extension des ensembles, par exemple blancheur et blanc ou ce musicien avec Musicien en général. Car Socrate ne peut pas à la fois être (appartenir à) blanc et musicien. Alors, musicien blanc indiquerait deux personnes différentes, deux ensembles disjoints plutôt qu’une intersection essentielle. Or l’expression autonome « musicien blanc » sans correspondance à la chose ne conviendrait pas au logos ; car « il y a » des musiciens blancs : ils trouvent un lieu propre.

Voici une question dont Frege a eu l’intuition. §10 « Par suite » on ne peut pas être à la fois musicien et blanc ou poisson et chat mais on peut être musicien-blanc par essence (intersection) ou homme et animal-bipède sans synonymie. L’aporie est levée par une vision logique qui s’enlève des graphies, sons et cris. Et en cas d’homonymie, dans l’autre orientation des flèches de correspondance, on peut « tout ensemble être et n’être pas » : je suis un certain Pierre mais pas ce Pierre-là. Sur le principe de l’homonymie et de la généralité des relations, on pourrait être à la fois homme et non-homme, nonobstant l’homophonie mais en termes de renvoi, de dénotation. « Mais la question [de l’être] n’est pas de savoir si le mot peut à la fois être et n’être pas Homme, mais si la chose, si l’être réel, le peut. »

Voici une question que Frege ne voit pas. §11 Les « mots de Vêtement et d’Habit » seraient, eux, peut-être synonymes mais sans être surdéterminants si une définition ne les distingue pas : comment cette contradiction peut-elle être possible ? Faut-il un formalisme pour réduire la question ? Or qui voit la différence entre un habit et un vêtement ? Comment est-t-il possible que deux expressions différentes puissent n’avoir pas deux définitions différentes et correspondre à une même dénotation ? Si Vêtement et Habit avaient la même définition ces mots exprimeraient différemment la même chose mais personne ne constate une hétérophonie des cris chez les animaux, sinon une cacophonie.

Comment maintenant est-il admissible que deux expressions comme être et n’être pas n’exprimeraient que deux sonorités ou graphies différentes plutôt que des choses différentes ? Cette situation est (correspond et représente) une difficulté pour le logos (Aristote utilise cet exemple dans plusieurs livres). L’enjeu est la définition : nous pourrions sans doute dire que vêtement compose un habit adapté à une situation, qu’il exclut les chaussures et le linge de corps, qu’il est une négation particulière : celle entre cas général et particulier. La généralité de l’habit est trompeur, pas le vêtement. Il est vrai que selon les religions et plus généralement les conventions c’est-à-dire les axiomes, tout négatif n’est pas admissible : on ne vient pas en tant qu’être n’importe comment.

§12 « C’est donc une nécessité, si toutefois cette définition est la véritable, qu’être homme, c’est être Animal-bipède ». Donc : parce qu’ici la correspondance vient clairement entre chose et définition. L’essence intersective est plus claire que l’inclusion. Il y a nécessité lorsqu’aucune signification n’échappe au sens c’est-à-dire aux diverses possibilités. Socrate n’échappe à aucune de ces correspondances. Ainsi, en cas de synonymie, deux cas seulement, logiquement : les mots sont ou ne sont pas en intersection ou inclusion. Car deux cas se présentent : Vêtement et Habit et Homme et Animal-bipède. Dans le cas Vêtement et Habit tout le particulier inclus dans le général est en correspondance avec la chose. Dans le cas Homme et Animal-bipède, oiseau n’étant pas homme cette partie est exclue, seule l’intersection est en correspondance. Tous les termes chez Aristote et les philosophes sont signifiants et précis.

En cas d’intersection et d’inclusion, de partie exclue en tout ou partie, c’est la correspondance entre la « véritable définition » et la chose qui compte. En cas de véritable définition l’application est précisée au départ, la vérité étant toujours affaire d’ensembles et d’éléments. Véritable définition : définition logiquement bien formée où l’on voit l’intersection d’une généralité et d’une particularité c’est-à-dire une exclusion, un négatif. Donc « si toutefois cette définition est la véritable » signifie que la définition qui est la condition sine qua non de la correspondance adéquate entre mot et chose doit voir ses ensembles précisés.

« Le mot d’Homme n’avait pas un autre sens ; et si c’est là une conclusion nécessaire » : tous les cas disponibles à notre vision sont considérés, tous les cas des schémas possibles, telle est la conclusion nécessaire. Le cas oiseau est hors définition : hors intersection ; on sait qu’il existe en périphérie, on y a jeté un œil, mais on le laisse dans l’inconscient. Le cas vêtement oblige aussi à préciser les significations comme l’on focalise sur un point.

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Samedi 19 janvier 2013 6 19 /01 /Jan /2013 19:03

Aristote, Métaphysique, Chapitre IV

§1 à §5. 1006a 10 L’Être en tant qu’Être n’est pas démontré par enchaînement mais existe par la force logique de l’acte : s’il y a point il y a périphérie, s’il y a être il y a en tant qu’être, s’il y a objet il y a verso et invisible de l’autre côté, de même pour tous les objets logiques de la phénoménologie. « [5] Car c’est manquer de lumières que de ne pas discerner les choses qu’on doit chercher à démontrer, et celles qu’on ne doit pas démontrer du tout. » 1005b 35. Manquer de lumières : manquer de la vision logique des choses, manquer la distinction entre les choses de la physique et les axiomes (du schéma {A inclus dans B} de leur inhérence). Par exemple, on peut penser par hypothèse A puis au bout de la démonstration penser non-A. Ou encore à la fois que le poids creuse et ne creuse pas le support, selon le mou et le dur. Mais il s’agit là d’une pensée physique dans la durée et soumise aux hypothèses, et non pas d’une logique absolue. Or l’enjeu de la science première est de penser dans le même temps hypothèse et conclusion : absolument.

« Il est bien impossible qu’il y ait démonstration de tout sans exception, puisque ce serait se perdre dans l’infini, et que, de cette façon, il n’y aurait jamais de démonstration possible. » 1006a 5 Sans mouvement, pas de démonstration, pas de processus : le mouvement n’est pas démontré mais pourtant indispensable. Sans structure on se perd dans l’infini : qu’une structure est indispensable n’est pas démontré, pourtant une structure commence dès le premier trait, elle poursuit à chaque pas. Sans ces axiomes il n’y aurait pas de démonstration possible. De même, sans point de départ, point de continuité, sans logique point de raisonnement. Privation : les axiomes ne préexistent pas aux démonstrations mais viennent en même temps comme un point et sa périphérie. Où l’on voit que pour comprendre, la notion de temps n’intervient pas. Mais l’on devine la pratique des choses antérieure à la logique.

« [10] On pourrait essayer, il est vrai, de démontrer, sous forme de réduction à l’absurde, que » sans démonstration il n’y aurait pas même de logique (que sans maths, point de logique). Mais ceci est inintelligible car sans démonstration une affirmation reste possible, y compris l’acte logique pur « inhérence ». Ainsi, sans processus il peut y avoir un acte. Nier la possibilité qu’une affirmation soit sans démonstration rend l’adversaire « hors d’état de rien dire » au départ (il ne peut pas même commencer), n’ayant alors « [15] guère plus de rapport avec nous que n’en a une plante. » Or la logique correspond à la science première chez Aristote, tel est l’enjeu ; première et donc antérieure aux mathématiques.

Démontrer la logique implique une pétition de principe de même le raisonnement par l’absurde présuppose le tiers exclu. Mais si l’adversaire affirme autre chose que la logique, « ce n’est plus là une démonstration » mais une affirmation absurde, une faute.

« Pour répondre à toutes les objections de ce genre, le vrai moyen n’est pas de demander à l’adversaire » une démonstration [20] ; car on verrait sans peine qu’une démonstration présuppose la non-contradiction. « Mais c’est de lui demander une énonciation quelconque » (intelligible sinon on entrerait dans l’absurde) ; « c’est là, en effet, une condition nécessaire du moment qu’il parle » : car une énonciation comme un point ouvre l’étendue intelligible. Le vrai moyen : non pas celui qui affronte la négation mais la contradiction, celui qui d’un point fait voir le référentiel, et les axiomes, dont le vrai dépend essentiellement. « On a dès lors un sujet précis » : on a dès lors ouvert la vision des ensembles ; et c’est « [25] celui qui accepte la discussion » qui a ouvert ce résultat : l’adversaire a montré la logique par son acte même. Car une affirmation absurde se contredit elle-même immédiatement c’est-à-dire sans médiation, dans son acte même. À partir du moment où l’on accepte la logique, alors on peut discourir.

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Mardi 15 janvier 2013 2 15 /01 /Jan /2013 19:06

Commentaire d’Aristote, Métaphysique, Chapitre III.

Pour adapter le vocabulaire d’Aristote au notre contemporain, « en tant qu’être » signifie « en tant que l’on appartient à son ensemble de référence » : nous l’avons vu précédemment. Car la preuve d’une interprétation est que le vocabulaire fonctionne dans le contenu du texte (que l’être fonctionne dans l’en tant qu’être).

§1 1005 a 20 sq. et §2 « [Le philosophe doit] étudier ce que, dans les mathématiques, on appelle les Axiomes, en même temps que d’étudier la substance. » L’Être en tant qu’Être substantiel est le lieu des axiomes dont nos références dépendent et qui sont causes de nos erreurs physiques. « L’examen des axiomes appartient à une seule et même science » : à la science première qui prend les éléments de complexité dans un seul regard, en même temps, comme dans une seule et même science. « Les axiomes s’appliquent à tous les êtres », comme l’état de chose à toutes les choses ; « ils concernent l’Être en tant qu’Être » comme le non-être cerne « tous les êtres » ou l’étendue tous les points. L’objet de chacune des sciences est « toujours l’Être considéré sous un certain point de vue » tandis que la science première englobe tout en même temps : sans point de vue. Les sciences y recourent « selon l’étendue du genre auquel s’adressent leurs démonstrations » : elles jettent des regards vers la périphérie de leur sujet autant que de besoin. Où l’on voit qu’Aristote ne rejette pas le chemin vers le non-être contrairement à la philosophie déséquilibrée de Parménide qui manque donc de sagesse.

§3, §4 « Personne ne pense à dire un mot des axiomes, pour savoir s’ils sont vrais ou faux, pas plus le géomètre que l’arithméticien. » Car qui remet en cause Euclide, sinon la philosophie première, celle des oppositions ? Qui étudie les influences des états de chose lorsque la philosophie étudie ce que les choses sont ? « Les axiomes s’appliquent à tous les êtres en tant qu’être » tandis que « parmi ceux qui consacrent leurs recherches à un genre d’êtres partiels [30] », il y en a qui ignorent les présupposés alors qu’il convient selon la science première de « savoir s’ils sont vrais ou faux » car la vérité en dépend. Les physiciens s’attachent plus que d’autres à songer aux présupposés. Les physiciens s’occupent de « la nature considérée dans son ensemble » en B pour « s’occuper de l’Être » A : de ce que les choses sont. « Mais la nature n’est qu’un genre particulier de l’Être, [35] » : un cas particulier des influences et des états de chose B, « de ces matières supérieures », de ce qui « regarde la science qui considère l’universel » c’est-à-dire les ensembles, et qui « ne s’attache qu’à la première substance ». Ces matières supérieures : les axiomes dans le lieu de l’Être en tant qu’Être. Où l’on voit qu’une philosophie de l’être dépend d’une philosophie du il y a, de l’avoir, c’est-à-dire d’une topologie (notre philosophie en dehors de ce blog).

§5, §6 1005 b Mais les physiciens apparaissent comme des écoliers par rapport à la science de la première substance et des ensembles logiques. Or « ce n’est pas à des écoliers qu’il appartient de les approfondir » car c’est au philosophe d’envisager les ensembles et les références, les « principes sur lesquels le raisonnement s’appuie ». §7 « Or, le plus inébranlable de tous les principes est le principe sur lequel il est absolument impossible de se tromper » : le tiers exclu dans le cadre logique de la vision eidétique des ensembles. Pour ce principe, il est impossible qu’une chose soit et ne soit pas incluse dans un ensemble suivant une même loi. Ce principe doit être « notoire » c’est-à-dire réparti comme le bon sens le mieux partagé, « pur de toute hypothèse [15] », n’avoir « rien d’hypothétique » et être « un accompagnement nécessaire de tous les pas qu’on fait. » §8 « C’est ce que chacun doit voir » : car la philosophie de l’être tient à la vue, pas à la santé (ou à la psychologie, la médecine, la nature, l’économie). Voici la traduction de J. Tricot : « Il est impossible que le même attribut appartienne et n’appartienne pas en même temps, au même sujet et sous le même rapport ». Car dans le vocabulaire d’Aristote attribut signifie élément et appartenir à un sujet signifie appartenir à un même ensemble.

Ce principe est « le plus incontestable de tous les principes ». §9 Son seul énoncé suffit : pourtant suivant le vocabulaire d’Héraclite le problème est de savoir si on se baigne plusieurs fois dans la même eau dans les retours tourbillonnants de la mécanique des fluides : si une même loi produit plusieurs ensembles. §10 Donc, selon Tricot ainsi que notre interprétation, admettre ensemble des pensées contraires, opposées deux à deux, distinguées des pensées en négation, signifie, par manque de vision eidétique c’est-à-dire de vision des ensembles, ne pas voir les inclusions de A dans B, de l’Être dans l’en tant qu’Être. Où l’on voit que la question du tiers exclu correspond à celle d’une théorie des ensembles.

§11. Aussi, toutes les fois qu’on fait une démonstration, s’appuie-t-on en définitive sur ce principe que nous venons de poser, et qui, par la nature même des choses, est le point de départ obligé de tous les autres axiomes.

Aussi, le principe qui soutient les démonstrations, les inductions, déductions, syllogismes, est celui de l’inclusion des ensembles qui exclut toute modalité : par la nature des choses qui fait que logiquement, esthétiquement, un point ouvre une étendue, ceci étant pourtant un axiome indémontrable. Qui fait que naturellement, psychologiquement, il est possible au regard de voir à la fois l’être et le non-être périphérique. « Ce principe n’en est pas moins le plus certain de tous sans contredit ». Car Aristote travaille sur « la nature même des choses » en travaillant sur les axiomes, tel est l’enjeu (il conclut une étape par un enjeu).

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Mercredi 9 janvier 2013 3 09 /01 /Jan /2013 15:04

Lecture d’Aristote, Métaphysique, Livre IV Chapitre 1

J’ai utilisé la traduction chez M. Remacle de J. Barthélémy-Saint-Hilaire plus laconique que celle de l’édition Vrin par J. Tricot qui interprète sans cesse. Il s’agit ici de débarrasser Aristote dune lecture qui croit que l’Être en tant qu’Être serait le lieu de Dieu alors quil est le lieu de l’humain, du mélange. Car l’être pur chez Aristote correspond à un lieu physique et altruiste ; pur car sans ubiquité. Il s’agit aussi de distinguer entre science première du complexe et jeu métaphysique – et entre ensemble et univers ou contradiction et négation. L’enjeu considérable est de tout classer selon le lieu, la pureté désintéressée ici, la complexité de la vie là. Le problème, dit Aristote, est alors que tout puisse se classer selon ce schéma fondamental d’un ensemble ouvrant un autre ensemble ; par exemple hors sujet, que l’art définissant une totalité juste c’est-à-dire un être tel prendrait place dans len tant qu’être au même lieu que le social. Ici, la science première se distingue de la métaphysique car deux mots différents correspondent à deux choses différentes pour le présupposé du logos pour lequel les choses sont inhérentes à leurs noms.

Où l’on voit que ce passage de la Métaphysique d’Aristote est une logique, « une certaine nature » (§2), un « principe » c’est-à-dire un soutien, dont le schéma phénoménologique ici est un rond A, l’être, (ou plusieurs), entouré dun espace ouvert B, l’Être en tant qu’Être. La science en tant que première considère à la fois et dans le même temps A et B, et en tant que métaphysique accommode entre A et B. En logique, cest le schéma ou la science du schéma qui guide l’esprit, pas la science : cette science du schéma qui guide lesprit « ne peut se confondre d’aucune manière avec les autres sciences » car elle ne coupe pas les parties mais soccupe du tout {lÊtre, l’Être en tant qu’Être} ; « d’une manière universelle » : en tant quensembles. Car si A soccupe strictement des autres tel le sain dit Aristote et le disque B troué par A s’occupe strictement de soi tel la santé, l’espace référentiel B (et non le disque) soccupe à la fois des autres et de soi : un univers référentiel ouvert qui nest pas strictement un ensemble. Ceci implique l’essentielle amphibologie de l’Être en tant qu’Être B, le soi {moi plus les autres}, mais « en même temps » la complexité de l’être : « toutes les conditions essentielles que l’Être peut présenter ».

Il est une science qui considère l’Être en tant qu’Être, et qui considère en même temps toutes les conditions essentielles que l’Être peut présenter. Cette science-là ne peut se confondre daucune manière avec les autres sciences, qui ont un sujet particulier, puisque pas une de ces sciences n’étudie dune manière universelle l’Être en tant qu’Être ; mais, le découpant dans une de ses parties, [25] elles limitent leurs recherches aux phénomènes qu’on peut observer dans cette partie spéciale. Cest ce que font, par exemple, les sciences mathématiques

§1 Aristote, Métaphysique, Livre gamma, 1003a 21-25

L’Être en tant qu’Être contient toutes les conditions que l’Être peut présenter car l’en tant qu’Être inclut l’Être. Par exemple, si je suis l’ami qui vient aujourd’hui en tant que fonctionnaire, je suis deux choses en même temps.

Pour la thèse, il s’agit de lire que « qui ont un sujet particulier » découpé, limité, signifie strictement « qui s’occupent d’un seul sujet à la fois ». « C’est ce que font, par exemple, les sciences mathématiques » qui « limitent leurs recherches » aux quantités, nombres, figures : à ses objets, à elle-même sans s’occuper de ce qui nest pas elle, par exemple les objets mesurés. Elle est coupée de la théologie ou de la physique qui s’occupe de l’être s’occupant exclusivement des autres. Les sciences particulières se limitent strictement mais en tant qu’universelle la science première s’occupe de tout en même temps.

Ainsi, les mathématiques occuperont la périphérie des choses et la physique le centre occupant ce qu’est l’être : ce que sont les choses sans s’occuper de ce qu’elle est, elle. Pour la science première il s’agit d’étudier l’Être en tant qu’Être sans découper son espace mais « d’une manière universelle » dans son ensemble. Il s’agit dexercer une science qui accommode toutes les complexités. La science première s’occupe de la périphérie et « en même temps » de l’être, les autres sciences s’occupant seulement des parties, elles-mêmes ou les autres. La philosophie première soccupe des choses mélangées : être A, univers B simplement présent en main donc sans autoréférence : ne se citant pas lui-même tout seul. Où l’on voit un autrement qu’être, au-delà de l’essence pour la métaphysique qui accommode.

Nous avons déjà vu que « sujet » chez Aristote correspond à « ensemble » dans notre vocabulaire. L’expression d’Aristote « ce qui se dit d’un sujet » signifie « est inclus dans le sujet », et « être dans un sujet » signifie « n’inclut rien ». Par exemple, Socrate se dit de l’homme, et la blancheur est dans le corps ; en effet, blancheur est plus petite partie car l’on ne dit pas l’homme est blancheur. Les deux expressions se distinguent comme l’élément ou le sous-ensemble intermédiaire et l’ensemble. Nous y avons vu aussi que l’on parle par généralité d’un sujet sans rien pouvoir dire précisément de ce sujet grammatical sinon ce prédicat général qui l’inclut.

§ 3. Si donc les philosophes qui ont étudié les éléments des choses étudiaient, eux aussi, ces mêmes principes, il en résulte nécessairement que les [30] éléments vrais de l’Être doivent être non pas accidentels, mais essentiels.

Si les philosophes étudiaient eux aussi les ensembles logiques, comme Aristote le devancier étudie ces principes de soutien des éléments, alors ils diraient le vrai de l’être, l’ensemble étant l’élément constitutif du vrai autant essentiel que la particularité des choses. Voilà pourquoi nous essayons de découvrir les éléments de l’Être en tant qu’Être : pour connaître l’ensemble dont la vérité dépend.

Livre IV Chapitre II

Aristote distingue d’une part la santé ou le médecin B, objectif ou moyen {s’occuper dun objet y compris de soi} et d’autre part le sain ou le médical A {soccuper des autres et que leurs objets soient}. Où l’on voit l’Être impliquer, engager l’Être en tant qu’Être, passer au travers vers lui et le colorer, comme par exemple l’administration par rapport aux opérationnels, médecins et autres.

§1 1003a

Il en est du mot Être comme du mot [35] Sain, qui peut s’appliquer à tout ce qui concerne la santé, tantôt à ce qui la conserve, tantôt à ce qui la produit, tantôt à ce qui l’indique, et tantôt à l’être qui peut en jouir. [1003b] Cest encore le même rapport que soutient le mot Médical avec tout ce qui concerne la médecine.

L’être, cest le sain ou le médical qui comme le barbier de Russell soccupe strictement des autres, faisant que cela soit, et dont les autres bénéficient en s’occupant des autres comme deux-mêmes. LÊtre et l’Être en tant qu’Être se distinguent comme le sain soccupe de la santé ou le médical des dispositions de la médecine : lÊtre soccupe de l’autre, de l’Être en tant qu’Être qui soccupe effectivement de lui-même et de ses objets : de tout. Il lindique ou donne des indications, le conserve, soccupe du résultat que l’Être en tant qu’Être obtient et dont il peut jouir. Par exemple, l’outil indique latelier périphérique, conserve latelier par lensemble des outils, par inhérence (il y aura atelier tant quil y aura des outils), il assure la production des résultats de latelier et de son entretien.

(…)

§2

[6] Ainsi, Être se dit tantôt de ce qui est une substance réelle, tantôt de ce qui n’est quun attribut de la substance, tantôt de ce qui tend à devenir une réalité substantielle, tantôt des destructions, des négations, des propriétés de la substance, tantôt de ce qui la fait ou la produit, tantôt de ce qui est en rapport purement verbal avec elle, ou enfin de ce qui constitue des négations de toutes [10] ces nuances de l’Être, ou des négations de l’Être lui-même. Cest même en ce dernier sens que l’on peut dire du Non-être quil Est le Non-être.

L’Être se dit tantôt de ce qui est un fond substantiel, tantôt d’une particularité matérielle qui se détache sur ce fond : l’élément bois de l’attribut ligneux ; bois ligneux ou blancheur blanche ne sont pas des tautologies mais indiquent les lieux de l’être et de la substance. Par exemple, le bois se détache sur fond ligneux, l’aluminium sur lalumine, la blancheur sur le prédicat blanc, Socrate sur homme. Se détacher comme A sur fond B : une modalité matérielle est produite par la substance, ainsi l’aluminium produit par lalumine, la lourdeur produit par le lourd, etc. ; car le bois est ligneux, etc., l’attribut impliquant la substance qui n’est autre que l’ensemble de référence. Le génitif est la contrainte grammaticale de ce détachement tiré d’un ensemble.

(…)

Aristote continue le dialogue entre matière et substance. La définitive destruction prend place dans le lieu de la négation : là où il y a la substance, la société, les propriétés, les axiomes. « Ou enfin » la substance est la négation du point tendu comme espace ouvert autour de ce point, surmontant mais préservant l’être comme le connait Hegel : le négatif dun point. De même, le divers complexe est la négation et le futur entropique du simple : la négation d’un ensemble fermé, cest un univers ouvert. « C’est même en ce dernier sens que l’on peut dire du Non-être qu’il Est » le champ périphérique ouvert. La science première étant aussi la science du non-être non-A, Aristote revisite la notion de science chez Parménide : elle ne le rejette pas.

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Jeudi 22 novembre 2012 4 22 /11 /Nov /2012 09:53

Je tombe sur http://imagesdialectiques.blogspot.fr/ de @kairos_e qui me suit sur Twitter.

Merci beaucoup pour cet article que je lirai la nuit, c’est-à-dire quand j’aurai le temps que l’article mérite. Il est écrit : « Mais à élargir un peu le champ de vision, c’est en réalité l’assise du jugement « tout court », l’assise de n’importe quel jugement — esthétique ou éthique surtout, mais pas uniquement — qui a semblé se dérober ».

L’assise, tel est le point pour moi ici. En fait, j’appelle au secours. Je ne parviens pas à me défaire de ce doute poignant pour moi : est-ce que les critiques des modèles que j’essaie de mener induiront efficacement une critique des choses importantes, chômage, compétitivité ; est-ce qu’une contribution aux outils critiques implique une critique à un niveau séculier ; est-ce qu’une attaque des principes peut vaincre des conséquences ? Il est pour moi incroyablement fort qu’un travail philosophique ne perce pas dans les réseaux sociaux, je veux dire : qu’une recherche ne soit pas une aventure sociale entre spécialistes.

Autre chose. Il est écrit : « Lacoue-Labarthe met en avant, pour engager une toute autre politique que celle héritée du romantisme, ce que Benjamin propose lui-même comme une « idée neuve en Europe » : le fait que « l’Idée de la poésie, c’est la prose », c’est-à-dire que l’art des modernes que nous sommes devrait se résoudre au principe de « sobriété » qu’avait analysé Hölderlin [29]. Je veux croire que c’est dans ce sens, et dans ce sens uniquement, que l’art peut survivre à l’aporie que je signalais un peu plus haut au sujet du sublime : sans renoncer au sublime, mais en renonçant à prétendre à l’enthousiasme (grec), l’art pourrait tendre à une « simplicité sublime ».

Les mots importants pour moi ici sont : prose (parler plutôt que dire) ; sobriété (ou laconisme) ; et sublime. Pour l’insignifiante anecdote, cela correspond à un long plan de travail pour moi : je vois le sublime dans l’interstice des structures et plutôt dans l’œuvre sans structure, comme l’orage ou la mer déchainée où l’horizon disparait où le ciel s’y mélange, comme l’immense montagne, etc. Bref, les exemples sont connus ; nous souvenons-nous de ce tableau de Magritte où l’on voit un aigle en regardant une montagne ? Surréaliste parce qu’il introduit une structure là où il n’y en a pas dans la nature : il déconstruit le sublime. Puis (mais c’est toute une histoire) par cette distinction kantienne j’extrapole la distinction entre beau et joli : sans elle comment rendre compte des tableaux sans structure, Monet, Matisse, Miro, et je crois d’un vaste pan collé au vaste pan des tableaux avec structure et aussi rendre compte de cette distinction en interne à certains tableaux qui mélangent cela ? Bon, le séculier me rappelle, le téléphone sonne depuis dix minutes, je dois…

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Mercredi 14 novembre 2012 3 14 /11 /Nov /2012 15:07

Un barbier rase les autres ; s’il se rase lui-même, il sort de la classe A de ceux qui s’occupent uniquement des autres : il n’est plus lui-même A s’il se rase lui-même en tant qu’autre B. Le barbier qui se rase ne s’appartient plus : il oublie qu’il est barbier A et cesse d’être la partie purement altruiste du tout, il devient le tout {raser les autre autant que soi-même} B car il fait tout, le verbe créant l’ensemble. Il n’appartient plus à l’ensemble A qu’il définit, il change de qualité et de l’extension qu’il fonde, et en changeant il entre dans tout ce qu’il est possible de faire. Un barbier est un acteur ouvrant l’ensemble A de ceux qui s’occupent exclusivement des autres ouvrant celui B de ceux qui s’occupent de tout, A inclus dans le B de ceux, les autres, qui s’occupent d’eux-mêmes et des autres. Lorsque le barbier se rase lui-même il « ne s’appartient plus » : il change d’ensemble pour devenir la référence « n’importe qui ».

Le verbe créant l’ensemble : Husserl le disait, un ensemble est défini par une loi, pas par un objet ou élément ; par exemple, allaiter définit les mammifères ; changer le verbe change la loi, ce qui change l’ensemble. L’ensemble des objets de cette pièce s’y trouvent : le verbe fait la loi, la Bible le disait déjà. Un élément s’attache par le verbe : c’est le verbe qui détermine l’ensemble, pas l’objet ; par exemple, si la table est rouge. Ainsi, les nombres décrivent des univers ouverts prêts à tout plutôt que des ensembles.

La négation, en particulier de A, porte sur le verbe formateur d’ensembles et sur l’implication, une contradiction portant sur les éléments « cas ». Certes entre les autres et soi, le cas concerne les objets. Mais le verbe « se raser soi-même » ne contredit pas le verbe « raser les autres » car faire autre chose est une négation qui n’est pas une contradiction. Lui-même/les autres se distingue soit comme contradiction dans un monde de dimension deux sans le temps ni la succession, soit comme négation un et multiple dans un monde réal.

Il y a négation lorsque le barbier en exemple change d’activité (raser-les-autres, raser-soi-même), contradiction quand l’objet d’occupation change (les autres, soi-même) ; par exemple, le commerce de la bourgeoisie a nié la noblesse au sens de Hegel tandis que la guerre contredit la paix à toute époque. Car la négation s’applique au verbe c’est-à-dire à la proposition entière tandis que la contradiction s’applique cas par cas. Le sophisme serait de confondre négation et contradiction et verbe et objet. Si le barbier sort de sa classe en changeant de verbe, il entre dans l’univers ouvert du complément à l’ensemble et non dans un contradictoire fermé.

Pour surmonter une contradiction on doit changer d’activité : si les autres et soi-même sont contradictoires, il suffit de passer de professionnel à touche-à-tout ; la contradiction survient si l’on ne peut pas changer d’activité et d’ensemble de référence. Par exemple, je ne peux pas manger et chanter ou mesurer et couper en même temps parce que je ne veux pas lâcher mon objet d’occupation. Le barbier ne peut pas s’occuper des autres et de lui-même en même temps selon l’objet mais il le peut selon qu’il change d’activité, de verbe. Nous le disions, il y a un lien entre chronologie et ensembles, une vue qui ignore les ensembles ignore les futurs. Il ne peut raser les autres comme lui-même parce qu’il veut être indéfectiblement professionnel plutôt que de réorganiser les ensembles et tout faire. Si l’on ne peut pas changer l’objet d’occupation, c’est que l’on ne peut pas changer d’activité. Si l’on peut chanter et mesurer tout en pensant, c’est que sensible et intelligible ne saisissent pas le même objet. Et si le verbe crée l’ensemble, le mouvement ne le crée pas car il n’indique pas un acte : le barbier bouge son rasoir en tout lieu.

Le cas produit une expérience de pensée courante : ou bien se prendre pour quelqu’un d’autre, pour un bricoleur, ou bien ressembler à Dieu purement altruiste. Les humains sont-ils autre chose que des apprentis-sorciers, et Dieu autre chose qu’un professionnel ? Un barbier ne se rase pas lui-même mais peut se raser lui-même en un autre sens : en tant que non-professionnel ; il ne s’occupe plus d’un objet social mais des objets en général. Que l’un se rase lui-même, c’est comme si une femme, Ève, s’occupant exclusivement des autres, offrait une pomme au lieu de la manger soi-même et que l’homme, Adam, s’occupant de lui-même, de son plaisir, croquait la pomme : il devient humain, déchoit, et sort du paradis.

Le cas invente des ensembles sans chronologie, quelqu’un qui ne peut pas à la fois se raser le dimanche et raser les autres pendant ses heures de travail : complètement artificiel. Le professionnel peut se payer soi-même de compte à compte (livrer des prestations à soi-même), être un acteur patient à la fois actif et passif, ce qui ne pose aucune difficulté dans l’expérience « de vie » mélangée qui n’est pas « de pensée » pure. Dans la vie, le barbier peut changer de vie sans changer d’existence, selon les cycles : s’occuper des autres et de soi tout en restant le même. L’existence du barbier reste la même tant qu’il rase, seule sa vie change le dimanche quand les actes ou les objets dont il s’occupe changent.

Le destin d’une expérience de pensée artificielle est de se compliquer pour parer à toutes les objections jusqu’à dire n’importe quoi. Pour mettre un petit peu de difficulté pratique là où il n’y en a pas certains compliquent le cas : obligent que tous soient rasés, interdisent de se raser soi-même, interdisent d’appeler un confrère : ils touchent à l’intimité ou imaginent que cet appel est techniquement impossible.

Le barbier de Russell agit comme dans le grand mythe fondateur où Dieu passe de la pure générosité à Jésus c’est-à-dire Dieu en tant qu’autre : incarnation à la fois humaine et divine. Ceux qui rasent et se font raser se donnent à Dieu autant qu’à eux-mêmes. Si le grand barbier barbu se rase lui-même, il agit en tant qu’humain prenant soin de lui autant que des autres : il perd son statut de grand ordonnateur s’occupant seulement des autres mais devient tout.

L’être pur n’entre pas dans la classe des autres, ceux qui font tout et n’importe quoi mais s'occupent bien d'eux-mêmes ; est-ce pour cela que Dieu est barbu ? Est-ce que l’homme porte une barbe pour signifier un désintéressement de soi et un renoncement au monde des mélanges ? Le destin pour Dieu fut d’ouvrir le complément à l’ensemble des humains, ainsi que, nous le verrons, au sens d’Aristote, l’être ouvre nécessairement l’en tant qu’être autour de lui.

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Dimanche 28 octobre 2012 7 28 /10 /Oct /2012 17:24

D’une part un sophisme provient du déficit logique de la confusion : tous les sophismes reposent sur un manque de distinction. D’autre part, plus large, une expérience de pensée introduit dans le cas ce qu’elle imagine seulement, de même que la mémoire d’une image contient seulement ce que l’œil a bien pu voir par opposition aux infinis détails que la chose à l’origine de l’image en mémoire impose. Par exemple, le physicalisme ouvre l’expérience de pensée du médecin mais distingue cause et raison de bon sens ; le libre arbitre qui pense gagner tout seul contre toute influence mais réintroduit la grâce de la sanction sociale.

L’expérience est affaire de dialogue avec la force des choses, le sophisme est affaire de pensée seule. La pensée introduit des erreurs tout autant qu’elle révèle le mécanisme de l’erreur alors que l’expérience de vie se dresse comme un mur contre lequel la pensée ne peut que fléchir – mais à condition d’aller à sa rencontre. Le sophisme raisonne sur l’impossibilité d’actions qui dans l’expérience réussissent : sur une logique de l’acte qui se distingue d’une logique économique où la loi devient obligation.

L’expérience de pensée introduit artificiellement et personnellement ce que l’expérience de vie force à constater qui s’impose par soi impersonnellement. Si elle procède par confusion elle entre dans le cas plus général des sophismes. Or elle mélange et confond la part personnelle et la part impersonnelle des cas. L’expression « expérience de pensée » est alors une contradiction dans les termes, un non-sens au départ qui juxtapose le « il y a » impersonnel s’imposant par soi avec une proposition personnelle inventée librement. Si elle confond, l’expérience de pensée est donc un sophisme.

Pour le propos, il convient donc de montrer pour quelques sophismes que la confusion implicite correspond à une expérience inventée et inadéquate : comme si une « expérience de pensée » pouvait valoir une expérience de vie (expression tautologique). Comme si lors d’une perception l’intuition pouvait prévaloir durablement sur les sensations.

Le mouton de Gettier

Considérons d’abord l’expérience de pensée de Gettier pour y déceler le sophisme, exagérant l’intuition au détriment de l’équilibre d’un dialogue et se passant la corde au cou.

Voilà l’histoire où l’on met entre parenthèses la complication artificielle et non naturelle que la pensée ajoute. Si de loin je confonds un rocher avec un mouton (et que « il se trouve que » derrière ou à côté de ce rocher il y a un mouton que je ne vois pas) puis si je dis qu’il y a un mouton, je me trompe dans la focalisation – et je ne parle pas du même mouton. L’expression « il se trouve que » donne l’apparence de la force des choses alors que c’est la pensée qui l’introduit artificiellement. Il y a ce que je vois : je me trompe ou pas ; et il y a ou pas ce que l’institution affirme à la pensée en se prenant pour la force des choses. Une expérience de pensée comme celle de Gettier compose l’erreur de perception personnelle et une complication artificielle. Le sophisme de Gettier consiste dans la confusion entre la dimension personnelle et impersonnelle des choses, qui ouvre un monde où ce dialogue n’a pas lieu. Le cas précise que le mouton caché est « derrière ou à côté » selon que l’on devait nécessairement se tromper ou bien que l’on aurait pu ne pas se tromper. Par « institution », nous entendons un type de maître d’école qui impose ce qu’il y a à voir.

Cette expérience de pensée est un sophisme car elle confond en les composant la complication institutionnelle et naturelle, celle qui se pose avec autorité et celle qui se pose par la force des choses. Un protocole garantissant le dialogue entre ce qui se mélange résout le sophisme. Pour démonter cela il suffit de penser à regarder derrière et à côté : il suffit de vérifier, de dialoguer avec les choses, d’être prudent.

L’expérience non-sophistique est associée à un dialogue : pourquoi aujourd’hui oublie-t-on Platon, que contre les sophistes, il dialogue ? Je vois là de nouveau l’impérieuse obligation de lire la philosophie contemporaine à la lumière de la philosophie précédente.

La flèche de Zénon

Le sophisme de la flèche de Zénon d’Élée raconte qu’une flèche parcourt la moitié puis le quart puis le huitième de son trajet donc qu’elle ne touchera jamais sa cible. Cette production de pensée est un sophisme car elle commet l’erreur mathématique de confondre la somme et la limite : 1/2+1/4+1/8 ne donne pas un mais tend vers un c’est-à-dire vers le toucher après un mouvement. D’autre part, cette expérience est contrefaite parce qu’elle confond la complication artificielle et naturelle. Elle confond la flèche avec le pétale de fleur : l’un se pose, l’autre transperce. Il n’a jamais été question dans la réalité non-poétique qu’une flèche se pose par un doux toucher ou un presque-toucher métaphysique. Qu’une flèche touche plutôt que ne transperce est une complication ne pouvant provenir que d’une expérience de pensée inventant n’importe quoi de poétique. En indiquant les deux points essentiels, la distinction non-faite et la complication artificielle ajoutée, nous faisons le tour de la question du lien entre expérience de pensée et sophisme.

Crocodile et Crocodiline

À un crocodile ayant promis à une femme qu’il lui rendrait son fils si elle disait la vérité, elle répondit « tu ne le rendras pas ». « Rendre » cache la distinction entre le processus et l’acte : tant que le crocodile n’accomplit pas l’acte de rendre, tant qu’il est dans le mouvement de rendre, il n’a pas rendu et la femme dit la vérité. Mais au moment de rendre, au moment où ce que la femme dit se trouve faux le crocodile se trouve bloqué, il se retire puis avance de nouveau, pris par une vibration métaphysique autour de la pointe infinitésimale de l’acte. Avant l’acte, le mouvement pendant lequel la femme dit vrai ; au moment de l’acte, l’arrêt car ce que la femme dit disjoncte dans le faux.

Plus exactement, la ruse de la femme s’oppose au sophisme : l’une connait la distinction, l’autre l’ignore. Comme toutes les ruses, sa ruse consiste à complexifier la situation au départ. Par exemple, se cacher, acheter une peau d’ours pour approcher l’ours, faire un compliment pour détourner l’attention. Cette ruse exploite la distinction du divisible et du continu – que le sophisme ignore. Il faut donc lire que la femme dit exactement : « tu ne passeras pas à l’acte de rendre » le problème étant alors résolu parce que l’acte engage le mouvement, pas l’inverse. Car Platon le disait, l’amour ne cherche pas à bloquer métaphysiquement un sophiste mais plutôt à arracher l’enfant des dents d’un prédateur car l’amour maternel connait la distinction.

L’expérience de pensée correspondante au sophisme est ici l’invention d’une situation où un processus est bloqué par l’acte qui survient. Par exemple, « travaille : je te prépare ton salaire » ; un paiement se prépare mais au dernier moment le salaire promis n’est pas versé, peu importe que s’arrête le système entier basé sur la confiance c’est-à-dire la poursuite des cycles. « Tu ne me le rendras pas » signifie « tu es définitivement prédateur » : le prédateur s’arrête au moment où il cesse d’être prédateur au lieu d’accepter l’économie et ses ruptures de cycles. Son être est celui de la tension extrême de la pointe « je rends-je ne rends pas » plutôt que celui de la large tension des cycles « je garde puis je rends ».

L’éternel retour est incompatible avec la vibration d’être des pointes métaphysiques mais compatible avec l’économie et ses longs cycles où les actes ne renversent rien, où les recommencements suivent les actes, où les processus prévalent. L’éternel retour est fait de mouvements sans actes définitifs, où le mouvement est l’acte, où le don et la vie prévalent, où l’acte du recommencement prévaut sur l’acte de la terminaison. L’expérience de pensée d’un acte impossible est artificielle et invraisemblable en comparaison de l’expérience de la vie et de l’économie. La situation de vibration « je donne-je reprends », de pure tension, est une invention de pensée ; sinon, point d’amour.

Le cornu

Le sophisme du cornu dit « ce que vous n’avez pas perdu vous l’avez ; vous n’avez pas perdu de corne, vous avez des cornes ». Il s’agit d’un sophisme car l’enthymème (dont les deux parties sont ici séparées par un point-virgule) confond contradiction et négation. Frege disait que la contradiction est composée d’une pensée et de sa négation tandis que la négation est complétée par une pensée. La contradiction touche l’élément, la négation touche le jugement entier. « Vous n’avez pas perdu, vous avez » est tautologique car « perdre/avoir » est une contradiction, une disjonction immédiate, sans médiation ni durée : les deux extensions coïncident comme un recto/verso, quels que soient les objets {ce et l’}. De non-perte on peut aisément produire la proposition qui exprime la possession.

Mais la négation nécessite un complément de la pensée niée ; par exemple, cette table est rouge ou non selon la contradiction mais si elle n’est pas rouge, c’est qu’elle est verte ou bleue : verte ou bleue sont des compléments de la pensée du rouge. L’extension, la liste, de ce que vous n’avez pas perdu excède celle de la possession/perte car l’ensemble ouvert par la négation excède l’élément nié (il inclut ce que vous n'avez jamais eu et non-perdu). Ainsi, « ce que vous n’avez pas perdu » en cas de négation signifie un complément à l’ensemble : ce que vous possédez toujours mais aussi ce que vous n’avez jamais possédé que vous ne pouvez pas avoir perdu. En cas de contradiction, vous avez ou vous avez perdu ; mais la pensée se distingue de la vie comme le cas et ce qui survient d’autre part. Il y a dans la vie des choses que nous n’avons pas perdues ou que nous n’avons jamais eues ; et que nous n’aurons jamais. Ce complément à l’ensemble est d’extension plus vase que celle de la pensée niée, ne serait-ce que parce que ce complément inclut au moins l’ensemble vide. Si je n’ai pas perdu de corne, c’est que je n’en ai peut-être jamais eu à côté de ce que j’ai encore.

Ce sophisme correspond à une expérience de pensée dont la vue des ensembles est exclue. Ce sophisme tient à un déficit de vision des ensembles : la contradiction {non-perdu} coïncide avec {possédé} comme le recto avec le verso ; la négation de {perdu/possédé} est son complémentaire à l’ensemble, l’ensemble de ce que nous avons mais aussi l’univers de ce que nous n’avons pas. Alors vous voyez des choses mais pas de ronds logiques. Vous n’avez pas d’œil absolu comme d’autres n’ont pas l’oreille absolue : incapables de poser les références. Le « il y a » de l’avoir est l’être-dans-un-lieu : possession et perte sont dans le même lieu et non pas dans des lieux différents.

Le problème des futurs contingents est posé depuis Aristote : l’impliquant est avant l’impliqué, impliqué signifie « demain ». La démonstration ouvre donc trois ensembles pour le syllogisme : ce que hier j’ai eu et j’ai perdu A, ce que maintenant j’ai et j’ai perdu B, ce que demain peut-être j’aurai encore ou de nouveau ou neuf qu’alors je ne peux avoir perdu puisque je ne l’ai encore jamais eu C : un univers de référence ouvert à tout. A et B sont des ensembles aux termes doubles mais inhérents comme le recto/verso d’un même objet physique – C est un univers de référence. Si hier précède aujourd’hui, aujourd’hui et demain sont des futurs contingents relatifs : où rien ne vient par hasard mais dans la nécessité des cas des tables de vérité, et dans l’indécision. Pour avancer dans la vérité globale de l’implication, l’impliquant étant vrai, l’impliqué doit être vrai, mais ce qui n’est qu’une hypothèse, et on avance dans l’indécision globalement et cas par cas, ici dans un tableau à huit lignes. Où l’on voit en regardant les cas de ce tableau et en le décrivant de manière esthétique que la flèche du temps est une vibration croissante entre cas indécidables. L’indécision : ce sophisme ouvre une expérience de pensée d’un monde à la chronologie ou à l'implication indécidable.

Or, c’est une bonne discipline depuis Husserl de voir les choses sous forme d’ensemble et depuis Wittgenstein de voir la forme d’une fonction propositionnelle comme le passage chronologique entre attente interne et réalisation future externe. Si vous dessinez un rond B qui regroupe tout ce qu’aujourd’hui vous avez ou pas, ce que hier vous avez ou pas est un rond A inclus. Le lieu « aujourd’hui » est représenté par un disque dont un rond inclus est grisé comme exclus (voir comme). Et le complément à l’ensemble C « demain vous avez encore, perdrez ou acquerrez » inclut et dépasse ce disque en tant qu’univers de votre ensemble de référence. L’univers de demain est indécidable mais indubitable, dont la présence n’est qu’une pure tension insaturée (non-attachée) par un objet sensible. Peut-être puis-je regretter ce que j’ai eu hier, dont j’ai encore l’acte mais qui s’est détaché et avoir espoir ou crainte en demain, pure ouverture vibrante sans acte qui prouve que je suis un être pensant.

Il y a donc un lien entre chronologie et ensembles que ce sophisme révèle mais que l’expérience de pensée ignore car elle ne regarde pas les schémas et que le sophisme mélange. On ne peut pas dire « ce que vous avez » implique « vous ne l’avez pas perdu auparavant » car la forme correcte est « passé/présent implique futur » que l’on ressent esthétiquement, immédiatement et sans calcul. Une vue qui ignore les ensembles ignore les futurs, telle sera la leçon du cornu.

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Samedi 29 septembre 2012 6 29 /09 /Sep /2012 11:43

§190. « Nous achoppons toujours » à quelque chose dans une expérimentation arithmétique : nous nous heurtons comme à une chose. Par exemple, les nombres premiers apparaissent « comme les résultats d’une expérimentation » : il n’existe pas de loi qui les donnent a priori. L’algorithme teste si n est inférieur à 2 puis si n=2, puis les nombres les uns après les autres, sans doute en excluant les multiples des nombres premiers déjà trouvés, et tant qu’une limite arbitraire n’est pas atteinte.

190. […] Je vois bien une loi dans la consigne, mais non dans les nombres qui en résultent.

Wittgenstein, Remarques philosophiques, [Recension des matières XVIII], Tel Gallimard, 1975, page 39.

Une loi dans la procédure, associée à une manipulation, à la consigne, pas aux résultats fournis.

§191. Dans le résultat comme dans le processus c’est-à-dire « en soi et pour soi », le nombre mesure. Si les fractions mesuraient, nous n’aurions pas besoin du nombre pour mesurer.

191. […] Le développement propre est ce que la comparaison avec un nombre rationnel fait naitre de la loi.

Ibidem.

Ce que la loi fait naître, c’est la différenciation entre nombre rationnel ou pas. Un développement est soit celui de la fraction, soit le développement propre du nombre. Selon une loi d’approximation pratique, un nombre peut correspondre à une fraction : si dans la suite de ses décimales il existe une période infinie. Par exemple, 0.142857 142857 142857 (1/7), ou 1.3333, ou 12.000. Donc, le nombre correspond à ce qu’une loi nous dit (périodicité ou pas) lorsque l’on compare c’est-à-dire lorsque l’on regarde expérimentalement s’il contient une périodicité. Nous avons d’une part la loi « rationnel si périodicité » (de la forme loi-sanction), d’autre part l’expérimentation arithmétique.

§192. Nous l’avons vu souvent, Wittgenstein utilise la fiction du pas et de la spirale pour dire le naturel et le réel.

192. Le nombre réel est comparable à la fiction d’une spirale infinie ; des configurations comme F, P ou p’ ne les sont, au contraire, qu’aux fragments infinis d’une spirale.

Ibidem.

Le nombre réel correspond à une fiction sans correspondance. Nous l’avons vu, nous achoppons contre la force des choses : des configurations telles que le principe de la réfraction entre milieux de consistance différente (F comme Fermat), l’occurrence sans loi des nombres premiers, l’irréductible hiatus entre p et la réalité expérimentale de p traduite par une suite de fractions (exprimée par la notation p’ pour distinguer le nombre propre p). La configuration de la force des choses n’est pas une fiction : elle ne correspond pas à la fiction du nombre réel mais à la réalité des fragments infinis des fractions.

§193. « Pour comparer les nombres rationnels à racine carrée de 2 » on calcule que le rationnel 70710671/49999995 égale l’« opération arithmétique » -1 + 7/9 + 4/5 + 154/239 + 893/4649 qui égale 1.41421356 1421356, valeur approchée avec périodicité de racine carrée de 2. « Écrits dans ce système » arithmétique (où, élevée au carré, le signe de la racine disparait) le nombre rationnel et la somme des nombres rationnels décomposés « sont comparables à racine carrée de 2 ». Si l’on remarque que la suite de ces fractions vaut -1+0.8+0.8+0.6+0.2, on remarque la finesse croissante de l’approche : « pour moi, c’est comme si la spirale s’était contractée jusqu’à devenir un point. »

§194. Une démonstration par récurrence n’est pas une expérimentation, l’une est valable quel que soit n, l’autre, reproductible pour quelques n, autant que l’on veut. « Grâce à la récurrence, chaque niveau devient arithmétiquement compréhensible » : chaque niveau, l’expérimentation et le calcul arithmétique. La théorie donne à voir les trois pas de l’expérimentation : le test (Cf. §166) au niveau du cas particulier expérimental 1, celui du remplacement n par n+1, celui du pas ajouté n+1.

§195. Le problème expérimental est celui de la précision des valeurs approchées et des marges d’erreurs. Par exemple, dire au dixième près que la racine carrée de 2 vaut 1.4 est faux au centième près (1.4 est la racine carrée de 1.96 et non pas de 2.00).

§196. Les décimales d’un nombre rationnel obéissent à une périodicité en tant que loi. La rationalité se « dégage de la comparaison » entre la loi et ce que l’on constate. Cette loi « se referme comme un piège » lorsque 5 qui est à la fois rationnel et la racine carrée de 25 ne montre pas la périodicité de ses décimales mais coïncide avec sa position dans la colonne des unités.

Car, selon la précision, problème de l’expérience, que constate-t-on ?

§196. […] Rien n’irait plus par exemple si l’on ne pouvait être sûr que 5 est réellement le bout du chemin pour racine carrée de 25.

Ibidem.

En effet, selon la précision, la difficulté vient de ce que 5, c’est la rationalité 5.000… ou bien 4.999… Peut-on vraiment « être sûr que 5 est réellement le bout du chemin pour racine carrée de 25 », au bout de la suite des décimales ? Si les décimales sont des zéros, la périodicité « vient à coïncider avec la position qu’occupe ce nombre » : ici, avec l’unité. Si les décimales sont des neufs, la coïncidence vient du bout du chemin. Rien ne va plus quand on est sûr de rien : lorsque l’expérimentation manque de précision.

On ne voit peut-être pas de périodicité immense dans les décimales de racine carrée de deux parce que l’on ne peut pas aller « au bout du chemin » : par manque de moyens, « rien n’irait plus » pour appliquer la loi c’est-à-dire comparer les situations.

§197. 1/6 s’écrit 0.1 {6} pour indiquer que {6} est la périodicité du nombre « qui peut rester stationnaire en un point rationnel ». « Puis-je appeler nombre une spirale qui, for all I know, peut rester stationnaire en un point rationnel ? » Car un nombre peut-il rester bloqué en un état stationnaire ? Puis-je encore appeler humain quelqu’un qui se fige sur sa répétition rationnelle, qui radote ? Et peut-il dépendre de ce que je sais ?

197. […] Il manque une méthode de comparaison avec les nombres rationnels. […]

Ibidem.

Il manque une méthode de comparaison entre réels et rationnels, autrement dit une méthode pour déterminer la longueur d’une périodicité, peut-être extrêmement longue. Car, peut-être que les décimales de racine carrée de 2 obéissent à une périodicité tellement longue que, autant que nous sachions, nous ne la voyons pas ? Cette méthode, cependant ne manque pas car nous la trouvons par exemple ici : http://jeux-et-mathematiques.davalan.org/arit/per/fractions.html. Mais « ce n’est pas une méthode que poursuivre un développement » expérimental.

§198. Quand on traverse deux bandes de sols de densités différentes, par exemple partant d’un sable humide au bord de la mer au travers d’un sable sec vers un parking, on ne suit pas de ligne droite mais on diffracte : on optimise le passage difficile en terrain lourd. Le chemin suivi statistiquement par les piétons ne suit pas le chemin le plus court mais optimise le plus facile en termes d’efforts, et à force produit une même trace en coude. Cette optimisation est effectuée esthétiquement c’est-à-dire spontanément sans les calculs d’une théorie de Fermat. Alors, « la question de la comparaison de F [Fermat] avec un nombre rationnel n’a pas de sens » parce que la comparaison s’est faite esthétiquement : tous les développements expérimentaux nous ont apporté la réponse. Poser cette question « n’a pas de sens […] avant que par le biais de l’extension on ait essayé au petit bonheur de décider de la chose » : le sens qui tient à la pratique sociale vient au petit bonheur la chance, pas par la théorie. La comparaison d’un rationnel avec avec F a du sens à partir du moment où « un seul développement […] nous [a] déjà apporté la réponse ».

§199. La pratique s’intéresse aux marges d’erreur, « de combien il est possible », en ordre de grandeur, que le réel s’approche du rationnel ; par exemple, de combien 0.166 s’approche de 1/6. « Le système décimal ne me le donne pas » car epsilon n’est pas un nombre, epsilon ne veut rien dire en arithmétique sinon en physique, « mais on doit dire : "Il en est au moins éloigné de cet intervalle." »

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Jeudi 13 septembre 2012 4 13 /09 /Sep /2012 10:13

185. Seule une loi approche d’une valeur.

Wittgenstein, Remarques philosophiques, [Recension des matières XVII], Tel Gallimard, 1975, page 38.

Par exemple, le calcul cherche à approcher le rapport entre diamètre et périmètre sans l’approcher en acte. Nous avons accès à la réalité en dessin, en photo, sans pouvoir la représenter en personne : ces calculs ne la donne pas pleinement. Ne serait-ce que parce que toute mesure s’accompagne d’incertitude, minimisée ou encadrée : toute image vient avec un flou, on la voit avec lui ou par lui. Ainsi, l’atome ou bien le boson de Higgs n’ont aucune image ou seulement une probabilité. Seul est clair le choix de la formule, de la loi, du système, pas le détail. De même peut-être, tel serait notre rapport entre religions et Dieu.

Nous le disions, l’irrationnel n’existe qu’intelligiblement sans exister comme un point : mais il est bien réalité. Seul l’irrationnel existant comme une loi dit précisément la valeur, pas le rationnel. La loi accompagne l’infini des incertitudes rationnelles comme la loi l’atome schématisé, comme pi accompagne une série de fractions : accompagnateur asymptotique rationnel.

§186. Au lieu de présenter la loi pi, on présente l’encadrement pi’ : « le substitut d’une loi ». Pi’ calculé « n’use pas la manière arithmétique de s’exprimer » : une convention qui n’est pas la manière de faire du monde où la loi a cours sans calcul, qui n’en n’a pas le langage. Rajouter des décimales, 3, 7 ou autres, n’ajoute rien à la loi : on n’accède pas au beau monde par un effort quantitatif. En rajouter « n’est pas du tout une opération arithmétique dans ce système » mais une substitution des caractères : une autre manière de faire.

§187. On peut se passer de quelques décimales pour approcher pi mais de rien pour complètement comprendre une consigne. Si je trouve deux fois 3.14159, l’information c’est-à-dire la donnée qui me permet de décider n’allant pas jusqu’à la fin de l’extension, je ne peux pas savoir si ces deux nombres sont égaux sans connaitre la loi qui les a produits.

188. Le développement de p est à la fois une expression de l’essence de p et de celle du système décimal »

Ibidem.

Le calcul de pi est à la fois une opération qui exprime, qui développe son essence de rapport, et un choix de système. Si la quatrième décimale derrière 3,… n’est pas 5, c’est qu’il ne s’agit pas de pi ; et s’il s’agit de 5, l’expression ne peut pas être en base deux : le réel est inhérent à la fois au détail et au système.

§188. Mais l’opération n’est qu’un « moyen pour atteindre une fin » : l’opération ouvrière fonctionne dans le cadre d’un système qu’elle ne remet pas en cause. Les opérations « se laissent transposer dans le langage de n’importe quel autre système » numérique c’est-à-dire référentiel, « et n’admettent aucun de ceux-ci comme leur objet » : les opérations ne prennent pas le système pour objet, elles n’ont rien de révolutionnaire, des pions ne remettant pas en cause les systèmes. Une règle opératoire n’est qu’une modalité. Mais choisir de calculer pi en extension plutôt que seulement le définir en compréhension en tant que rapport correspond à un choix de système : rationnel plutôt qu’irrationnel. Ce choix stratégique de système « fait du système décimal son objet ».

188. […] et c’est pourquoi il ne suffit plus maintenant qu’on ait la possibilité d’appliquer la règle lors de la construction de l’extension.

Car c’est pourquoi on n’est plus restreint à appliquer mais maintenant on a le choix stratégique de présenter la loi ou bien son extension. Le système est le véritable sujet c’est-à-dire créant l’événement ; car quel objet transforme les bases, 2 en 10, 3 en 11 ? Elles, les opérations « se laisse transformer dans le langage de n’importe quel autre système ». Une opération se laisse faire, ne détermine pas les fins et ne conteste jamais les systèmes ou les langages.

« p’ fait du système décimal son objet » : choisir de calculer entraine l’utilisation du système décimal, un choix stratégique engageant ses objets. Et c’est pourquoi il faut maintenant pouvoir choisir la loi, faire des choix de systèmes, la base dix ou la base deux. Que peut faire la mathématique de plus révolutionnaire ? Le choix se porte « lors de la construction de l’extension » : si je fais quelque chose, c’est que j’ai effectué un choix stratégique préalable, le choix d’un système.

§189. Dans un milieu homogène, la lumière suit une droite, difracte en rencontrant un autre milieu, par exemple entre l’air et l’eau. La loi locale de Fermat indique que si une densité était proportionnelle à une distance, le rayon lumineux décrirait une courbe, « une spirale », une diffraction pour toute différence de densité dx la plus petite c’est-à-dire une fraction décimale dans un rapport de proportion. Cette loi est celle « où p parcourt la série » infinitésimale.

Alors, le problème est que la mathématique rencontre la physique : la physique sélectionne les nombre « selon un certain principe » : le principe F, celui de Fermat. Cette consigne ne détermine pas un nombre mais un système : « ce principe n’appartient pas à la spirale » mais à la physique. Tel est le choix stratégique ici entre mathématique et physique. La loi de Fermat, physique, exclut des nombres que la mathématique admet. « Le nombre F » c’est-à-dire les nombres que la spirale de Fermat admet, ce ne sont pas les nombres de n’importe quelle spirale : « il y a bien là une loi, mais sans rapport immédiat au nombre. »

189. Le nombre est pour ainsi dire un sous-produit illégitime de la loi.

Ibidem.

Car ici, la loi légitime n’est pas mathématique : la diffraction ouvre un monde physique où il y a des nombres illégitimes. Le nombre est un sous-produit de la loi, du choix des systèmes qui déterminent la légitimité. De même, l’État des systèmes politiques produit des lois qui, un niveau de généralité plus bas, produisent les mouvements légitimes des individus, des sous-produits subalternes.

Cette remarque prépare le chapitre XVIII suivant consacré à la pratique, où l’on abandonne « le beau monde » mathématique au langage précieux où chacun se substitue ou se coopte sans contrainte technique et sociale.

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Lundi 27 août 2012 1 27 /08 /Août /2012 14:14

L’irrationnel n’existe qu’intelligiblement sans exister comme un point (pi, racine carrée de deux, ne sont pas des coordonnées) : il existe comme une loi sans correspondance physique ou sociale, peut-être comme Dieu existe. Pi est l’exemple d’un irrationnel dont le développement n’a ni périodicité ni terminaison « réellement nécessaire ». Il y aura toujours un vide juridique entre lui et des fractions qui l’encadrent, peut-être comme entre l’humain et Dieu, une liberté au sens du jeu de go. La nature encadre le rationnel qui encadre l’irrationnel. La loi ne garantit pas un degré de complétude total mais ménage toujours un « créneau vide » à droite et à gauche de ce qu’elle définit : problème du continu et du divisible posé en termes d’accompagnement.

181. […] je ne peux pas indiquer de point où p devienne réellement nécessaire, il a en chaque point un accompagnateur. […]

Wittgenstein, Remarques philosophiques, [Recension des matières XVII], Tel Gallimard, 1975, page 37.

Puisque pi ne correspond pas à un point de coordonnée définie il n’est pas un point nécessaire : il est toujours approché. Mais l’extension d’une suite de fractions ne laisserait jamais un « créneau vide » : il tendrait à se combler. Un nombre irrationnel aux décimales infinies n’est pas « complet » étant seulement intelligible car un point physique ne lui correspond pas. Une série de nombres rationnels ne peut que l’accompagner, « aller de pair » à proximité, qu’être l’approximation d’un nombre irrationnel qui « ne quitte jamais cette série. » « Tout nombre irrationnel va de pair avec une série de valeurs approchées rationnelles » : ainsi, pi reste en parallèle avec pi’ « l’accompagnateur », la série des fractions qui l’approchent. Un nombre irrationnel n’est donc pas une extension mais une loi de tension asymptotique : « le nombre irrationnel n’est pas l’extension d’une fraction décimale infinie, mais est une loi. »

§182. « Racine carrée de 2 : une règle avec une exception » car, exceptionnellement, racine carrée de 2 est irrationnel mais correspond à une diagonale physique. Étant irrationnelle, elle est une loi de mise en tension plutôt qu’une extension, mais exceptionnellement l’irrationnel est appliqué en ce cas car associé à un objet nécessaire. Le problème étant que des lois ne s’appliquent pas toujours.

Donc, « d’abord les règles des chiffres », leurs occurrences, « puis s’exprime en eux (par exemple) une racine » : parmi ces règles sortent des lois applicables. Mais ce développement ne trouve de signification qu’en ce qu’il exprime le nombre réel : sans le sens d’une loi donnée au départ, que peut être une signification ? Et que peut être le sens d’une loi sans signification (sans application rationnelle) ? Une loi au départ ne suffit pas, le sens ne suffit pas à la signification.

La signification du nombre réel est son accompagnateur asymptotique rationnel : une série, une règle qui exprime la loi. La signification d’une loi faisant sens se trouve dans la règle d’application. Si on modifie la règle on détruit l’expression de la loi « mais on n’a pas gagné un nouveau nombre » : on n’a pas gagné une nouvelle loi.

§183. La racine carrée de 2 et la diagonale d’un carré de côté 1 ou bien racine carrée de 2 et son calcul, « c’est la même chose […] mais une autre expression ». Ce n’est pas la même chose dite autrement dans un autre langage mais « l’expression dans un autre système », dans un système de lois plutôt que de règles, dans un système intelligible plutôt que physique – ou l’inverse. Une règle (de calcul) « ne mesure pas avant d’être inséré[e] dans un système » de lois intelligible.

183. […] On dirait tout aussi peu de la racine carrée de 2 qu’elle est une limite vers laquelle tendent les valeurs de la série qu’on le dirait de la consigne de lancer les dés.

Ibidem.

Quand on calcule une racine carrée on applique des consignes : couper le nombre en tranches de deux chiffres, réitérer, etc. Or tout aussi peu : la progression du calcul des décimales de la racine n’est pas une tension vers la limite, et 0.1666 n’est pas la limite de 1/6 c’est-à-dire des coups avec un dé à six faces. La limite est rationnelle ; mais si je lance cent fois un dé à six faces, un des nombre sortira seize ou dix-sept fois : il ne tendra pas vers 16.67.

§184. Au §181, l’alternative indiquée est entre la loi c’est-à-dire la tension et l’application c’est-à-dire la fraction.

Il y a une loi appliquée qui fait apparaitre les décimales de racine carrée de deux comme une loi qui fait apparaitre les chiffres aux dés : une autre loi, mais inconnue. On peut appliquer la loi « jouer les chiffres au dé » aux chiffres apparaissant dans pi. Si je calcule p’ (notation « prime » pour indiquer p calculé et loi inconnue), puisque tous les chiffres y apparaissent, par exemple 7, « il doit y avoir une loi selon laquelle les chiffres 7 apparaissent dans p, même si nous ne la connaissons pas encore. » Donc, l’expression « loi du hasard » est un non-sens, une contradiction dans les termes.

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  • Auteurs étudiés en ce moment : Frege, Ecrits logiques et philosophiques ; Husserl, Recherches logiques ; Wittgenstein, Remarques philosophiques ; Aristote, Métaphysique.

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